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LA MORT DE MARIA MALIBRAN
Chaque jour au crépuscule, latrès belle fille du sultan
allait et venait près du jet d‘eau où bruissent les eaux blanches.
Chaque jour au crépuscule, le jeune esclave
se tenait près du jet d‘eau où bruissent les eaux blanches.
Sa pâleur augmentait de jour en jour.
Un soir, la princesse s'approcha de lui
et lui dit rapidement:
« Je veux savoir ton nom, ta patrie, ta tribu ! »
Et l‘esclave répondit :
« Je m‘appelle Mohametl je suis originaire du Yémen,
de la tribu des Asrasl
ceux qui meurent quand ils aiment.»
...de la tribu des Asrasl ceux qui meurent quand ils aiment
Voici la folie qui passe en dansant,
envahie par de vagues souvenirs.
Les enfants la poursuivent en lui jetant des pierres
comme si c‘était un merle.
Elie brandit un bâton
et fait mine de les poursuivre,
puis elle reprend sa course.
En route, elle a perdu un soulier
mais elle ne s'en aperçoit pas.
De longues pattes d'araignée se promènent sur sa nuque,
ce ne sont que ses cheveux.
Sa face n‘a plus rien d‘humain.
Soudain, elie éclate de rire
comme une hyène.
Elie ânonne des lambeaux de phrases
qui, mis bout à bout, n'auraient pas de sens pour la plupart.
Sa robe, trouée un peu partout,
avance par saccades autour de ses jambes osseuses, pleines de boue.
Elie avance
telle une feuille de peuplier emportée par le vent.
Elle, sajeunesse,
ses espoirs et son bonheur passé,
qu'elle revoit à travers les brumes de sa raison détruite
par un tourbillon de puissances inconscientes.
Elle a perdu sa grâce,
sa beauté d'antan.
Sa démarche est vulgaire
et son haleine sent l'eau-de-vie.
Si les hommes étaient heureux sur terre,
il faudrait s'étonner.
La folie ne fait aucun reproche.
Elle est trop fière
pour se plaindre et elle mourra
sans avoir révélé son secret à ceux qui s‘intéressent à elle.
Mais elle leur a défendu
de lui adresser la parole.
Les enfants la poursuivent en lui jetant des pierres
comme si c‘était un merle.
Elle a laissé tomber de son sein un rouleau de papier.
Un inconnu le ramasse,
s‘enferme chez lui la nuit
et lit le manuscrit
qui contient ceci :
Mais quand tu dis que tu m'aimes,
tu me fais pleurer à chaudes larmes.
Tous les événements, témoignent contre moi, épemnnent ma molle vengeance.
Que vaut un homme dont le bien suprême et le meilleur emploi du temps est
de manger et dormir ?
Un animal, sans plus.
Certes, le créateur qui permit à notre esprit une aussi large ouverture
sur l'avenir et sur le passé
ne nous a-t—iI pas donné cette idoine et quasi divine raison
pour que nous la Iaissions moisir inactive.
Mais, sinon par ouin bestial,
du moins par un scrupule timoré qui réfléchit trop minutieusement aux conséquences ;
réflexion composée d'un quart de sagesse et de trois quarts de couardise.
J'en suis encore à douter si je ne vis que pour me dire : « Ce geste doit être fait ».
Cependant que j'ai motif, volonté, force et moyen de l'accomplir.
Des exemples épais comme la terre m'exhortent.
Témoin cette armée, nombreuse et coûteuse,
que conduit un délicat et tendre prince,
dont le courage, enflé d'une ambition divine,
fait H du hasard invisible
et risque ce qui est mortel et peu sûr
dans tout ce que le destin, la mort et le danger l'ont surgir,
et cela pour une coquille d'oeuf!
Etre grand, c'est ne guerroyer point sans grande cause,
mais c'est trouver grande cause dans un fétu
dés que ce qui est en jeu, c'est l'honneur.
Où donc en suis—je ? Moi dont on a tué le pére,
souillé la mère, crimes devant quoi la raison et le cœurs'insurgent,
et qui laisse tout dormir ; cependant, je vois,
pour ma honte, vingt mille hommes prêts à mourir,
pour un caprice, un hochet de gloire ; a se coucher comme en un lit
dans le cercueil, combattant pour un espace trop petit
pour y étaler leur conteste, trop peu profond pour y cacher leurs morts.
Désormais,
toute pensée qui ne soit pas de sang,
je la renie.
Un saule se penche sur la rivière,
qui mire dans le courant vitreux ses feuilles grises.
C‘est là qu'elle est venue, portant de bizarres guirlandes
de renoncules, d‘orties, de pâquerettes et de digitales
auxquelles nos bergers libertins donnent un vilain nom,
mais que nos chastes filles appellent doigts de morts.
Vers les rameaux inclinés,
elle se haussait poury suspendre ses couronnes;
la branche où elle prenait appui s‘est brisée,
lasse de ses trophées herbeux, la laissant choir dans les larmes de la rivière.
Ses voiles d‘abord s‘étalèrent
et la soutinrent quelques instants; on aurait dit une sirène.
Cependant, elle chantait des bribes de Vieux airs,
inconsciente du péril,
ou pareille à quelque ondine qui retrouve son élément;
Mais bientôt
ses vêtements imbibés s‘alourdirent
et entraînèrent la malheureuse du chant mélodieux
aux fanges de la mort.
Hélas, c‘est vrai qu'elle est noyée ?
Noyée,
noyée.
Laisse—moi
entrer chez toi
avant
qu'il ne soit trop tard.
Ta nostalgie n‘a pas de sens pour moi.
Le phénomène passe.
Je cherche les régles.
Quand tu m'embrasses, je ressens une sensation d'humilité
et je peux supporter sans chagrin ton estime.
Elle est morte,
Maria.
Je t'implore, 6 Dieu d'amour, de l'accueillir près de toi.
Un matelot vêtu de blanc descendait la rue,
sûr de lui et de la démarche dansante des marins.
Je le regardai sans bien le savoir.
Il était bien plusjeune que je ne l‘avais jamais été
et bien plus beau et bien plus blond
et sa virilité était si naturelle
queje sentis un moment comme une morsure d'envie.
Nos chemins se croisaient
et comme s'il avait vu dans mes yeux un éclair révélateur,
il mejeta un regard invitant et lucide.
Un regard tel qu'il pouvait en avoirjeté un peu avant
à une de ces créatures fardées avec désespoir
qu'on voit dans les bistrots.
Si ce regard n‘avait duré qu‘une seconde de plus,
il aurait sans doute donné naissance à des paroles,
des paroles banales comme : « On ne se connaît pas, mignonne ? »
Le visage enflammé, le cœur battant à tout rompre,
je me hâtais en essayant de regarder droit devant moi.
Son regard m‘avait prise par surprise
car en fait, je ne pensais pas à lui,
mais à la lettre dans ma poche
et à Helmut.
En changeant de trottoir,
je me demandai ce qu'il avait bien pu voir en moi.
Je n‘étais plus assez jeune pour croire
que ma démarche ou ma manière de poser les mains avaient attiré son attention.
Non, il devait s'agir d‘autre chose,
une chose que je n‘osais pas envisager
carj'aurais l'impression de regarder le soleil éblouissant.
...une chose que je n‘osais pas envisager
carj'aurais l'impression de regarder le soleil éblouissant.
Alfred,
pourquoi ne te souviens-tu pas ?
Attends !
Alfred !
S'il te plaît, c‘est moi !
Attends—moi !
Ne me quitte pas, Alfred, je t'en prie!
Je t'en prie !
Je t'en prie ! Pourquoi veux-tu me quitter ?
Je t'en prie, Alfred !
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