Pierwsze 200 wierszy.
LE LIMIER
"Le soir du crime, le Dr Grayson n'était nullement à Londres.
"Il était tout bonnement dans une petite auberge des environs.
"Il est revenu à Gifford par le train de nuit.
"Grimé en Burton, le valet de Sir Mortimer.
"Maquillage qui a pleinement abusé le contrôleur de la gare.
"Dès lors, il pouvait agir en toute sérénité.
"Burton étant de sortie,
"il savait trouver Sir Mortimer seul au manoir,
"et il l'a tué avec l'aiguille de l'astrolabe,
"auparavant affûtée sur l'aiguisoir de la cuisine.
"D'où ma question sur l'éventuelle existence de couteaux de cuivre.
J'avais remarqué les rognures de métal sur le sol. "
"Par Dieu, Lord Merridew,
"rien ne vous échappe!
"Puisque vous êtes si fort, continua humblement l'inspecteur,
"dites-nous donc comment
"le meurtrier a pu déposer le corps au milieu du court de tennis
"sans laisser la moindre trace de pas sur la terre battue?
Pour nous, le problème demeure insoluble!"
St John Lord Merridew, le grand détective,
se leva majestueusement,
son visage rubicond brillant d'une joie mal contenue.
D'un geste négligent, il brossa les miettes de cake
épandues sur son vaste gilet.
"Ce qui est insoluble pour la police, tonna-t-il,
"est enfantin pour moi!
"Il y a trente ans, le meurtrier, le Dr Grayson, faisait partie
"des Ballets Russes, sous le nom d'Oleg Graysonski!
"L'âge a pu altérer ses traits,
"mais nullement ses talents de danseur.
"Ce qui lui a permis de porter le corps en faisant des pointes
"sur la bande blanche des lignes de service,
"d'où il l'a...
"jeté au milieu du court,
"près de l'endroit où on l'a trouvé.
"Après quoi, ayant exécuté un impeccable
"fouetté,
"il fit demi-tour et s'en revint comme il était venu,
"ne laissant ainsi aucune trace de pas!
Voilà, inspecteur, quelle est la solution de Merridew!"
Vous êtes Ià?
C'est Milo Tindle.
Vous m'avez convoqué.
Ne restez pas Ià, venez.
Je ne demande pas mieux, mais comment fait-on?
Par ici.
Mon sanctuaire de plein air. Conçu par moi-même
pour les besoins de cette intimité si utile à un auteur.
Il est drôlement efficace!
Vous êtes donc Milo Tindle.
Andrew Wyke. Bienvenue à Sombremanoir.
J'ai trouvé votre mot à mon retour de Londres.
J'espérais bien que vous viendriez ici, pour le week-end.
Que puis-je vous offrir?
Vodka-tonic, s'il vous plaît.
Vous louez Laundry Cottage pour les week-ends...
et autres escapades, hein?
Et autres escapades, en effet.
Je crains fort de manquer de vodka. Un gin?
Très bien.
Charmante propriété, Laundry Cottage. Idéale pour les loisirs.
Les loisirs... mon rêve!
Je viens à peine de dicter le dénouement
de mon dernier roman, "Meurtre par double faute".
J'en suis assez content, je l'avoue.
Il semblerait que je manque aussi de tonic. Si nous rentrions?
Pensez-vous
que le roman policier est le divertissement naturel de l'élite?
Vous savez, moi, l'élite... Pourquoi? C'est censé l'être?
D'après Philip Guedalla.
Biographie des années 30.
Age d'or où tout ministre lisait des "policiers",
et où tout détective était titré. Mais vous êtes trop jeune.
Sensiblement. Donnez-moi ça.
Je continue pourtant à situer mes intrigues
dans un milieu aristocratique.
Et, égalité des classes ou pas, la masse en redemande.
Vos trucs passent à la télé?
Dieu m'en préserve!
Et, entre nous, ce ne sont pas des... "trucs".
La télévision, très peu pour moi.
C'est bon pour les faits divers.
Ce n'est pas un "divertissement pour l'élite", hein?
Exact, mon cher Milo! Si toutefois vous me permettez.
Bien sûr. Les chichis sont passés de mode... Andrew.
Et puis, l'amitié est pratiquement de rigueur, entre nous.
Sec, ou avec de la glace?
C'est Jolly Jack,
le Joyeux Loup de Mer. Un compagnon inégalable.
Il rit de tous mes mots.
Tenez, mon prave, chetez-vous ça derrière la gravate!
- Il n'a pas ri. - C'est normal.
- Vous n'étiez pas drôle? - Vous le saurez bientôt.
- Qu'est-ce que c'est? - Un jeu très compliqué
de la Quatrième Dynastie: le Sénat.
Il me tient en échec depuis des mois.
Veuillez le remettre. Vous ruineriez des mois d'effort.
Colonne du centre, 4e à droite.
Donc, vous voulez épouser ma femme.
Pardon d'aborder ce sujet délicat, mais Marguerite étant
en voyage, j'ai jugé le moment propice
à un petit entretien.
Alors? Vous voulez m'épouser?
Avec votre permission.
Pourquoi pas?
Vous avez plutôt belle allure, un langage correct,
des vêtements qui ne manquent pas d'étoffe,
mais vous ne m'en voudrez pas de vous interroger
sur vos antécédents.
Ma mère était originaire du Hereford. Fille de fermier.
Mon père a émigré de Gênes
en 32.
Juif?
Non. Fervent catholique. Ce qui n'est pas mon cas, bien entendu.
Vous n'avez pas à vous en défendre. Je suis très libéral.
J'admets parfaitement les catholiques, même les apostats.
J'en compte même plusieurs dans mes amis.
Votre père se nommait Tindle également?
Non. Tindolini.
Mais avec un tel nom,
on était juste bon à vendre des gelati!
Il était horloger. Il a modifié son nom pour devenir anglais.
Pour "devenir" anglais?
Il a fait fortune?
Non, bien au contraire.
Réparer des montres ne rapporte plus guère, de nos jours.
Il a fait faillite. Je l'avais prévenu.
Si bien qu'à présent, il est à votre charge?
Oui, on peut le dire comme ça.
Il n'a jamais voulu retourner au pays.
Il est toujours à Soho, content de son sort.
Et vous, que faites-vous?
Vous l'ignorez?
J'ai un salon de coiffure à Kensington. La "Casa Tindolini".
Le nom n'est plus gênant? On ne vous prend pas pour un glacier?
Les minettes apprécient la note exotique, à présent.
L'anglaise est trop virile, hein?
Pas assez chic. Le genre latin plaît beaucoup, de nos jours.
Même dans notre salon de Brighton.
La moitié de nos clientes ont des...
...amours latines!
Et où vivez-vous?
Dans votre arrière-boutique?
Je loue un hôtel particulier pratique et élégant
qui date de George I.
De Gênes à George I en une génération... Joli saut!
Mais je doute fort qu'un joyau architectural du XVIllème
puisse fasciner Marguerite autant que vous.
Elle l'adore. Elle a hâte d'y vivre.
N'y vit-elle pas déjà deux fois par semaine?
Et n'a-t-elle pas le Cottage pour doubler
la fréquence de vos accouplements?
Vous devenez blessant.
On défend l'absente, hein?
Si je veux dire que ma femme est une gourde,
qu'elle fait l'amour comme un limaçon,
ce n'est pas son amant qui m'en empêchera!
Merci pour le verre.
Vous êtes un gentleman, non? Partir serait m'insulter.
Vous insultez bien la femme que j'aime!
Nullement. Je me remémore ma femme.
Cela revient au même.
Gageons que, dans un an, c'est vous qui l'insulterez, et moi
qui la couvrirai de fleurs.
Ayant oublié combien elle était
futile, égoïste, dépensière, vaniteuse et sournoise!
Avez-vous les moyens de me la prendre?
De lui assurer le luxe que je lui ai révélé,
et auquel elle s'est définitivement habituée?
Sans être milliardaire, je ne meurs pas de faim.
Le salon de Londres marche bien. Celui de Brighton aussi...
...l'an prochain sans doute.
Autrement dit, actuellement, vous êtes sur la paille?
On n'en mourra pas.
C'est vite dit!
Une fois marié, vous voudrez une villa sur la Côte, des maîtresses...
Parlez pour vous.
Moi? Je me contente de cette mansarde et d'une seule maîtresse.
Théa. La petite Finlandaise du sauna de Salisbury.
Vous êtes donc au courant.
Marguerite me dit tout.
Je vois. Même mes secrets.
Théa est une vraie déesse.
Ses cheveux d'or embaument la résine.
Ses yeux ont tout le mystère des lacs de Finlande.
Marguerite la dit aussi fraîche et sexy qu'une jeep d'occasion.
En fait, c'est une superbe petite traînée, qui me sied à merveille.
Un peu vorace, peut-être.
Mais, sexuellement, je tiens une forme olympique!
A votre âge, vous devez préférer les sprints
aux épreuves de fond.
Détrompez-vous!
Je pourrais représenter l'Angleterre au marathon du sexe!
Après tout, l'important, c'est de participer, pas vrai?
Vous voulez l'épouser?
Non. Seulement vivre avec elle.
Qui vous en empêche?
Entre autres, cette agence "Fouille-Merde"
que vous m'avez mise aux trousses. Ne faites pas l'étonné.
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