200 baris pertama.
A LA FRANÇAISE
Allez !
Je disais que vous aviez raison de ne pas entrer.
Ça n'en vaut pas la peine.
Les tableaux sont affreux, et les gens encore pires.
Si ça n'était pas une obligation, je ne viendrais jamais à ces expositions.
Obligation ? Vous êtes critique d'art ?
Non, juste le frère de l'artiste.
Vous voulez le rencontrer ?
Mais il n'en vaut pas la peine, je vous assure.
Je vous crois sur parole.
Vous vous intéressez vraiment à la peinture ?
Oui, d'une certaine manière.
Vous voulez voir une belle peinture... ?
Pas comme ces... ces taches de singe névrotique.
Oui, si ce n'est pas trop loin.
Dix minutes d'ici. Je vous emmène.
Qu'en pensez-vous ?
- Je déteste ça. - Quoi ?
Pourquoi ?
Parce que je suis peintre moi-même...
et je ne pourrais jamais peindre quelque chose d'aussi bon.
Bravo !
Dans ce cas, je vous invite à dîner.
Vous buvez toujours du Coca-Cola aux repas ?
Non, pas toujours. Pourquoi ? Ça vous déplaît ?
Cela me rappelle Chicago.
Et vous n'en avez pas envie ?
Pas en ce moment, non.
Vous buvez toujours du vin aux repas ?
Depuis que je suis en France.
L'alcool est la malédiction de la France.
Le vin a réduit ce pays à une puissance de second ordre.
Ne vous laissez pas intimider par moi. Buvez si vous le souhaitez.
Je ne veux pas me rabaisser à puissance de second ordre.
Et maintenant vous vous moquez de moi.
Juste un peu.
Depuis combien de temps êtes-vous à Paris ?
Six mois.
Et combien de temps vous prévoyez de rester ?
Encore six mois.
Jusqu'à ce que je manque d'argent.
C'est trop.
Pourquoi ?
Je vous étudie depuis que l'on mange...
Nous ne pourrions pas parler français ?
Chaque fois que je dis deux mots en français
tout le monde me répond immédiatement en anglais.
Je n'apprendrai jamais à parler comme ça.
Comme vous voulez.
Désolé, vous parlez trop vite.
J'ai dit...
que je vous étudiais depuis qu'on mange...
Et j'ai un bon conseil à vous à donner.
Lequel ?
Quittez Paris. Quittez la France...
dès que possible.
Ça n'est pas très hospitalier, dites donc.
Je veux vous mettre en garde.
C'est déjà difficile pour une fille française de vivre à Paris...
mais pour une Américaine, c'est impossible.
Paris est une ville au coeur dur.
Une usine qui produit des cyniques et des égoïstes.
Si j'avais un peu d'autorité sur vous, je vous renverrai chez vous dès demain.
Mais vous ? Vous vivez ici.
Pour un homme, c'est différent.
Mais dès la fin de mes études, je partirai au plus vite.
Pour aller où ?
En Afrique, Asie, Amérique du Sud...
J'étudie pour devenir ingénieur.
Je veux construire des barrages, des ponts, des routes...
en pleine jungle, dans le désert, dans les montagnes les plus sauvages.
Loin du kitsch et des ragots...
Loin de ceux qui ne cherchent que l'argent et le pouvoir.
Je vous ai convaincue ?
Vous prenez le premier avion demain matin ?
Non.
Alors on peut donc dîner ensemble demain soir ?
Je ne peux pas vous inviter à entrer.
La propriétaire ne veut pas d'homme chez elle.
C'est une femme avisée.
Bonne nuit.
Eh bien... bonne nuit.
Jusqu'à demain.
Dites à votre frère que je lui souhaite beaucoup de succès
C'est une erreur de l'encourager.
Je peux vous poser une question ?
Oui, quoi ?
Quel âge avez-vous ?
19 ans.
J'espère que ça ne vous dérange pas de rencontrer des hommes plus âgés.
Pourquoi ?
Parce que j'ai 21 ans.
Essayez de ne pas vous tuer en rentrant chez vous.
Je vais conduire comme une vieille femme toute courbatue, promis !
Bonne nuit.
Pourquoi tu as fait ça ?
Parce que... c'est dimanche.
Ne refais jamais ça.
Et pourquoi pas ?
Ça ressemble trop à l'image que les Anglo-Saxons ont...
de la façon dont les Français se comportent en public.
Viens, partons d'ici.
Hè, toi...
Je ne veux pas voir ton cou. - Quel est le problème ?
Il est tout raide.
Voilà qui est mieux.
Les gens verront que j'étais amoureux quand tu faisais mon portrait ?
Si tu continues à parler, je ne pourrais jamais réussir ta bouche.
A quoi je ressemble quand je dis: Je t'aime ?
Ou peut-être que ce serait mieux en français.
Ça t'aide ?
Non.
Tu as déjà été amoureuse ?
Non.
Bien sûr, c'est un mensonge...
Mais c'est gentil de dire ça.
Guy... Pourquoi tu ne me présentes jamais tes amis ?
Parce qu'ils sont extrêmement ennuyeux.
Moins que ta famille ?
Largement autant.
Tu me fais un visage intelligent et non conformiste ?
C'est ce que tu veux ?
- Oui - Je fais de mon mieux.
- Dis-moi. - Quoi donc ?
Ça fait trois mois que nous nous connaissons. Tu n'es pas surprise que je n'aie pas...
essayé...
de coucher avec toi ? - Non
Je crois en l'amour et la fidélité.
Je supporte pas la fade promiscuité des adolescents.
Toi aussi, j'espère.
Bien sûr. Ne bouge pas.
Lorsqu'on sera prêts l'un pour l'autre, on le saura.
Chut ! Elle est américaine, elle comprend tout.
Tant mieux. Je veux que toute l'Amérique le sache.
Quand nous serons prêts, nous le saurons !
Guy ! S'il te plaît, chut !
Je suis désolé de vous déranger, Mademoiselle.
Pas du tout.
C'est très joli, si je peux me permettre.
Merci.
Mlle... James.
- C'est votre nom ? - Oui.
Permettez-moi de me présenter.
Je suis la pire des créatures vivantes... Un propriétaire.
Je suis aussi le baron Edouard de Chazières.
Le propriétaire de cet immeuble.
Il appartient à ma famille depuis cent soixante ans.
Mes conseillers me disent qu'il est sur le point de s'écrouler...
qu'il faudrait le démolir
et reconstruire un grand et très laid bâtiment.
Ce serait une honte.
Après l'avoir vu ce soir...
je suis d'accord avec vous.
Miss James...
n'y voyez aucune prétention de la part d'un simple propriétaire foncier,
mais j'aime beaucoup vos tableaux.
Pas du tout.
Dans un sens, je suis un modeste...
collectionneur.
Un de mes amis galeriste me conseille parfois.
M. Patrine, de la galerie Maeght.
Je connais cette galerie.
Serait-ce trop vous demander de me prêter deux ou trois esquisses...
pour lui montrer ?
- Bien sûr que non. - Merci.
Ne bouge pas, Guy.
Pardonnez-moi de vous voler votre précieux temps.
Bonsoir, Mlle.
Je ne supporte pas ces gens-là. Capricieux...
Il a choisi tes trois plus mauvais tableaux.
Je crois qu'il choisi les trois meilleurs.
Renoir !
Matisse !
Picasso !
James !
T'as pas dit un mot depuis un quart d'heure.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je l'ai décidé.
C'est maintenant.
Le moment inévitable est arrivé.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je parle en adulte.
Ce soir, nous serons amants.
Un ami m'a prêté la clé de son appartement.
Il est partir à Tours, dans sa famille.
C'est juste au coin de la rue.
- S'il te plaît, n'en dis pas plus. - Pourquoi ?
- Je t'ai choquée ? - Non
- Tu savais bien que ça arriverait... - Oui, mais...
je ne sais pas.
C'est si brutal. - Brutal ?
Mais on se voit tous les jours depuis trois mois.
C'est ce à quoi tu t'étais habituée ?
Je ne suis habituée à rien, tu le sais.
S'il te plaît, n'en parlons plus.
Pas ce soir.
Mais si, c'est cette nuit que j'ai l'appartement !
Aujourd'hui est quand je dois l'appartement.
Mon ami ne retournera pas à Tours avant un an.
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