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Coupez, mademoiselle.
Et choisissez 9 cartes de la main gauche.
Je sais : 3 pour le passé, 3 pour le présent, 3 pour l'avenir.
- Vous connaissez les tarots ? - Un peu. Comme ça.
Vous n'êtes pas encore sortie.
Le jeu parle mieux, quand la consultante sort.
Vous voilà. Je préfère.
Voyons le passé. Vous avez eu un jeune amoureux.
Il a influencé votre carrière ou vous a appris votre métier.
- Votre mère était veuve ? - Non.
Alors, près de vous, une veuve vous tient compagnie.
Peut-être peu scrupuleuse pour la conduite de votre vie,
mais très dévouée. - C'est vrai.
Elle vous a fait quitter votre ville natale ou votre famille
pour une vie plus libre et vous avez connu un homme de coeur généreux,
vous laissant vous consacrer aux arts. Vous avez du talent.
Musicienne ? En tout cas, vous aimez la musique.
Il est encore auprès de vous, très présent.
Il est bon, mais je le vois peu. Alors remplacez-le.
Tirez une autre carte, car celle-là, c'est le consultant.
Il s'occupe de vous en ce moment. Sage et instruit, il donne des avis judicieux.
Je vois les forces du mal : un médecin.
Son entreprise est hasardeuse.
Je vois des changements, une lutte. Voyons l'avenir.
Cette carte n'est pas très bonne.
Vous ne vous marierez sans doute pas.
Il y a un départ, un voyage. Ce sont les Trois Parques.
- Et c'est vous, qui êtes là. - Pourquoi ?
Le jeu est difficile, compliqué. Je ne vois pas très bien.
Il faudrait en faire un autre.
Coupez, s'il vous plaît.
Et tirez 4 cartes.
Le pendu : le changement se confirme.
Cette carte parle bien. Mais c'est la souffrance.
- Vous êtes malade ? - Oui.
Vous voilà : la femme, Vénus Astarté.
- C'est sur vous, la maladie. - Oui, moi.
Une nouvelle connaissance : un jeune homme bavard,
bonimenteur, qui vous amusera.
Il n'était pas sorti, avant. C'est une surprise.
Mais tout ne va pas bien. Il y a un bouleversement.
Vous prenez votre maladie trop à coeur.
J'en étais sûre. C'est grave, n'est-ce pas ?
Oui, mais il ne faut rien exagérer.
Tirez encore une carte.
Il faut réfléchir, voir.
- Voir ça ? Merci ! - Vous vous trompez.
Ce n'est pas forcément la mort.
Pieds et mains couverts de chair : c'est une transformation profonde.
Taisez-vous !
Depuis le prélèvement, j'ai compris.
Pas besoin d'attendre le résultat. Et dans ma main ?
En main, je n'y connais rien. Je ne sais pas.
C'est donc si grave ?
Vous n'êtes pas raisonnable, de pleurer comme ça.
Que penseront les clients ? Je ne suis pas un oiseau de mauvais augure.
J'ai compris.
Les cartes disent la mort. Et moi, j'ai vu le cancer.
Elle est perdue.
Minute, beau papillon !
Être laide : c'est ça, la mort.
Tant que je suis belle, je suis vivante, et plus que les autres.
Alors ? Mme Irma vous a quitté la peur ?
Justement, non. C'est pire qu'avant.
Les cartes disent que je suis malade.
Elle l'a vu dans le jeu ?
Ça peut se voir sur ma figure ?
Mais non.
Vous vous faites des idées.
Si c'est ça, je me tuerai !
Autant dire que je suis morte déjà !
Avec elle, c'est toujours drame et compagnie.
Elle a de quoi être heureuse,
mais elle a besoin d'être protégée. C'est une enfant.
Allons, madame ! Cléo, ma petite fille.
Calmez-vous, voyons.
Ça ne va pas, la petite dame ?
Elle se tracasse. Elle se fait une montagne d'un examen médical.
Les docteurs, ça voit le mal partout.
Ils ordonnent des examens comme autrefois des potions.
Vous l'avez dit.
Elle se trouve mal.
- Vous vous sentez mal ? - Un café ?
Oui. Un café.
Ça va encore t'énerver, le café. Pas de café !
- Bon. Eh bien, un café. - D'accord.
La vie donne raison à l'envie.
On dit "le café énerve". Un jour, on s'aperçoit qu'il calme.
Ce qui fait du mal hier, aujourd'hui fait du bien.
Voici une histoire vraie de mon village. Je suis des Causses.
Un homme avait tout : une vigne, une femme,
de beaux enfants et la santé.
Quand on a la santé, on a tout.
Un jour, il est malade. Le docteur dit : "Il est condamné."
Sa femme joue la veuve. Il se fâche, se lève tout fiévreux, demande du café et sa besace.
Il fait le tour de sa chambre...
- La chambre, tu la loues ou quoi ? - Oui.
Tu es tout de même chez toi, non ?
- Tu comprends pas. - C'est pourtant simple.
J'en ai assez de partir de chez toi à 2 h du matin.
Je suis crevé, le lendemain, je suis mort.
Je veux dormir avec toi ou rien.
Vous m'écoutez ?
Alors rien.
Tu blagues ou quoi ?
Je suis fatiguée aussi, de discuter. J'ai sommeil, et c'est tout.
Je suis fier, tu sais.
C'est toi qui viendras me chercher. Salut.
L'épouse est restée assise à la maison, sans rien dire.
Le voilà qui navigue.
Il visite la Grèce, la Turquie, l'Égypte, l'Afrique.
Il envoie des cartes postales. Il écrit : "Je vois du pays. Bons baisers à tous."
Jamais question de maladie. Et puis il revient, deux ans après,
plus fort que jamais et l'air fier.
- Sa femme était morte par accident. - Un malheur.
Il est resté au village. Il est vieux.
Il parle toujours de son voyage en Méditerranée. C'est l'affaire de sa vie.
Avec les docteurs, on est vite mort.
C'est pourtant vrai.
C'est pas tout ça. Qu'est-ce qu'on vous doit ?
Non, laissez ça. C'est la tournée du patron.
Vous êtes gentil, vous.
- Au revoir. - Au revoir.
C'est celui-là, que je veux.
En cette saison ? De la fourrure ? Cléo, voyons...
- Mesdames. Vous désirez ? - Je voudrais un chapeau.
Puis-je en essayer quelques-uns ?
Bien sûr. Quel genre auriez-vous désiré ?
Celui-là, celui-là, celui-là et celui-là.
J'aimerais un voile plus court et une garniture en fleurs.
Sur une robe en imprimé, mieux vaut un diadème assorti et des brillants.
- Ça ferait un ensemble. - Oui. Ça serait joli.
Je sais pas, moi, si ça va.
Il faut raccourcir le voile. La cliente va venir.
Je vais m'occuper des fleurs d'oranger.
Celui-ci est chic. Il flatte Madame. Un de plus.
Est-ce qu'il te plaît ? Il est de saison, au moins.
Non. Pas du tout.
Caprice !
Tout me va. C'est agréable.
Je me soûlerais d'essayer des chapeaux et des robes.
Décidément, le noir me va très bien.
Mais, tout de même, je préfère celui que j'ai vu en premier.
Il vous va très bien. S'il vous plaît...
- Et voilà ! C'est celui-là. - Bon.
- Un paquet ou un carton ? - Je le garde sur moi.
- Pas un mardi ! - Tu crois ? - Jamais on ne porte un habit neuf le mardi.
- Mais un chapeau ? - Rien de neuf !
Vous désirez quand même un carton ?
- Tu veux attirer le malheur ? - Non.
Merci, mesdames.
Même à la main, on ne porte rien de neuf le mardi !
Vous serez aimable de livrer chez Mlle Cléo Victoire : 6, rue Huygens.
C'est vous ! Mademoiselle, j'aime tant votre voix.
Si j'avais pensé vous voir un jour ici.
Mademoiselle me donnera une photo dédicacée, pour le magasin ?
Bien sûr. Vous ferez livrer tout de suite.
Au revoir.
Pas celui-là, c'est un trop mauvais numéro. C'est pas le moment.
Celui-ci.
- C'est une DS. J'aime ça. - Non. C'est une ID.
- "ID" ? Comme une drôle d'idée ? - C'est ça.
- Vous êtes fatiguée ? - Il me semble ne plus avoir de vie.
Quelle folie. C'est la fatigue, qui vous fait ça.
Vous habitez chez vos parents ?
Faites-moi un petit sourire. Bêcheuse !
Vous aimez les chansons ? Moi, oui !
Non ! Pas cette chanson ! Ce que c'est mauvais !
Ce disque est une trahison. Le pressage est pas possible. Il faut le refaire.
Arrêtez !
Mais arrêtez !
Mais... Non ! J'ai dit : "Arrêtez la musique."
C'est moi, qui chante. Vous ? Ça, alors ! Justement,
j'aime bien cette chanson-là.
- On l'entend pas souvent. - Pourtant, si.
Qu'est-ce que vous avez, madame ?
J'ai mal au coeur.
C'est pourtant tout ouvert.
- La musique ne vous soulage pas ? - Non.
J'aime ça, la radio. Et puis, c'est utile.
Appel Taxi, ça nous fait travailler.
Dur métier, pour une femme.
Même un peu dangereux, qu'on dit. Mais moi, j'aime ça.
Et la nuit ? Vous n'avez pas peur ?
Mais non. Pourquoi ? Peur de quoi ?
Que se passe-t-il ?
Encore les jeunes des Beaux-Arts qui embouteillent les rues.
Il faut bien qu'ils s'amusent.
On en a fait autant, nous autres.
J'aime pas les coups durs, bien sûr. Cet hiver, j'ai été attaquée.
Vous n'avez pas lu France-Soir ? Y avait ma photo dans le journal.
Enfin, pas attaquée précisément. Des jeunes voulaient pas payer.
Vers la rue Curial. Un vrai désert. Et noire comme tout.
Mais je les ai pas laissés partir. - J'ai couru après.
- Dans le noir ? Et ils m'ont assommée.
Alors j'ai appelé au secours
par mon micro Appel Taxi et deux collègues sont arrivés.
- Vous n'étiez pas morte de peur ? - Je suis pas peureuse.
- Ils vous ont volée, finalement ? - Même pas ! Ils se sont enfuis.
Quelle histoire !
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