200 baris pertama.
PREMIÈRE BOBINE
Oh, chante,
Ulysse,
chante tes voyages.
UNE SEMAINE APRÈS NOTRE ARRIVÉE EN AMÉRIQUE (BROOKLYN)
NOUS AVONS EMPRUNTÉ DE L'ARGENT ET ACHETÉ NOTRE PREMIÈRE BOLEX.
Raconte où tu es allé,
raconte ce que tu as vu.
Et raconte l'histoire de l'homme
qui n'a jamais voulu quitter sa maison,
qui était heureux
C'ÉTAIT L'ANNÉE 1949
et vivait parmi ceux qu'il connaissait
et qui parlaient sa langue.
Chante comment il fut alors jeté
SUR LORIMER STREET
à travers le monde.
À L'EMBARCADÈRE DE LA 23E RUE, DES IMMIGRANTS ARRIVENT EN AMÉRIQUE
NOS PREMIÈRES IMAGES DE NEW YORK
Y AVAIT-IL UNE GUERRE ?
La vie continue. Papa travaille à l'usine.
Le soir, la famille se rassemble autour de la table.
Tout est normal,
tout est très normal.
La seule chose,
c'est que vous ne saurez jamais ce qu'ils pensent.
Vous ne saurez jamais
JAMAIS
à quoi pense un immigrant
le soir à New York.
LES TOITS DE WILLIAMSBURG (BROOKLYN)
ASSIS DANS LE SQUARE DARIUS & GIRENAS, DE VIEUX LITUANIENS RÊVAIENT
SANS SOUVENIRS
AU CŒUR DE WILLIAMSBURG
PENDANT QUE BROOKLYN DORMAIT
À TRAVERS LES RUES DE BROOKLYN
À TRAVERS LES RUES DE BROOKLYN
À TRAVERS LES RUES DE BROOKLYN J'AI MARCHÉ
J'AI MARCHÉ, MON CŒUR PLEURANT DE SOLITUDE
J'ESSAIE DE ME SOUVENIR...
LE LONG HIVER
C'étaient de longue soirées solitaires,
de longues nuits solitaires.
Il y avait beaucoup d'errances,
d'errances...
à travers les nuits de Manhattan.
Je pense n'avoir jamais été
aussi seul.
LE PRINTEMPS ARRIVA LENTEMENT
À MASPETH AVEC LEONAS LETAS
DANS PROSPECT PARK
CHAQUE MATIN LE PÈRE LANDSBERGIS SE REND À GREAT NECK
Le 3 octobre 1950.
J'essaie d'écrire avec un crayon.
Mais mes doigts ne tiennent pas bien le crayon,
pas comme ils savaient le tenir il y a un an.
À cause du travail à l'usine,
mes doigts sont devenus raides.
Ils ne se plient plus,
ils ont perdu leur souplesse.
Ils ont des muscles que je n'avais jamais vus auparavant.
Ils ont l'air plus gros.
De toute façon, je ne peux pas tenir le crayon.
Alors je me suis mis à la machine à écrire
et j'ai commencé à taper, avec un doigt.
SON PREMIER SALAIRE
Je n'oublierai jamais cette nuit de Noël.
LE MAGASIN DE BONBONS DE GINKUS
On ne pouvait pas rester à la maison. Nous étions trop seuls.
Les rues étaient vides.
Nous nous sommes arrêtés au magasin de bonbons de Ginkus.
Il n'y avait personne. Mais Ginkus était là.
Nous avons bu de la bière froide et nous avons regardé la rue
et les décorations de Noël.
Le vent emportait des morceaux de papier journal à travers les rues.
Quelque part à Brooklyn, au bout du monde.
UN PIQUE-NIQUE
Je sais que je suis sentimental.
Vous aimeriez
que ces images soient plus abstraites.
C'est bon, traitez-moi de sentimental.
Vous êtes assis chez vous, dans vos maisons,
mais moi je parle avec un accent
et vous ne savez même pas d'où je viens.
Ce sont des images et des sons
enregistrés par une personne en exil.
LA MAISON DE LAPE À STONY BROOK
Parfois, nous nous échappions à Stony Brook.
J'imagine une maison,
peut-être à Paris ou peut-être près de Paris,
où, au début des années vingt, les immigrés russes
avaient l'habitude de se retrouver pour échanger leurs souvenirs,
et tandis que les années passaient, mourraient lentement.
Telle était pour moi la maison de Lape.
Nous nous y rassemblions tous, nous y revivions tous nos souvenirs.
Poètes, militants,
ainsi que ceux qui n’appartenaient à rien ;
nous étions tous les bienvenus à la maison de Lape.
C'était l'un de ces dimanches,
l'un de ces week-end où tout le monde venait
et était accueilli à bras ouverts.
Je me souviens de ce week-end.
Nous nous sommes assis sur la terrasse,
nous avons regardé les arbres verts,
les chaises dehors,
les gens.
Il y avait tant d'invités,
tant d'invités ce week-end-là.
Et Bernardas était là,
qui jouait...
avec des petites branches et des pierres,
des bribes de souvenirs peut-être...
Nous ne parlions de rien en particulier.
Je me souviens que nous avons parlé de Dylan Thomas.
À l'intérieur, il y avait de la musique...
Tu dansais...
Puis, on a tous couru dehors, notre petit groupe,
Vida et ton amie,
je ne me rappelle plus son nom aujourd'hui,
mais on a tous couru dans les bois et sur la plage,
et là nous avons joué...
BAPTÊME DE PAULIUS LANDSBERGIS
MON FRÈRE A TROUVÉ DU TRAVAIL AU CIMETIÈRE DE MASPETH
LES DIMANCHES APRÈS LA MESSE
Je vous regarde à distance.
La foule, tous les dimanches après-midi.
Je vous regarde.
Et vous croyiez que tout cela était tellement provisoire.
Paulius, Paulius, je te vois.
Rappelle toi, cette journée, cette soirée,
cette soirée où nous avons tous dansé
autour d'un jeune bouleau à l'extérieur des baraques.
Nous pensions que tout cela était temporaire,
que nous serions bientôt tous de retour chez nous.
Puis nous avons tous pris des directions différentes.
Je vous vois, je vous vois,
je reconnais vos visages,
chacun se distingue dans la foule.
LES DIMANCHES APRÈS-MIDI
L'ÉQUIPE LITUANIENNE DE FOOTBALL
DEUX DANSES
FIN DE LA PREMIÈRE BOBINE
DEUXIÈME BOBINE
J'ai rencontré le professeur Pakstas à Philadelphie.
Enfant, j'avais entendu parler
des théories du Professeur Pakstas.
Il disait : "la Lituanie devrait acheter une île
à l'est de l'Afrique et s'y installer.
Il n'y aurait jamais de paix pour la Lituanie.
Elle se trouve sur le chemin entre la Russie et l'Allemagne,
entre l'Est et l'Ouest."
"Partez," disait-il... Ils pensaient qu'il était fou.
Maintenant, je le comprends.
SUR LIBERTY AVENUE, LES IMMIGRANTS CONTRE UN JOURNAL COMMUNISTE LITUANIEN
Je n'avais pas grand-chose à voir avec la politique
pendant ces années à Brooklyn
même si les généraux m'avaient marqué au fer rouge comme communiste.
Pour les généraux, tout poète est un communiste.
Mais j'étais là, avec ma caméra.
Je voulais être l'œil qui enregistre,
je voulais être la caméra historienne de l'exil.
J'étais là
avec ma caméra...
SUR MADISON AVENUE
J'étais là pour enregistrer les passions conflictuelles.
Ils étaient là,
communistes lituaniens
et nationalistes lituaniens.
LA MISSION SOVIÉTIQUE
Et ils ne savaient pas
qu'ils étaient d'abord des Lituaniens,
et seulement ensuite des nationalistes et des communistes.
Ils ne voyaient pas la vérité de l'autre.
Après tout, Staline était toujours vivant.
Tandis que je regardais le mur recouvert de verdure,
je me souvenais d'un autre mur,
près de la maison de mon oncle.
Dans le silence de la nuit, nous entendions des cris
venant de derrière le mur, qui traversaient la nuit.
C'était le quartier général du NKVD de Staline.
Oh, que ma caméra enregistre le désespoir des petits pays !
Oh, comme je vous hais grandes nations !
Et vos grandes rivières, et vos grandes montagnes,
et vos grandes histoires, et vos grandes armées,
et vos grandes guerres !
Et vous vous retrouvez toujours ensembles,
comme aux Nations unies,
et vous vous proclamez les Trois Grands, ou Quatre Grands,
et vous pensez toujours que vous êtes les seuls,
et que les autres n'ont qu'à...
faire partie de vous ou parler votre langue.
Oh vient, vient, dictature des petits pays !
Oh, chante, Ulysse,
chante le désespoir de l'exil,
chante le désespoir des petits pays !
Je vous ai vu, et j'ai pris des notes avec ma caméra,
Vous, en train de marcher, là,
à travers le vacarme
de la grande ville qui n'avait même pas conscience
de votre existence.
No comments yet. Be the first to leave one.