Le roi de Paris

Le roi de Paris

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Diterbitkan pada: 2020-02-28
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Oh, Derval ! Deux mots.

En tant que vieil adhérent de la Société des auteurs,

je dis qu'il est scandaleux d'arrêter une pièce en plein succès.

Et il est navrant de voir les vôtres s'arrêter d'elles-mêmes.

Coste, vous en faites une tête !

La tête d'un homme qui, depuis 217 représentations,

a vu son oeuvre détournée, mutilée,

victime de toutes les variantes, de tous les caprices.

"Son oeuvre", non. Disons son livret.

J'ai apporté ma musique, je suis votre Stradivarius.

La scène du bridge jouée comme cela est tout à fait absurde.

J'ai essayé de l'alléger, je la trouvais pesante.

- Pensez-y, la prochaine fois. - Il n'y aura pas de prochaine fois.

Je compte sur vous pour le souper.

Mes chers amis, mes chers camarades.

- Ce soir, nous fêtons la dernière. - Et voilà, c'est parti.

Une fois de plus, nous voici orphelins de nos personnages,

privés de ces magnifiques répliques qu'un jeune écrivain

avait mises dans notre bouche. - Il est très gentil avec vous.

Je veux vous dire à tous ma reconnaissance.

- Une fois n'est pas coutume. - D'abord à toi, Betty,

qui incarne la grâce et la jeunesse depuis un quart de siècle.

Et à vous, Champmartin. En retardant admirablement vos effets,

vous finissez par donner du talent à vos trous de mémoire.

Et toi, Raymonde, l'obscure, la sans-grade,

tu vas ranger nos costumes dans leur panière.

Mais tu les en ressortiras bientôt,

pour de nouveaux sortilèges.

Ça va, je suis pas encore foutue à la porte.

Je bois à vous tous et à tous ceux qui vous sont chers.

Hé ! Vous pensez à mon pilon, pour ma fifille.

Comme d'habitude.

Tu sais quoi ? J'aimerais bien... Mais ne ris pas.

J'aimerais venir chez toi, ce soir.

Ma chérie, nous avons eu de grands moments,

de grandes bouffées de luxure.

Je n'ai rien oublié.

Mais ce serait dommage de gâcher ces souvenirs

par une reprise un peu risquée, non ?

- Je connais la tirade. Rideau. - Votre bombe glacée,

c'est un pétard mouillé.

La cuisine française est une grande dame qui a droit à plus d'égards.

Mesdames et messieurs, saluez, s'il vous plaît,

la France. Monsieur le ministre, vous êtes venu.

Rendre l'hommage de la République au roi de Paris.

Que serait notre théâtre sans Victor Derval ?

Désolé pour le retard, je sors d'un débat à la Chambre.

Le président me soufflait hier encore que votre croix était en marche.

Si vous en croyez digne un vieux saltimbanque comme moi.

Dire que certains monarchistes grincheux

vous traitent de sectaire. Vous avez entendu, marquis ?

- Castellac. - C'est un vieux fin de race.

Un rescapé de la guillotine que j'ai recueilli. Merci.

Merci.

Bravo !

Mesdames et messieurs du boulevard.

Pardon d'interrompre votre banquet.

Je n'ai pas vu votre pièce, mais on dit qu'elle est un grand succès.

On y rit, on y pleure, on y parle surtout.

Mais soudain, que se passe-t-il ?

Je ne vois plus qu'une scène blanche.

Votre théâtre a disparu entre les mots.

Vos vieilles idoles sont tombées dans l'embuscade.

Abolis, les mots bâtards et blêmes !

Abolie, l'obscénité des sentiments.

Fusillés, les flics du langage.

Regardez surgir de la terre en transe

le sublime désordre organique.

Voici les soupirs, les feulements,

les jappements d'un art neuf.

En voilà, un nouvel auteur pour notre grand homme.

Monsieur Derval.

Oui.

Excusez-moi.

Ce n'est peut-être pas l'heure et le moment, mais...

Je voulais vous dire mon admiration.

- J'ai vu 7 fois La Spirale. - Ah !

C'est une bonne pièce.

Oui, très bien faite, mais c'est vous qui la faites exister.

Je vous remercie.

Qu'est-ce que vous faites là à une heure pareille ?

Je connais vos habitudes.

Après le spectacle, le restaurant.

Ensuite, le cabaret russe.

Après, vous rentrez à pied, si le temps le permet.

C'est une vraie filature.

C'était la dernière. Alors je me suis dit :

"C'est cette nuit ou jamais."

Quand on voit une pièce 7 fois, il n'y a plus de plaisir.

On sent venir tous les trucs.

Mais pas avec vous.

Ce soir, par exemple.

La scène du bridge.

Ça m'a paru plus court.

Comme si vous vouliez vous en débarrasser.

Ah ! Vous avez trouvé, vous aussi ?

Peut-être que j'ai tort.

Du 3e balcon, on ne voit pas tout.

Vous auriez dû venir me trouver plus tôt.

Je vous aurais donné une loge pour récompenser votre fidélité.

Au revoir, mademoiselle.

Attendez ! Je voulais vous dire tout ce que je vous dois.

Un jour, dans mon pays, je vous ai vu jouer.

Et j'ai compris que c'était ça, un acteur.

J'avais 15 ans, et mon amour du théâtre est né cette nuit-là.

- Vous êtes comédienne ? - Vous étiez la France.

Paris, pour moi, c'était le centre du monde.

Vous le croyez toujours ?

Il le faut.

C'est une belle histoire, mademoiselle. Ah !

Les petits miracles de Paris.

Tenez.

Je voudrais un gros bouquet

pour une petite marchande d'allumettes.

Tenez, mademoiselle.

Tenez.

Vous êtes bien jolie.

J'espère qu'on sait vous aimer.

Présentez-vous avec cette carte aux studios de Joinville.

On vous trouvera sans doute du travail.

Ça peut peut-être vous rendre service.

Merci.

Je m'appelle Lisa.

C'est pas celle-là qu'il prend.

Y en a plus, de son truc english.

Il bouffera de la marmelade Corcellet.

C'est tout pareil. C'est des airs, ça.

Vivement dimanche !

- Monsieur est déjà levé ? - Donnez.

- Mais, Monsieur, je... - Ça m'amuse.

Oh, que c'est lourd !

- Alors ? - Sacha veut que tu le rappelles.

Ah, Sacha ! J'ai lu sa brochure.

S'il pense que je lui servirai la soupe

dans le rôle du mari cocu, qui n'est même pas du 2e acte,

il se trompe.

Ah, mon vieux grognard, je me sens tout chose, aujourd'hui !

Je ne joue pas ce soir,

et c'est comme si j'avais un gouffre qui s'ouvrait devant mes pieds.

Tu ne peux pas comprendre.

- Je te retrouve dans ma chambre. - Je te dépouille le courrier.

Debout, les morts !

Oh ! Tu as une petite mine, toi, ce matin.

C'est épuisant, n'est-ce pas, de déclamer en public.

C'est même un métier, tu sais.

Tu trouves que j'ai fait un four ?

Au jeu de massacre, il faut aller jusqu'au bout.

Et qu'est-ce que j'aurais dû faire, selon toi ?

M'asseoir et commander des huîtres ?

C'est pas la saison.

Tu sais, Paul, je viens de lire cette revue,

ton article sur les monstres de foire.

Ah ?

Le style est beau, mais...

"Mais..."

Je peux être sincère ?

Essaie toujours.

Il me semble qu'on pourrait dire les choses plus simplement.

Parfois, je ne comprends rien à ta poésie révolutionnaire,

à tout ce chambardement des mots.

- Trop ignare, sans doute. - Ça ne fait rien.

Si tu acceptais d'être moins obscur, j'ai un ami au Petit Parisien,

je pourrais te recommander. - Non, merci.

Tu ferais des voyages,

des reportages sur l'Aéropostale,

sur la croisière jaune. Ce serait amusant.

Je t'ai dit non !

Bien.

Puisque tu méprises mon carnet d'adresses.

J'ai besoin d'argent.

- Encore ? - Oui.

Encore et toujours.

C'est drôle comme tu es prodigue dehors et si regardant chez toi.

Quand on est logé, nourri et blanchi...

Tout père a son enfant à charge, même un père comme toi.

Les fils ont aussi des devoirs.

Au moins vis-à-vis d'eux-mêmes.

Papa.

Je voudrais te demander.

Quoi encore ?

Je regrette pour hier soir.

Le smoking t'allait bien.

Fais ta toilette.

Plateau B, on tourne dans 10 min.

Votre talent n'est pas en cause, mais ça n'allait pas pour le son.

- J'ai pas parlé assez fort ? - C'est la technique qui veut ça.

Quand Derval a joué, il ne rejoue pas.

Je ne redirai pas votre texte, d'ailleurs navrant.

Je ne serai pas l'otage de votre mécanique balbutiante.

Apprenez-lui d'abord à parler

ou alors contentez-vous de ces pantomimes grossières.

Les cons !

C'est des sauvages, Victor.

Leur cinéma parlant, mais ça ne tiendra pas.

Avec tout l'argent que t'as, t'avais pas besoin de ça.

Tais-toi, tu m'agaces !

Moi, ce que j'en dis !

C'est pour ton public. Ça marquera mal.

- Va me chercher un cognac au bar. - Oui, oui, oui.

Oh, là, là ! Clef de sol, tu parles d'un titre !

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Komen

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