200 baris pertama.
C'est une image très calme,
hors du temps,
tout à fait immobile.
On a l'impression de sentir le temps qui passe,
goutte à goutte,
chaque minute,
chaque instant,
les semaines,
les années.
Oui, je me rappelle avec précision
l'anniversaire de mes 30 ans.
J'étais à Londres et seule
parce que les enfants sont restées en France.
Parce que je tournais un film en Angleterre.
J'étais seule, dans ma chambre à coucher, au lit,
et puis, je buvais une bouteille
de cherry Heering dégueulasse, très, très sucré.
Je buvais ça
et puis je me sentais mal.
J'ai commencé ce chemin pénible sur les genoux jusqu'à la salle de bain,
pour arriver jusqu'aux toilettes, et gerber dans les toilettes.
Et puis, j'ai tiré cette petite...
Nodule.
Et là, je voyais dans les chiottes encore,
les petits îlots de carottes,
et je retirais à nouveau sur cette bobine.
Et là, à côté, je voyais
les chaussettes, suspendues sur un petit rail, à côté.
Je les prenais pour m'essuyer la figure.
Qui était rouge et pleurante.
Et je me suis vue dans la glace
et je me suis dit : "Merde ! Alors, c'est ça, 30 ans ?
Eh ben, c'est pas beau !"
Salut.
Deux questions :
Est-ce que tu aimes qu'on te filme ?
Est-ce que tu aimes parler de toi ?
Oui.
Et un peu non.
Oui parce que j'aime le jeu avec le metteur en scène,
et ce qu'il veut de moi.
Et non parfois,
parce que je sais pas vraiment les règles du jeu.
Parfois, je veux tout donner,
je veux me noyer pour de vrai.
Ils me repêchent et ils disent :
"Non, il faut du faux, ça fait trop vrai."
Et puis le contraire, parfois.
Avec toi, je savais pas à quoi m'attendre.
Quelles questions ?
Des vraies ou des fausses ?
- Tu veux boire quelque chose ? - Café.
Tu sais, dans les interviews que j'ai vues ou les photos,
tu regardes jamais la caméra.
Non.
Pourquoi ?
J'aime pas le trou.
Regarde.
Il le faut.
C'est embarrassant.
Pourquoi ça t'embarrasse ?
Parce que c'est trop personnel.
Pourquoi ?
C'est comme regarder dans les yeux.
Alors, c'est trop personnel.
Et si c'était un miroir ?
Tu regardes toi-même.
C'est pas un autre qui te regarde.
Dans un miroir, ce n'est que vous.
Justement.
C'est comme si je filmais ton autoportrait.
Mais tu ne seras pas toujours seule dans le miroir.
Il y aura la caméra...
Qui est un petit peu moi...
Et tant pis si j'apparais parfois
dans le miroir ou dans le champ.
Toi, je veux bien te regarder, mais pas la caméra.
J'ai peur que ce soit un piège.
Mais non, je veux pas te piéger.
Le cinéma, c'est 24 portraits différents par seconde
ou par heure.
Il faut seulement suivre la règle du jeu
et regarder la caméra le plus souvent possible.
Dedans.
Il faut que tu regardes là-dedans.
Sinon, tu ne me regardes pas.
J'essaie.
- Tu as accepté de faire ce film. - Oui, chef.
Moteur !
Si j'accepte qu'un peintre ou qu'un cinéaste fasse mon portrait,
je veux bien être déformée.
Mais c'est comme avec toi.
L'important, c'est l'œil derrière la caméra.
La personne derrière la brosse à peinture.
Je m'en fous de ce que tu fais,
du moment que je sens que tu m'aimes un peu.
Pourquoi tu crois que je veux faire ce film ?
Parce que tu es belle.
Comme la rencontre fortuite sur une table de montage,
d'un androgyne tonique et d'une Ève en pâte à modeler.
J'ai accepté de faire l'actrice et d'être ton modèle.
Modeste...
Mais je suis suspicieuse de moi
parce que je suis pas sûre que ça soit si modeste.
Et si on commençait par un portrait officiel, à l'ancienne,
à la Titien, à la Goya.
Tu ne parles que de fric.
Si des princesses
ont des diamants qui sortent de leur bouche,
toi, quand tu l'ouvres, c'est un tiroir-caisse qui s'ouvre.
Celle-là, tu l'as pas volée !
Tu commences à m'énerver.
Ça fait une heure que tu fais semblant de chercher le fric !
Tu m'as dit que c'était dans un livre !
Regarde-moi dans les yeux ! Dans lequel ?
Les réponses exactes, c'est ennuyeux.
Je te regarde, t'es pas mal.
L'ennui, le hic,
c'est que t'aimes le fric encore plus que moi.
Moi, j'aime fricoter avec toi.
- Arrête de déconner et cherche. - Je cherche.
Trouve, cherche pas.
Comme Picasso.
Qui le disait.
Huit briques, quand même ! Merde.
Huit briques en cash !
C'est toi qui m'as dit de le cacher le cash.
Tiens, regarde ce rouge.
Sang !
Regarde comme c'est beau. Ça gicle.
Et le bleu de Hockney !
Ça va bien avec les contredanses, tiens.
Le bleu transparent.
Big splash.
Bleu piscine.
Bleu de Californie !
Tous les bleus sont beaux, chez Hockney.
L'obsédé des piscines !
On radote tous.
Lui, c'est les piscines et moi, les rayures.
Pour une fois que ton style se vend,
change rien.
J'aurais pas dû te faire confiance.
J'aurais dû louer un coffre.
À propos de coffre...
Il y a quelque chose qui m'intrigue.
Dans beaucoup de portraits, on voit au fond,
un coffre ouvert
et une femme qui farfouille dedans. Regarde.
Ils font tous pareil, regarde.
Derrière toutes ces femmes,
la servante, penchée sur le coffre.
Bam, bam.
C'est mystérieux.
Le mystère, c'est pourquoi tu me mens.
Où est l'argent ? Tu l'as dépensé ?
Tu l'as perdu ? Tu l'as donné ?
Pourquoi tu me tourmentes ?
C'est moi qui te peins, c'est mon fric.
C'est moi qui vends.
Sans moi, tu serais rien. Tu vendrais pas une seule toile.
À quoi je pensais quand je l'ai caché ?
Qu'est-ce que j'aime... M...
Matisse.
Matisse...
Magritte.
Munch.
Monory.
Milshtein.
Manet.
Monet.
Money !
Mais c'est ça !
Peut-être que c'est dedans !
Zéro patate.
Je sais vraiment plus.
J'ai plus de mémoire.
J'aurais mieux fait de marquer le magot.
Hé ! T'as vu ça ? "L'Héritage de René Magritte".
"Un casse-tête surréaliste"...
La seule histoire belge qui fasse rire personne.
Toi, au moins, ça sera simple.
- Quoi ? - Ton héritage.
Je suis pas mort, pourquoi tu dis ça ?
Un agent artistique doit penser à tout.
Les peintres morts,
ça se vend mieux.
Petite salope !
Tu es si dure et je t'aime tant ?
Tu es une petite fille déguisée en femme fatale.
T'es lamentable.
Minable.
J'en ai marre de toi.
Ne dis pas ça, Janou.
Tu vas pas me plaquer pour huit briques.
Tu es tout pour moi !
Attends, au moins !
Ça vient ! Ça vient !
Fric, francs, dollars, Dali...
Dali doré !
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