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Caquètements
J'ai encore envie, tonton.
-Tu ferais pas ça pour m'emmerder ?
Bon allez. Allez, viens !
Allez, vas-y. Allez, dépêche-toi.
Dépêche-toi.
Allez ! Allez Henri, monte.
Merci, hein ? Excusez-le.
Meuglements
Maman... tes bottines.
Oh !
Bah voilà.
Si ça vous va...
C'est parfait.
C'est bien, hein ?
-Avec l'humidité, le bois travaille.
Bien sûr.
C'est parfait, non ?
-Si j'avais su, j'aurais demandé à ma bru...
Laissez, je le ferai.
Elle tousse.
Excusez-les.
Elles parlent leur patois alsacien. -Ici aussi on a un patois.
Y a une paillasse par ici.
Et à côté, un grand lit.
Et pour le petit,
on lui trouvera une botte de paille.
Merci monsieur.
-Des Alsaciens, mon père en a eu en 14.
-Des Alsaciens, mon père en a eu en 14.
Ils ont même laissé ça.
Si ça vous dit...
Et dans le tiroir, y a quelques ustensiles.
Et... une paire de jumelles.
Je tiens,
cher M. Maury, à vous...
-Vous êtes d'où ? -Nous ? D'Alsace. D'Alsace.
Où ça ?
Enfin, de Paris.
D'origine alsacienne. -Strasbourg ?
Plus à l'est.
-Plus à l'est, c'est l'Allemagne.
Il rit. -Exact. Exact !
-Je vais tâcher à vous dégoter des couvertures.
La bru vous apportera du pain et des pommes.
Ben voilà. Je vous laisse.
Passez une bonne nuit. -Merci.
-Si y a un souci, cognez à la maison d'en bas.
On parle plus yiddish !
On parle plus yiddish, c'est compris ?!
Je demande pas la lune, bordel !
-Elle massacre le français. -Qu'elle fasse des gestes !
Comme les muets.
On est où, tonton ?
En zone libre.
En zone libre.
Le petit dormait déjà.
-Le mieux, c'est encore de rien dire au village.
Ce sera plus simple pour tout le monde.
Allez ouste, au lit.
Allez.
Embrasse papa.
Voilà.
J'irai pour du lait demain matin.
Ils montent.
Fracas, bris de verre
Une chouette crie.
Ambiance sonore fantastique
Il crie.
Eteins,
qu'est-ce que tu fais ? -J'entends des bruits.
Des bruits ?
T'entends pas déjà des voix, non ?
-Léa. -Quoi encore ?
-Ca va pas ! Y a le môme qui dort sur la table !
-Puisqu'il dort. -C'est pas le moment, vraiment.
Elle soupire.
Qu'est-ce que tu fabriques ?
-Je vais faire un tour. -Si le tabac bd Barbès est ouvert,
prends-moi un paquet de Gauloises. -Fous-moi la paix avec ça, tu veux ?
Elle sort.
-Qu'est-ce qu'elle a tata, tonton ? -Rien.
Dors. "Tatatonton" ! -J'ai envie.
C'est où les chiottes ? -Dehors. A l'infini.
-Y a pas de pot ? -Ni descente de lit.
Et enfile tes galoches !
Va pas me choper la crève,
en plus.
Toi aussi ?
C'est une épidémie. -Vous allez réveiller maman.
C'est libre
côté dames. -Où est Léa ?
-Chez le coiffeur. C'est moins cher en nocturne.
-C'est tout mouillé dehors. -C'est comme ça dans les chiottes.
Surtout à la campagne.
La vieille femme fredonne.
Ca va ?
Ne t'éloigne pas.
-"Il fera beau demain" ! On dirait Radio Paris.
Ah, ça commence fort.
Chant des coqs
-Tenez. Avec un béret ici, on passe partout.
-Y a des limites. -Ton manger.
-Je veux pas aller à l'école.
Et alors ?
Je vous jure ! Ouste, file.
T'oublies pas, hein ? Tu t'appelles Girard.
-Allez. -Viens me chercher dans 5 min.
Tonton !
Viens me cher...
-Je supporte pas les gosses, mais lui c'est le pompon. Quoi ?
-La Loire prend sa source au mont Gerbier de Jonc.
Hé, hé !
Altitude 1 408 mètres. Je m'en souviens encore.
-Hé, pourquoi vous nous cachez ?
Je vous héberge.
Je vous cache pas.
Et la preuve : je t'emmène à l'école.
Tiens.
Regarde ça.
Dès que j'ai un peu d'essence, je te fais faire un tour avec.
En attendant...
On roule... avec ça.
Caquètements
Gémissements
Oh, merde !
Rire de femme -C'est la bru à m'sieur Maury.
Oui, j'arrive !
Ouais !
Ah... Ouais... Merde.
Ah ! Ouais !
Tu parles d'une zone libre. J'arrive !
On est là. Hop.
-Bonjour. -Bonjour.
-Je dérange pas ? -Pas du tout.
-J'apporte de quoi faire de la soupe,
des oeufs,
du lait, un peu de lard.
Et du pain chaud de ce matin. -Parfait.
-C'est très gentil. -C'est ce qu'il faut.
Y en a qui faisaient la sieste ?
On dort bien ici, c'est calme. -Pfff !
-Je voulais vous dire, ma soeur est enceinte.
Ca sortira bien.
Vous en faites pas.
J'y pense...
Appelez avec ça. Ca s'entend bien. Surtout la nuit.
-Merci. -Quand on peut rendre service.
M'sieur dames.
Une cloche sonne.
On enterre le fils Picot.
Il a pas voulu aller travailler en Allemagne.
Ca m'étonnerait pas qu'il mouille fort. Au revoir.
-Tu nous apportes des bonnes nouvelles ?
-Ca... ça vient de Paris toujours.
Il boit goulûment.
Il réprime un hoquet.
Merci pour la goutte.
Eh ben mon cochon...
Tu veux le mien ?
Il est plus gros.
-Vercingétorix capitula à Alésia en 52...
Capitula à Alésia en...
"Puisque le sort nous a été contraire, je m'offre à vous",
dit-il à ses compagnons.
Vercingétorix bloqué à Alésia,
mourant de faim...
A quoi tu joues ?
J'apprends.
-C'est ton papa, le Juif à mon pépé ?
Chut. Non, mon papa n'est pas là.
Il est où ?
Il soupire.
Je sais pas.
-Le mien est prisonnier des Allemands.
Le mien aussi.
Tu vas à l'école ?
-Pas encore, je suis petit. Tu pries beaucoup, toi ?
-Moi ? Pour quoi faire ? -Pour que ton papa revienne.
Mon pépé m'a dit de vous monter ça.
Pssssst !
Simon tousse.
-Tonton, tonton ! -Quoi ?
-Papa, maman, ils sont à Drancy.
C'est où Drancy, tonton ?
Euh...
Près de Paris.
"Puisque le sort nous a été contraire,
je m'offre à vous."
Cliquetis de la machine
Alors, ces leçons ?
Ca avance ?
-Ca a pas l'air de lui plaire.
Allez Henri, en voiture.
Hennissement
Henri sort.
Prends les rênes. -Je sais pas.
-T'inquiète : la Pauline, elle sait où elle va.
Ay ! Ay !
Cloches de l'église
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