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Ce qui suit n'est pas le récit d'exploits fabuleux.
C'est un fragment de nos vies
menées parallèlement quelque temps...
en partageant aspirations et rêves.
Au revoir les garçons compagnons de toute une vie
Cher vieux groupe d'antan
Le projet :
parcourir 8000 km en quatre mois.
La méthode :
l'improvisation.
Nous devons empêcher certaines choses dans la vie
Le but :
explorer un continent connu jusqu'alors que par les livres.
CARNETS DE VOYAGE
Bonne nuit, Granado.
L'équipement :
« La Puissante »...
une vieille Norton de 1939 qui fuyait.
Le pilote :
Alberto Granado...
rondelet, 29 ans, ami et biochimiste...
autoproclamé « scientifique vagabond ».
Le rêve d'Alberto :
finir le voyage le jour de son 30e anniversaire.
Le copilote : Moi, Ernesto Guevara de la Serna,
« El Fuser », 23 ans.
Ernesto va-t-il vraiment partir ?
Non, Ernesto reste.
Ernesto, tu me prends avec toi ? Allons-y ensemble !
Désolé, papa, mais plus tu me dis...
Tu es à un semestre de devenir médecin.
Ça peut attendre.
Étudiant en médecine, avec pour spécialité la lèpre.
Voilà Serna, le déchaîné !
Joueur de rugby de loisir...
Un coup de pied !
Beau tir, Fuser !
... et occasionnellement asthmatique.
Date de départ, le 4 janvier.
Le trajet :
Buenos Aires, vers l'ouest et la Patagonie, à l'intérieur du Chili...
puis au nord, à 6000 mètres d'altitude...
le long de l'échine déchiquetée des Andes vers Machu Picchu.
Puis la léproserie de San Pablo en Amazonie péruvienne.
La destination finale : la péninsule de Guajira au Venezuela.
On atterrit sur la péninsule de Guajira.
L'extrémité de ce majestueux continent.
Repus de vin et accompagnés de deux beautés, des sœurs j'espère.
Cette bière est bonne, hein ?
D'ici le 4 janvier, tu auras terminé tes examens, n'est-ce pas ?
Si tu veux, on pourrait faire un détour par Miramar, voir ta petite amie.
Ma petite amie...
Un ou deux jours.
Vise un peu ce gars là-bas.
Oui ?
Tu veux finir comme ça ?
Tu ne veux pas finir comme ça, Fuser.
Tout ce que tu veux, c'est baiser dans chaque pays d'Amérique du Sud.
Dans chaque ville aussi, si on a de la chance, ça ajoute du piment.
Ce que nous avions en commun :
notre impatience, nos esprits passionnés...
et un amour de la route.
Buenos Aires, Argentine 4 janvier 1952. Km 0
Allez, Ernestito, on n'a pas toute la journée.
- Ce n'est pas trop de choses ? - Juste assez.
La Norton 500, une vraie motocyclette.
Ne vous inquiétez pas de votre fils, j'en prendrai bien soin.
Mon fils.
Tu as des temps durs devant toi.
En vérité, j'ai toujours rêvé de faire une chose pareille.
Je dois avouer que si j'avais quelques années de moins...
je grimperais sur cette moto avec toi.
Imagine que je le fais pour nous deux.
On organise ce voyage depuis dix ans, oncle.
Tu étais un gamin.
En attendant, je te fais confiance.
Alors, quand arrive la révolution ?
Ici ?
- Dans un siècle environ. - On doit apprendre des Russes.
- Tu t'en vas déjà ? - Oui. Je pars.
Ne te soucie de rien à part prendre tes médicaments...
et m'écrire.
Les plus belles lettres que tu liras jamais, maman.
- Au revoir, mon chéri. - Tu verras.
Au revoir, sœurette ! Prends soin de toi !
Au revoir !
- Non. - Juan Martin !
- Au revoir ! - Écris-moi.
D'accord ?
Envoie-moi des cartes postales.
Assez de sentimentalité, vous allez me faire pleurer !
Prenez soin de vous.
Et comme Don Quichotte avait Rossinante, Sancho Panza, sa mule...
- Nous avons « La Puissante ». - Oui, qui pisse de l'huile.
Oui, elle pisse de l'huile. Ce que j'essaie de dire à cet instant...
c'est que le jeune Fuser et votre serviteur...
s'embarquent pour un voyage aux confins de l'esprit humain...
où nous découvrirons de nouveaux paysages, hymnes, fruits...
Granado, je te tiens pour responsable. S'il arrive quelque chose à Ernesto...
je te pourchasserai. Mets le foulard, trésor.
Ne vous en faites pas. Il reviendra et sera docteur, comme nous le voulons.
Il est temps de partir !
Cette moto est une bonne excuse pour prendre des marches.
Au revoir !
Attention !
- Il est fou ! - Animal !
Attention avec cette moto !
Chère maman...
Buenos Aires est loin derrière.
Finie la « vie misérable »,
les devoirs, les conférences insipides, les examens.
Toute l'Amérique latine est devant nous.
Désormais, nous ne faisons plus confiance qu'en « La Puissante ».
Si tu nous voyais ! On dirait des hors-la-loi, et on nous remarque.
Appuie un coup, Mial ! Mets-la en orbite !
- Ne me lâche pas, Negra ! - Allez !
- Qu'est-ce qu'il a, Mial ? - Putain de merde !
Je suis heureux qu'on ait laissé la « civilisation »...
et que l'on soit maintenant plus proches de la terre.
Qu'est-ce qui se passe ?
On perd nos bagages !
Problèmes ! Problèmes !
Fils de pute ! Putain de merde !
- Fuser, ça va ? - Oui, et toi ?
Alors mon petit ?
Tu vas bien ?
- Qu'est-ce que c'est, putain ? - Ça ressemble à quoi ?
- Un putain de chien ! - T'es un conducteur merdique, putain !
Va te faire foutre ! Qu'est-ce qu'un putain de chien fout sur ma moto ?
C'est pour Chichina. Il s'appelle « Reviens ».
Allez, relève la moto.
Miramar, Argentine 13 janvier 1952. Km 601
Où est-ce qu'on est putain, en Suisse ?
- Bonne journée. - Bonne journée.
- Chichina ? - Elle est à la plage avec la famille.
Cette moto ne se porte pas bien.
Alors, Esteban, raconte-nous ton voyage.
C'était fantastique, Don Horacio.
J'ai eu l'opportunité de suivre un séminaire à Cambridge...
et de passer deux semaines à Londres, une ville fascinante.
- Oh, quel privilège. - Oui. Un privilège.
Esteban s'apprête à recevoir son doctorat.
En médecine ?
Non. En loi.
Oh, en loi.
Un, deux, trois, quatre, tango, Fuser !
C'est ton tour maintenant.
Je n'ai jamais vu de cochon qui aimait danser. Jamais.
- Ouais ! - Va te faire foutre.
Avec ce pied, un... arrière, arrière.
Qu'est-ce qui te fait rire ?
- Qu'est-ce qui te fait rire ? - Toi.
Ce soir ?
Papa a demandé à Tante Rosana de ne pas me perdre de vue.
Et maman a promis à la Vierge qu'elle irait à pied jusqu'à son sanctuaire...
si on se sépare.
Tes parents ne réalisent-ils pas que plus tu enfouis les diamants...
et plus le pirate sera déterminé de les prendre ?
Crois-moi...
ce diamant n'aurait pas d'inconvénient à être pris.
Danse.
Regarde-les.
Regarde un peu La Negra !
Allons voir la salle de bains.
Bonne nuit.
- Bonne nuit, les filles. - Bonne nuit.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Alors, tante Rosana...
quelle chambre vais-je avoir ?
Sors, Reviens. Allez ouste !
Que s'est-il passé là ?
- Viens ici. - Ne me chatouille pas !
Combien de temps as-tu dit que nous passerions ici ?
Tu sais combien.
Deux jours.
Et cela fait combien de temps ?
Te serviras-tu de fil de fer en salle d'opération aussi ?
Six jours, Fuser !
Ils vont nous tuer !
Si seulement tu restais, Ernesto, on pourrait faire tant de choses.
- Ce n'est pas très prometteur. - Que veux-tu entendre ?
Que je t'attendrai ?
Je t'ai dit que je reviendrais.
J'ai le chien pour le prouver.
Tu l'aimes pas ?
Que veux-tu, Ernesto ?
Que veux-tu entendre ?
Que j'attendrai éternellement, que j'attendrai ton retour mois après mois ?
- Qu'est-ce que tu as ? - Que veux-tu ?
Quoi ?
Je voudrais que tu restes ainsi, silencieux.
Je veux te regarder. Je ne te reverrai plus pendant longtemps.
Je t'attendrai, mais ne mets pas une éternité.
Définis « éternité ».
La glace est fine, monsieur !
Je ne te toucherai plus.
Oh, non, je t'ai fait mal. T'ai-je fait mal ?
C'est un tour. Un très mauvais tour !
Bon, les tourtereaux, c'est l'heure de partir.
Fuser.
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