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Le Crépuscule des dieux
Je vous écoute mon père.
Ne commets pas le péché d'orgueil...
Redoute plutôt l'honneur qui t'échoit
car désormais il te sera plus ardu
le chemin du salut.
Fais preuve d'humilité.
C'est mon vœu le plus cher.
Tu devras
écouter les paroles et les avertissements
de tes proches et suivre leurs conseils.
Souviens-toi :
l'homme vraiment grand,
se sent petit
et ne tient aucun compte des honneurs.
Oui, mon père
Vous savez quelle a été mon angoisse
mais je n'ai plus peur.
Je suis serein car j'ai compris
comment user de mon pouvoir
et cela me semble très simple
très beau.
Je pourrai m'entourer de ceux qui savent :
les grands esprits, les grands artistes
et leur demander de m'aider.
Ils créeront les uvres de mon règne
comme pour tous les souverains
et je deviendrai meilleur.
Avec l'aide du Seigneur, dans la crainte du Seigneur,
au service du Seigneur.
Récite ton acte de contrition.
Un fait explique dans quel état d'âme
je m'apprête à mener avec vous
cette pénible enquête
afin d'établir si notre souverain est encore
en état de gouverner notre infortuné pays,
notre méprisée Bavière,
sans trahir la confiance obstinée de son peuple.
Je faisais allusion au fait
que je suis un des rares ministres
restés en exercice sans interruption
depuis ce lointain mars 1864
où remplis d'illusions, nous étions réunis pour applaudir
le couronnement de notre jeune prince.
Le Secrétaire au Trésor.
Les Ambassadeurs
de Prusse et d'Autriche.
Excusez, Altesse.
Sa Majesté est presque prête.
Quelques minutes...
Majesté, le Roi désire vous voir.
Je vous remercie.
Allez-y.
Songez, honorables collègues, à notre stupeur
lors du premier Conseil convoqué par Sa Majesté
où il nous fut dit
que la seule mesure urgente était
de retrouver le maestro Wagner
afin de le convaincre à tout prix
de venir s'installer dans notre pays.
Qu'est-ce ?
Les rapports des policiers
que j'ai chargés de retrouver Wagner.
Pourquoi la Police ?
Je ne suis pas un détective
et M. Wagner est fort difficile à trouver.
Il n'est ni à Munich, ni à Vienne, ni à Neuchâtel.
Il y était pourtant peu avant
l'arrivée de nos agents.
Votre Majesté peut le voir sur le rapport n°4...
M. Wagner semble en voyage à Stuttgart, j'attends confirmation.
De qui ? D'un autre policier ?
Je crois avoir été assez clair : je ne veux pas arrêter Wagner
mais le prier humblement de m'honorer de sa visite
convaincu que la présence d'un tel artiste
peut servir de façon inestimable notre prestige.
Il n'était pas utile de lui envoyer un policier.
Il a eu raison de s'offenser.
Et de se sauver.
Si mes informations sont exactes
ce ne sont pas nos agents qu'évite Wagner
mais ses créanciers.
Balivernes ! S'il est à Stuttgart, j'irai personnellement
lui faire mes excuses, et l'inviter.
Permettez-moi de vous rappeler que notre Premier Ministre
recommande à Votre Majesté de se rendre à Bad Ischl
où se trouvent, outre l'Empereur d'Autriche
et l'Impératrice Elisabeth,
le Prince héritier de Prusse, la Tzarevna et...
Il ne se rend pas compte que notre amitié avec Wagner
importe plus que de voir les têtes couronnées en vacances à Bad Ischl.
Je crains en effet qu'il ne s'en rende pas compte.
Expliquez-lui ! Et dites-lui que je resterai ici
jusqu'à ce qu'on ait retrouvé Wagner !
En ce cas, je vais m'en charger. Il suffit d'y mettre le prix.
Tâchons de ne plus commettre d'erreur.
Qu'il reçoive au plus vite ma lettre et mon présent.
J'aurais peut-être dû me montrer plus explicite :
un présent est nécessaire.
Quant à votre visite à Bad Ischl, nous...
Il y a longtemps que nous ne nous étions vus...
Doutant parfois de mon avenir d'Impératrice,
je me prépare à une autre carrière : amazone de cirque !
Comme tu as changé !
Depuis quand ne nous étions-nous vus ?
5 ans.
Non. 5 ans et 6 mois.
Quelle mémoire !
Merci. À demain.
Navrée d'avoir manqué ton couronnement, j'étais...
Où ça ?
Selon ton ambassadeur, tu étais malade.
Non, je m'apprêtais à m'y rendre
mais à l'idée de rencontrer tous ces parents, j'ai changé de route.
Moi aussi, ce soir.
J'allais à un dîner quand j'ai su que tu étais ici.
- Qui te l'a dit ? - Mon aide de camp. Il sait tout.
Il savait que tu avais déserté un dîner officiel,
en te prétendant souffrante.
Et il savait où te trouver...
Aussi suis-je venu.
En te prétendant souffrant !
Tu as changé. Tu es bien plus beau.
Tu es devenu le plus beau roi d'Europe !
Ce n'est pas un grand compliment !
Tu es venu m'espionner ou me saluer ?
Les deux. Et pour éviter le dîner.
Je ne m'habitue pas aux soirées officielles.
Mais toi aussi, tu te sauves.
Tu as raison, je me sauve...
Quand j'en ai envie, mais au vu de tous.
C'est vrai, tu sais...
On me l'avait dit : tu me ressembles de plus en plus !
Tu ne trouves pas ?
Je ne sais pas.
Mais j'aimerais bien. Et toi ?
Pourquoi pas ?
Moi aussi.
Retournez à l'hôtel, comtesse. J'ai un accompagnateur.
Mais je n'ai pas envie de rentrer.
Comme tu voudras.
Enlève-moi !
Le changement est toujours trompeur.
Nouveaux lieux, nouveaux visages, nouvelles habitudes.
Cela suffit pour qu'une femme
curieuse comme je le suis soit satisfaite.
Au début je n'ai même pas regretté ma famille.
J'avais tant à faire : un mari à aimer
avant de voir qu'il n'avait que faire de cet amour
et en cherchait ailleurs !
Une belle-mère à conquérir
avant de découvrir qu'elle était odieuse
et m'interdisait d'élever mes enfants
qui livrés aux éducateurs et aux prêtres
devenaient des étrangers.
Jusqu'à ce que je découvre
que la maison où tu as séjourné n'est qu'un palais sinistre.
Comment as-tu pu y rester 10 ans !
On se sent piégé
comme un papillon attiré par la lumière,
qui fini coincé à l'intérieur.
J'ai repris conscience, comme après un long sommeil.
Je suis tombée malade de tristesse. Et un jour, je suis partie.
Madère, Corfou...
La Grèce, l'Italie...
Je me défends en fuyant. On me dit extravagante,
on le disait déjà en découvrant ma haine de la Hofburg,
de mon refus d'un mari toujours au loin, en uniforme
faisant la guerre, et la perdant.
Critiquée de toute façon, autant faire ce qui me plaît !
J'ai toujours entendu parler de toi avec admiration.
Oui,
si je visite un hôpital,
les blessés m'applaudissent et pleurent.
Aux visites officielles on m'admire, mais on me veut belle pour séduire
comme on te voudra aussi.
Tu veux séduire qui ? Le Tsar ?
On veut te marier à sa fille.
Je l'ai entendu dire
mais je ne veux pas me marier.
J'ai 19 ans...
J'en avais 16 quand je me suis mariée.
On dit maintenant que j'étais trop jeune !
Et que j'ai de nombreux amants, même des palefreniers.
Tu le crois ?
Je crois que tous les hommes sont amoureux de toi.
C'est gentil, mais ce n'est pas une réponse !
Tu penses que c'est vrai ou faux ?
Je ne l'ai jamais entendu dire.
Tu ne veux pas répondre.
Alors une autre question :
est-ce vrai ce qu'on a dit de toi ?
Quoi donc ?
Que tu n'as jamais eu de femme.
Je suis catholique.
Serait-ce la raison ?
On dit que tu aimes être seul
que tu méprises les autres,
que tu montes à cheval la nuit.
On t'appelle "L'amant du clair de lune" !
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