200 baris pertama.
LES FILLES D'OLFA
Dans ce film,
je vais essayer de raconter l'histoire des filles d'Olfa.
Olfa a quatre filles.
Les deux cadettes, Eya et Tayssir, vivent encore avec elle.
Les deux aînées,
Rahma et Ghofrane,
ont été dévorées par le loup.
Où est Olfa ?
Elle est arrivée ?
Elle est en route.
Quel stress !
Comme si c'était mon premier tournage. Incompréhensible.
Elle aussi, ça l'angoisse de me rencontrer ?
Elle t'a dit quelque chose ?
Elle veut voir les actrices qui vont jouer ses filles aînées.
Plus que moi ?
C'est bizarre.
Très bien.
Donc je stresse plus qu'elle.
Si j'ai bien compris,
je suis comme le personnage de Rose, dans Titanic.
Elle raconte son histoire,
et des acteurs vont jouer cette histoire.
Donc je suis Rose !
Mais dans Les Filles d'Olfa.
Ce n'est pas exactement ce qui va se passer.
Tu vas jouer dans le film, comme Eya et Tayssir.
Mais il y aura aussi une actrice,
pour jouer ton personnage dans les scènes trop dures.
Tu vas devoir ressentir tout ce que j'ai éprouvé,
ce que j'ai vécu avec mes filles aînées,
cette souffrance que j'ai endurée, la douleur de la séparation,
l'angoisse de me réveiller avec le souvenir de leur disparition.
Et ça risque de te rendre folle.
Tu sais, nous, les acteurs, on apprend à mettre de la distance.
Se plonger totalement dans une histoire,
s'immerger dans une réalité inconnue,
ça peut être très déstabilisant.
Et c'est vrai que ça peut faire mal,
donc j'ai appris à me protéger.
Et si tu n'y arrives pas ?
Si le personnage s'impose à toi ?
S'il t'ébranle, parce qu'il t'apparaît trop réel ?
Dans cette histoire, Kaouther ne va rien inventer,
tout est réel.
Et toi, ça peut te perturber.
Oui, je dois me protéger.
Eya et Tayssir,
vous allez, vous aussi, jouer vos propres rôles.
Je vais vous présenter
les deux actrices qui joueront vos sœurs aînées,
Rahma et Ghofrane.
- Bonjour. - Bonjour.
Je reconnais Ghofrane.
Elle, c'est Ghofrane. Et elle, c'est Rahma.
C'est bien ça ?
Comment vous avez deviné ?
Ghofrane... Je vais vous dire.
Ghofrane a les cheveux bouclés, et elle est mince, elle aussi.
Et puis, elle respire la féminité, comme toi.
Et toi, tu ressembles à Rahma. Et à moi.
Pour moi, leur mère,
personne ne peut remplacer Rahma et Ghofrane.
- Tu crois qu'on va les remplacer ? - Jamais !
- Elle ressemble à Ghofrane. - C'est vrai, il y a quelque chose.
Elle a le même sourire.
Sur sa dernière photo, la ressemblance est frappante.
J'imagine que Kaouther avait cette photo.
Elle t'a bien choisie.
C'est surtout une question de caractère.
Très féminine.
Ghofrane est plus posée, c'est ça ?
Ghofrane me prend dans ses bras, pas Rahma.
Ghofrane s'assoit à côté de moi, pas Rahma !
Viens t'asseoir à côté de ta mère !
C'est ce qui va être douloureux, avec ce film.
On va tout revivre.
Ça va raviver les blessures.
C'est pas...
Je n'ai jamais pleuré leur disparition.
Je ne prononçais même plus leurs noms.
Je n'y arrivais pas.
Rien que dire "Rahma" et "Ghofrane",
ça m'évoque la catastrophe, le malheur, la douleur extrême.
- Ça va ? - Bonjour.
Kaouther m'a dit que c'était difficile, pour Olfa,
de voir "ses filles".
Elle s'est effondrée, elle n'arrivait plus à parler.
Bien, je vais donc prendre sa place.
- Je suis "maman". - Enchantée.
On commence par qui ? Rahma ou Ghofrane ?
- C'est Rahma. Elle avait quel âge, là ? - 15 ans.
Ouvre-le plus.
C'est bon, il est noué.
- Tu aidais souvent tes sœurs ? - Moi aussi, je le portais.
- Tu portais le voile ? - Oui.
Tu l'as mis à quel âge ?
8 ou 9 ans, peut-être.
Pour Ghofrane, c'est vraiment très réussi.
Et Rahma, c'est raté ?
Toi, c'est la personnalité.
C'est ton caractère qui est ressemblant.
Vous me faites vraiment penser à elles.
Elles ont essayé le hijab, elles ont aimé et elles l'ont gardé.
Comme je te l'ai dit,
ma mère était une mère célibataire,
qui élevait plusieurs filles.
On était des proies faciles.
Dans un monde sans pitié.
Ma mère n'a eu que des filles. Notre père nous a abandonnées.
Souvent, les hommes voulaient s'introduire chez nous de force.
Ils essayaient de casser la porte !
J'étais la seule à pouvoir nous défendre.
"J'étais la seule à pouvoir nous défendre."
"J'étais la seule à pouvoir nous défendre."
J'étais jeune à l'époque.
J'avais 13 ans, peut-être 14, pas plus.
Mais j'étais courageuse.
J'étais convaincue qu'on ne devait pas se laisser faire, tu vois ?
"Tu vois ?"
"Mais j'étais courageuse.
"J'étais convaincue qu'on ne devait pas se laisser faire."
Je me suis mise à la musculation.
J'ai fait de la musculation,
j'ai coupé mes cheveux comme un garçon,
je m'habillais comme un mec...
Je suis devenue un homme, pour protéger ma mère.
J'ai frappé nos agresseurs, tous.
Je les ai tous tapés !
"J'ai frappé nos agresseurs.
"Je les ai tous tapés !"
Je me comportais comme un mec.
J'étais devenue un mec.
Puis un homme a débarqué dans ma vie, et il m'a brisée.
Lors de ma nuit de noces...
Tu connais ces gens-là, tu sais ce qu'ils attendent.
Doucement, Abderahmane, je vais pas m'envoler.
Vas-y doucement, s'il te plaît.
Doucement quoi ?
Non, je ne le suppliais pas.
J'étais ferme, je lui donnais des ordres.
Ça me revient, ma sœur est entrée.
Qu'elle soit maudite !
Elle lui a dit : "Laisse tomber le lit,
"fous-la par terre et coince-la dans le coin."
Et après ça, elle est ressortie.
Montre-moi, fais comme si tu étais ta sœur.
D'accord.
T'en es où, Abderahmane ? T'as fini ?
Cette salope, elle a pas voulu se donner.
Qu'est-ce qui te prend, Olfa ? C'est quoi, ton problème ?
Vas-y, donne-toi.
Ou alors avoue-le, si t'as un problème.
Les gens attendent.
Tu veux un scandale ?
- Ta sœur t'a vraiment dit ça ? - Oui.
- Et après ? - Il m'a poussée sur le lit.
Lâche-moi !
Ferme ta gueule !
- Arrête ça. - Ta gueule.
Je te jure que tu vas pas me toucher.
Mais lâche-moi !
Et les gens qui attendent dehors ? Tu veux nous foutre la honte ?
Tu l'entends roter ?
Et alors ? Comme si tu le connaissais pas.
Fais pas chier et magne-toi.
Il m'a même pas regardée.
Écoute-moi, toi. Ma sœur, c'est une coriace.
Tu vois le coin ?
Coince-la et fais ton affaire.
T'as honte de rien, toi.
Les gens attendent, fais vite.
- Pas de scandale ce soir. - Dégage.
- T'es pas vierge ? - Si !
- Si tu l'es pas, dis-le. - Ça va, t'inquiète.
T'es pas ici pour t'amuser.
Bravo !
Allez, laisse-nous.
Et toi, prouve-lui ta virilité.
C'est bon, sors d'ici.
- Et toi, lève-toi. - Je me lève.
- Va dans le coin. - C'est bon, j'y vais.
Je vais dans le coin.
Tu veux faire ça dans le coin, on va y aller.
Vas-y, dans le coin.
Bas les pattes !
- Espèce de lâche ! - Sale conne !
- Sale petite... - Je vais te montrer, moi !
Tu veux de la virilité ?
- Je vais t'apprendre ! - Lâche-moi, salope !
Je vais t'apprendre la virilité !
Alors, t'es content ?
Vas-y, essuie-toi !
Tu peux venir.
Regarde.
Et elle a sorti le drap.
- Un drap taché de son sang ? - Oui, c'était son sang à lui.
Dehors, ils ont commencé à faire la fête, les youyous, les tirs de carabine...
Ils jubilaient, alors qu'il ne m'avait pas touchée.
No comments yet. Be the first to leave one.