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Rentrer du Vietnam fut presque aussi traumatisant que la guerre elle-même.
Pendant des années, personne n'a parlé du Vietnam.
On connaissait un jeune couple,
et nos deux épouses n'en ont parlé que douze ans plus tard.
On a découvert qu'on avait tous deux combattu au Vietnam.
On n'en a jamais parlé.
Pas même mentionné.
Tout le pays agissait de la même façon.
C'était tellement clivant.
C'est comme une famille avec un père alcoolique.
"Chut, on ne parle pas de ça."
C'est notre pays qui en est responsable.
Ça ne fait vraiment pas longtemps
que les enfants du baby boom commencent à demander :
"Que s'est-il passé ?"
Aujourd'hui, ce pays a besoin
de guérir ses blessures, et de passer à autre chose.
Les morts causées par cette horrible guerre doivent cesser.
La stratégie du général Westmoreland porte ses fruits.
MARS 1967
L'ennemi s'éloigne de la victoire.
JANVIER 1966
Peu importe l'angle sous lequel on le prend,
on s'en sort mieux que ce qu'on avait envisagé.
ARRÊTEZ LA GUERRE AU VIETNAM !
Vous n'avez pas été très franc
concernant l'ampleur de notre implication au Vietnam.
Nous avons augmenté notre aide
au gouvernement, à sa logistique.
Nous n'y avons pas envoyé de troupes de combat.
Une rangée de dominos est mise en place, vous faites tomber le premier,
et il est certain que le dernier tombera rapidement.
Si être agressif fonctionne en Corée,
on peut s'attendre à une propagation en Asie, en Europe
et sur cet hémisphère.
Viktor Frankl, un survivant des camps de la mort,
a écrit un livre intitulé Man's Search for Meaning.
"Vivre, c'est souffrir.
Survivre, c'est trouver un sens à la souffrance."
Et c'est l'objectif de tous ceux...
ARMÉE
...qui ont souffert pendant la guerre du Vietnam.
L'Amérique s'engagea en secret au Vietnam.
Un secret qui prit fin par un échec, trente ans plus tard,
sous les yeux du monde entier.
Tout commença en toute bonne foi, avec des gens honnêtes,
par des malentendus désastreux,
l'arrogance de l'Amérique et les erreurs de jugement de la guerre froide.
Tout continua car cela semblait plus facile de se débrouiller
que d'admettre que c'était la cause de décisions fatales,
prises par cinq Présidents américains,
ayant appartenu à chacun des deux partis politiques.
Avant la fin de la guerre,
plus de 58 000 Américains allaient mourir.
Pas moins de 250 000 troupes du Sud-Vietnam
moururent également dans le conflit.
Ainsi que plus d'un million de soldats du Nord-Vietnam
et de guérilleros vietcong.
On estime à deux millions le nombre de victimes civiles,
au nord comme au sud,
auxquelles s'ajoutent des dizaines de milliers de victimes
au Laos et au Cambodge.
Pour beaucoup de Vietnamiens, ce fut une violente guerre civile.
Pour d'autres, un chapitre capital et sanglant
dans une lutte de près d'un siècle pour l'indépendance.
Pour les Américains qui s'étaient battus,
pour ceux qui s'y étaient opposés chez eux
et ceux qui y jetaient à peine un regard dans le journal du soir,
la guerre du Vietnam représentait une décennie d'agonie.
AIMEZ-LA OU QUITTEZ-LA
Ce fut la période la plus clivante depuis la guerre de Sécession.
Le Vietnam semblait tout remettre en cause,
l'honneur et la chevalerie,
la cruauté et la compassion,
la sincérité du gouvernement américain,
et la définition du patriotisme.
Ceux qui y survécurent n'ont jamais pu l'effacer de leur mémoire,
n'ont jamais cessé de discuter de ce qui s'était réellement passé,
pourquoi ça avait si mal tourné, qui étaient les fautifs,
et si ça en avait vraiment valu la peine.
Cela fait quarante ans.
Même nous, les vétérans vietnamiens,
on évite de parler de la guerre.
Les chants parlent de victoire et de libération. C'est une erreur.
Ce n'est pas une question de vainqueur et de vaincu.
À la guerre, personne ne gagne et personne ne perd.
ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE
Tout n'est que destruction.
Seuls ceux qui ne se sont jamais battus
discutent des vainqueurs et des vaincus.
Les Français ont pris le contrôle de notre pays au milieu du XIXe siècle.
L'invasion a été sanglante et brutale.
La conquête française de l'Indochine commença par une attaque
de l'ancien port vietnamien de Dan Nang, en 1858.
Il leur faudra 50 ans pour prendre le contrôle de toute la région,
ainsi que du Laos et du Cambodge, et des 2 000 kilomètres de long
qui allaient devenir le Vietnam.
Toute cette opération fut dirigée par un gouverneur général français
depuis son palace à Hanoï.
Les Français vivaient principalement sur des domaines de plantations
et dans des villes comme Saïgon, qui devaient leur rappeler
le plus possible leur pays.
La plupart ne prenaient même pas la peine d'apprendre la langue locale.
Ils se contentaient de mettre en place des empereurs-marionnettes
et d'engager un réseau
de représentants vietnamiens et mandarins sachant parler français
et prêts à répondre à toutes leurs demandes.
Les Français faisaient travailler leurs sujets à la construction de routes,
de canaux, de chemins de fer et de ponts.
Bien sûr, les Français étaient fiers de leur histoire,
ils se vantaient de la présenter au peuple vietnamien.
Bien sûr, le peuple vietnamien n'en avait pas besoin.
Ce dont ils avaient besoin, c'était leur indépendance.
Le peuple vietnamien n'accepta pas docilement l'occupation française,
tout comme il s'était opposé aux invasions chinoises.
Au début du XXe siècle, le nationalisme monta en puissance.
Mais quiconque tentait de résister au colonialisme risquait l'exil,
la prison ou la guillotine.
Ils contrôlent tout,
les ressources de notre pays.
Mais ils ont surtout pris notre indépendance
et notre liberté.
Quand j'étais enfant, je subissais le nationalisme à l'école.
MARINE SUD-VIETNAMIEN
J'ai toujours considéré les Français comme l'ennemi.
Mon ennemi.
Les Français considéraient les Vietnamiens comme un peuple inférieur.
Au Vietnam, il n'y avait pas d'égalité.
ARMÉE SUD-VIETNAMIENNE
C'est pour ça que je les détestais tant.
Je les haïssais au plus profond de moi.
Au plus profond.
Je les détestais tellement.
Et ils me faisaient tellement peur.
J'étais terrifié.
Et plus j'avais peur, plus je les détestais.
J'étais un fusilier de 18 ans, je venais à peine
de sortir du lycée.
Je ne voulais pas avoir honte devant mes copains.
Mais j'étais terrifié.
J'ai eu l'impression que mon honneur ne tenait qu'à un fil
pendant toute la période où j'étais là-bas.
Au printemps 1919,
alors que les forces alliées victorieuses se rencontraient à Paris
pour reconstruire un monde décimé par la Grande Guerre,
le Président Woodrow Wilson était à la tête de la délégation américaine
qui séjournait à l'hôtel de Crillon.
Un jour, un homme de 29 ans grand et élancé
se présenta avec une pétition pour le Président
que lui et d'autres nationalistes vietnamiens avaient rédigée.
Inspiré par la déclaration de Wilson
selon laquelle les intérêts des peuples coloniaux
devraient être égaux à ceux de leurs dirigeants européens,
cet homme demanda que ce principe soit appliqué dans son pays.
Le secrétaire du Président promet de la montrer à Wilson,
mais il n'y a aucune preuve qu'il l'ait jamais fait.
Il s'appelait Nguyen Tat Thanh,
mais il vivait sous un autre nom, Nguyen Ai Quoc.
"Nguyen le Patriote."
Au cours de sa longue et mystérieuse carrière,
il adopterait environ 70 pseudonymes différents,
avant de garder le titre du "plus avisé",
Hô Chi Minh.
Hô Chi Minh était un homme
qui avait réussi à projeter l'image
d'une personne totalement dévouée à la libération
de son pays et de son peuple de la domination étrangère,
à tel point qu'il en avait sacrifié son bien-être,
sa propre vie, il n'avait pas de famille.
Pour les Vietnamiens, c'est un énorme sacrifice
parce qu'on considère qu'on a tous besoin d'une famille.
Hô Chi Minh est né en 1890,
il était le fils d'un petit fonctionnaire du régime français.
Après avoir participé à une manifestation contre l'empereur-marionnette
et les Français qui le manipulaient,
Hô fut expulsé de son école et sous un mandat d'arrêt.
Il quitta le Vietnam en 1911 et demeura en exil pendant 30 ans.
Il travailla comme commis de cuisine sur un paquebot français
et se rendit à New York et à Boston,
où il travailla comme chef pâtissier à l'hôtel Parker House.
Il déblaya la neige à Londres, teinta des photos à Paris.
C'est là que Hô Chi Minh rejoignit le Parti socialiste français.
Mais quand il découvrit les écrits anticolonialistes de Lénine,
il devint communiste.
Il fut invité à étudier à Moscou,
il effectua une formation pour devenir un agent soviétique,
il fut parfois critiqué pour avoir d'abord été nationaliste
avant de devenir communiste,
il fut ensuite envoyé en Chine
pour organiser une cellule d'exilés vietnamiens
et aider à établir le Parti communiste indochinois.
Il traversa tout cela "crispé et fébrile",
se souvint l'un de ses amis, "avec une seule chose en tête,
son pays, le Vietnam."
En 1940, la plupart des pays étaient à nouveau en guerre.
L'Allemagne prit le contrôle de presque toute l'Europe de l'Ouest, dont la France.
Le Japon impérial menaça beaucoup de colonies européennes en Asie,
et occupa le Vietnam où ils autorisèrent leurs alliés,
les collaborateurs français,
à continuer de diriger leur colonie.
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