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La fille dont il était amoureux avait déménagé.
Hajime ne lui avait jamais révélé ses sentiments.
Il le regrettait.
Il le regrettait,
mais il savait qu’il n’aurait jamais eu le courage de le lui dire.
Il s’en voulait donc aussi de se reprocher quelque chose
dont il était incapable.
THE TASTE OF TEA
Sachiko !
Ton thé va refroidir.
On pourrait faire comme ça.
Ou comme ça.
Comme ça.
Avec les mains…
C’est pas mal.
Avec la main comme ça.
C’est pas mal du tout.
Retiens cette pose.
Je vais chercher ma caméra.
J’ai réfléchi. Tu te souviens de cette pose ?
C’est celle-là que je préfère.
« En ce début de juillet,
« je traverse un champ de tournesols en fleur.
« Leur éclat au soleil enflamme mon cœur.
« Mes yeux sont-ils en feu ?
« Mes oreilles sont-elles en feu ?
Mon âme est-elle en feu ? »
Les paroles de Bouddha tirées des textes sacrés du Sutta Nipata
me reviennent :
« Longtemps, rien ne brûlait en moi.
« Je ne parlais à personne.
« Je ne répondais à personne.
« Être une fille, une mère,
« une épouse, un être humain
« occupait tout mon temps.
« J’avais oublié
« la couleur du ciel en flammes, l’odeur de la terre chaude.
« Qui m’appelle donc ainsi ?
« Pourquoi ne suis-je pas en train de courir ?
Moi qui suis pourtant libre. »
Merci à notre directeur adjoint pour ce nouveau récital de poésie.
Murakami, tu veux parler au nom des élèves ?
Voilà ce que nous avons décidé lors de notre dernière réunion.
1. Plus de bagarres avec Yamaguchi.
2. Ne plus lancer de pierres sur sa maison…
Sachiko se demandait
quand l’image de son double géant finirait par disparaître.
Quand elle y réfléchissait, elle se remémorait toujours
l’histoire de son oncle Ayano.
Tu sais l’étang où tu vas souvent ?
Autrefois, il était dans la forêt.
Les gens disaient que c’était une forêt hantée.
Et…
je sais pas,
les gosses d’aujourd’hui ne croient peut-être plus à ces choses…
Je sais pas.
Comment ça, tu sais pas ?
J’en étais où ? Ah oui.
Et…
J’étais en sixième.
Non.
En CM2.
Une forêt hantée ?
Oui.
C’est là que j’ai chié en plein air pour la 1re fois.
— En plein air ? — Ouais.
Dans cette forêt,
bizarrement, il y avait plein de poulets.
Ils venaient peut-être d’un poulailler du coin.
Comme on n’avait pas un rond à la maison,
j’allais souvent chercher des œufs dans cette forêt.
Le jour où j’ai chié dehors pour la première fois,
j’étais pas allé aux toilettes de toute la journée.
À la sortie de l’école, je cherchais un endroit pour me soulager.
Je suis allé dans la forêt hantée,
mais même là, j’arrivais pas à me décider.
J’avais décidé de chier, mais je savais pas où faire.
C’est drôle comme on hésite, parfois.
Je continuais à errer,
et je suis tombé sur cet œuf.
On l’avait enterré mais le haut dépassait,
comme si on l’avait caché en vitesse.
J’ai trouvé ça bizarre.
Curieusement, ça m’a libéré. Je pouvais plus me retenir.
J’ai décidé de me soulager là.
Je m’étais tellement retenu que j’ai fait une belle crotte.
Après, je me suis senti soulagé.
J’ai réalisé que la nuit tombait.
J’ai eu peur et j’ai décidé de rentrer.
Mais sur le chemin,
j’ai commencé à réfléchir.
Qu’est-ce que cet œuf énorme faisait là ?
Je me demandais pourquoi on l’avait enterré,
et surtout pourquoi j’avais chié dessus.
Un œuf comme ça,
j’aurais dû le ramener à la maison.
Je me sentais de plus en plus minable.
Mais j’ai laissé tomber.
Et je suis rentré chez moi.
Le lendemain,
je suis retourné le chercher dans la forêt,
mais il avait disparu.
Je connaissais cette forêt comme ma poche.
Mais j’ai eu beau chercher, je l’ai jamais retrouvé.
J’ai fini par abandonner.
C’est alors que ce type s’est pointé.
Quel type ?
Un type couvert de tatouages qui était en sang.
Une sorte de fantôme ?
Peut-être.
Il surveillait tous mes faits et gestes.
C’était flippant.
Il arrivait toujours quand je relâchais mon attention.
Par exemple ?
Par exemple, quand je faisais le ménage à l’école,
quand je balayais la cour,
quand je nettoyais le poulailler…
Tu nettoyais 24 h par jour !
Arrête de te foutre de ma gueule.
Ou quand je travaillais dans ma chambre.
Ici même.
Et quand j’étais au sanctuaire.
Il arrivait toujours
quand j’étais occupé.
Il me regardait.
Pourquoi il était en sang avec des tatouages ?
Pourquoi ?
Je sais pas.
Il était en sang, avec des tatouages
et il avait une merde sur la tête.
Une merde ?
Oui.
Une merde sur la tête.
Tu crois que c’est parce que t’as chié dans la forêt ?
J’en sais rien. Ça m’étonnerait.
En tout cas, ce type…
Elle te plaît, mon histoire ?
Ouais, elle est bizarre mais très cool.
Il a continué à m’épier,
et puis un jour, il a disparu.
Il a disparu ?
Je m’exerçais à la barre fixe.
Il avait passé la journée à m’observer.
Je m’étais habitué à lui.
Je l’ignorais et je continuais à m’exercer.
Et quand j’ai fait un tour complet,
il a disparu.
Il a disparu ?
Quand Sachiko pensait à cette histoire,
elle se demandait si le moyen de se débarrasser de son double
n’était pas de faire un tour complet.
Pourtant, quelque chose la retenait
et l’empêchait de s’exercer.
Dans le récit de son oncle Ayano,
l’homme qui l’observait était un étranger couvert de sang.
Tandis que dans son cas, il s’agissait d’elle-même.
L’histoire de son oncle
n’allait donc pas résoudre son problème,
en concluait-elle à chaque fois.
De plus, il y avait un autre épisode
dont son oncle n’était pas conscient.
Au moment même
où il avait fait son premier tour complet,
un incident s’était produit dans la forêt hantée.
Chef !
Bonjour.
C’est quoi ?
C’est une fracture du crâne ?
Non, regardez les traces de coups de feu.
Des yakusas ?
— Oui. — Merde.
Cette brosse, c’est pour la calligraphie ?
Tu rigoles ou quoi ?
— Regarde-moi. — Oui.
Comment tu me trouves ?
Classe.
Et ça ? Qu’en penses-tu ?
C’est terrible. On l’a tué, enterré, et on lui a chié dessus.
— Pas tout de suite. — Comment le savez-vous ?
Réfléchis un peu !
C’était pas un squelette, à sa mort.
Regarde cette merde, elle est toute fraîche.
Le corps s’est d’abord décomposé. On lui a chié dessus après.
Je vois.
Il faut donc aussi analyser ces excréments.
— Oui. — À toi de jouer.
Tiens.
Juste à ce moment-là,
oncle Ayano réussit à faire son premier tour arrière.
Le fantôme du yakusa assassiné qui poursuivait mon oncle
fut enfin libéré de cette odeur insupportable.
Dans la mesure où l’âme furieuse de ce yakusa
trouva enfin la paix,
on peut dire que la mer…
que les excréments d’oncle Ayano furent salutaires.
Vous ne trouvez pas ?
Je t’aime, Hajime.
Rendez-vous à Romanchi après l’école.
ROMANCHI
J’ai caressé les seins d’Aizawa !
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