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The Spirit of '45 (2013)
La victoire du Parti travailliste de 1945
Souvenirs et réflexions
C'est un moment extraordinaire. La guerre est terminée.
Je pleure un peu.
Je pense à mes chers amis,
aux hommes que je connaissais et qui se sont battus.
Piccadilly grouillait de monde.
Les gens rassemblés autour d'Eros étaient jeunes,
surtout d'anciens soldats.
Il y avait des gens partout. Sur les trottoirs, les lampadaires...
Ils chantaient et criaient.
Je me souviens qu'un jour où mon père
m'accompagnait à l'école, on a vu une maison en ruines.
Devant, une femme disait: "Dire que j'ai fait mes vitres, hier."
Le foyer des infirmières a été touché en 1940.
Puis, en 1941, tout l'hôpital a été touché
et entièrement détruit.
Le chirurgien en chef, Mr Grey,
a été tué ainsi que de nombreux médecins et infirmières.
Deux services de maternité
ont été bombardés avec 50 bébés et leurs mères.
Et il y a eu beaucoup d'autres victimes.
Chaque 3 mai, je m'en souviens comme si c'était hier.
Il y avait une question latente sous la joie et la gratitude.
Quel serait l'avenir ? Qu'allait-il se passer ?
On avait gagné la guerre,
combattu le fascisme, mais avait-on vaincu nos ennemis d'avant-guerre,
la pauvreté et le chômage ?
Ce qu'on espérait,
c'était ne pas retrouver la Grande-Bretagne des années '30.
Plus jamais ça.
On ne voulait plus de guerre, mais également plus ce genre de paix
où tout était organisé par les riches pour les riches.
Ce qu'on ressentait, avec mes camarades,
c'était qu'en gros,
c'était eux et nous.
Les officiers étaient d'un côté de la barrière,
et nous, de l'autre.
Les gens avaient très peur
de revivre ce qu'ils avaient vécu après la Première Guerre.
Une immense pauvreté.
J'ai travaillé avec des hommes qui, entre les deux guerres,
avaient traversé des périodes de chômage.
Les gens ne demandaient pas grand-chose.
Ils voulaient simplement travailler,
avoir des enfants et une vie de famille.
Tout le monde voulait une vie paisible, en famille.
Je suis né il y a 87 ans dans les bas quartiers de Liverpool,
à côté de Great Ormond Street, à Mellor Street.
On était huit enfants.
On dormait à 5 dans un lit.
Dans mon lit, on était 3 garçons
et 2 filles.
Un soir, on s'est couchés
et notre lit était plein de vermine.
Quand je dis "vermine",
je parle des insectes, des puces...
Ils grouillaient par centaines dans les lits où on dormait.
On ne pouvait rien y faire,
ils étaient partout dans la maison.
Sous le papier peint, dans les plinthes...
On se mettait au lit et on dormait avec eux.
Le lendemain matin, à l'école,
on recevait des coups de canne parce qu'on avait les genoux sales.
Tous les lundis matin, on devait apporter des habits
au mont-de-piété qui se trouve en ville.
Je prenais le tramway et le conducteur disait toujours:
"Prochain arrêt, Dalgleish.
Je serai chez Browns et je vous offrirai un bon prix."
Quand il arrivait au terminus, il disait: "Tous dehors !
On est au parc de la pauvreté."
C'était tout à fait ça.
Je me souviens très bien des années '30.
Je n'avais pas de chaussures
et j'avalais des cuillères de malt avant de partir à l'école
pour ne pas souffrir de rachitisme.
En rentrant de l'école, on sentait des odeurs de cuisine,
et nous, tout ce qu'on mangeait, c'était un bol de céréales.
Tous les soirs, on mangeait
des rutabagas ou des patates, sans viande.
Ils n'avaient pas de tapis
et quand on allait les voir, ils récuraient le plancher.
Et après le nettoyage, ils mettaient des journaux par terre.
Mon grand-père apportait son costume
au mont-de-piété chaque lundi
non seulement pour avoir de quoi vivre,
mais aussi pour son plus jeune fils qui avait un problème au rein.
Il fallait payer le docteur.
Il le récupérait avec sa paye, le vendredi, pour aller au pub, en costume.
On mangeait surtout du pain et de la confiture.
Certains disent qu'on trempait du pain dans le jus du boeuf,
mais comme on n'en avait jamais, ça n'arrivait pas.
C'était surtout pain et confiture.
Chez nous, trois enfants sont morts.
Ils avaient entre...
2 et 4 ans.
Deux sont morts en même temps.
Je me souviens
qu'on avait les 2 cercueils sur nos genoux, dans un corbillard
tiré par un cheval qui nous a emmenés au cimetière.
Et les deux cercueils ont été mis sur d'autres,
au cimetière.
Je me souviens que durant les années '30, il y avait de longues périodes
pendant les grèves, où toutes les mines étaient fermées
et on devait ramasser le charbon sur les houillères.
Mon grand-père et mon père
guettaient le passage des engins à vapeur, avant de sortir
par la porte de derrière
pour compter le nombre de camions qui montaient à la mine.
C'est comme ça qu'ils savaient
s'ils auraient du travail pour un jour ou deux ou une semaine.
Ils l'appelaient la mine parapluie
parce qu'elle était sans cesse ouverte puis fermée.
Mon père m'a emmenée voir la queue de chômeurs
à Liverpool.
Il m'a fait remonter toute la queue dans un sens puis dans l'autre,
pour que je voie les visages,
et il m'a dit: "N'oublie jamais ça.
Souviens-t'en bien pour que ça ne t'arrive jamais."
J'avais 10 ans.
On allait à tous les meetings.
Dans les parcs ou dans la rue.
J'en ai tellement vu
que j'avais une bonne culture politique.
Ce qui compte vraiment,
c'est qui contrôle l'industrie et ses profits.
Cette absurdité de système bancaire
a mené à la crise.
On ne gagne pas d'argent,
on ne fait pas fortune en s'échangeant des bouts de papier.
Resserrez les rangs, regroupez-vous,
rejoignez la grande armée
et les enfants de la nuit
qui marchent vers la conquête de l'avenir.
Ils marchent pour construire Jérusalem
dans cette verte et belle contrée qu'est l'Angleterre.
J'avais 25 ans
quand j'ai lu mon premier livre,
Les Philanthropes aux pantalons troués.
Ce livre a bouleversé ma vie.
Je ne pouvais plus dormir après l'avoir lu.
Je me disais
qu'on était bien bêtes
d'avoir été embarqués,
et de l'être encore... On a été aspirés
vers une vie complètement fausse.
On habitait les bas quartiers de Great Ormond Street,
et on était le plus grand empire du monde.
On possédait l'Inde, l'Afrique, le Canada, l'Australie.
On était le plus grand des empires
et on vivait dans les pires taudis d'Europe.
Mon père apportait une caisse sur les docks,
montait dessus et il exhortait les dockers
à se syndicaliser, à se solidariser.
"Vous n'arriverez à rien, sinon.
Il faut être unis, tous ensemble."
J'étais fière de l'accompagner et j'entendais des hommes dire:
"C'est Johnny et sa gamine."
J'étais très fière d'être la gamine avec Johnny.
Certaines maisons ont été détruites. Il faut tout reconstruire.
Pas comme avant, j'espère. Plus de bas quartiers et de taudis.
Justement. Il faudra faire du bon boulot, cette fois.
D'accord, mais comment ?
Peut-on aider ?
Pourquoi pas ?
Si on arrive à aider les gens,
on pourra très bien nettoyer ces bas quartiers
et construire un monde meilleur où tout cela n'arrivera plus.
Je suis d'accord.
C'est nous qui avons fait la guerre
et c'est nous qui travaillerons à restaurer la paix.
Je me souviens d'un meeting qu'on avait organisé sur un navire.
Un type s'est levé et a dit: "Dans les années '30,
il y a eu trop de chômage.
On ne connaît pas le chômage en temps de guerre.
Si on a du travail en tuant des Allemands,
on en aura en construisant des maisons, des écoles,
en embauchant instituteurs et médecins."
Cet argument était solide.
On ouvre le bureau des affaires courantes.
Une heure par semaine, on parlera de ces affaires,
et ce sera pris sur vos heures de travail.
S'il y a de l'injustice, de l'inégalité, c'est de notre faute.
Pourquoi ne pas écrire au député ?
Bonne idée. On a un parlement.
A nous de décider qui doit y siéger pour faire un bon travail.
Je doute de plus en plus de cette nouvelle façon dont on forme
et éduque les forces armées.
Je maintiens fermement que cette éducation qui touche
à la politique est une erreur.
Faites quelque chose si vous ne voulez pas que
ces créatures de la classe ouvrière reviennent trop maniérées.
La guerre a appris aux hommes
que quand le gouvernement veut les mobiliser
il les enrôle dans l'armée et cette mobilisation
leur donne le pouvoir de battre le fascisme.
Ils sont revenus avec cette conviction
que tout était possible.
Assurance sociale et services assimilés
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