لومړۍ 200 کرښې.
La grande poussière de l'Asie
recouvre le passé
et voile l'avenir.
Bon. Bah, maintenant, on le sait, hein.
Toute civilisation est mortelle.
- Même les films ! - Surtout ce film.
Mais on peut boire à l'œil à la fête.
Vous m'avez enchanté dans Bonjour tristesse.
Quelle prestation envoûtante.
Ne me dites rien. Vous êtes metteur en scène.
Oui, enfin, je veux dire…
- Bonne soirée. - Bonne soirée.
Votre film est dégueulasse.
Attendez. Ne me gâchez pas le plaisir.
Je veux découvrir votre critique quand elle paraîtra.
C'est pas tant que La Passe du diable soit loin d'être bon,
mais plutôt qu'il est proche d'être mauvais.
Vous êtes mon critique préféré.
Alors, n'oubliez pas.
La meilleure façon de critiquer un film, c'est d'en faire un.
Nous y voilà.
Beau-Beau,
je suis prêt à faire un film.
Vous deviez faire le scénario de Pêcheur d'Islande,
et vous ne l'avez pas terminé.
Parce que je vais pas le réaliser. Je comprends rien à cette histoire.
- C'est une adaptation. - Justement.
Moi, je suis prêt à réaliser. Maintenant.
Monsieur de Beauregard, votre film est une merveille.
- Les paysages sont spectaculaires. - Merci.
Ce film est magnifique. Encore meilleur que Ramuntcho.
- À plus tard. Au revoir. - À plus tard.
- Personne ne se lève jamais pour moi. - T'es une star, pas une starlette.
On te respecte trop, Suzanne.
Celui qui est au milieu, c'est Truffaut.
À sa gauche, bien sûr, on a Chabrol.
Et celui avec les lunettes noires, c'est Jean-Luc.
Jean-Luc ?
Godard.
C'est lui, le vrai génie.
Du moins, c'est ce qu'il dit.
Cannes n'est pas prêt à un tel coup d'éclat, François.
Je vous assure, votre film va les subjuguer.
Ils vont voir le vrai visage du cinéma français moderne.
Pourquoi vous dites ça ? Il a maudit mon film.
- Soyez pas superstitieux. - Ils vont le détester.
- Ce sera le pire film de l'année. - Qui ne sortira jamais.
Le bide assuré.
- C'est pas Citizen Kane. - Loin de là.
Faudrait un miracle pour que ces croûtons aiment le film d'un jeune réalisateur.
- Ah, ton épouse. - Ah, ouh !
Excusez-moi.
- Rossellini était témoin à leur mariage. - Beau couple.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
- Vicky. - Bonsoir.
- … déjeuner ensemble. - Excusez-moi.
Claude Chabrol, n'est-ce pas ? Je suis désolée de vous déranger.
Je voulais vous dire combien j'ai aimé Le Beau Serge.
Mais… merci.
Je suis flatté et je vous admire beaucoup.
Quand j'ai dit à mes parents qu'il fallait que je fasse des films…
Autant dire : "Je veux être compositeur"
à quelqu'un qui a jamais entendu de musique.
C'est un terrain inconnu pour eux, mais il faut que je réalise.
C'est trop tard, Suzanne.
C'est jamais trop tard. Ça viendra quand ça viendra.
J'étais censé faire mon premier film avant 25 ans.
"A raté la vague", ça ferait une belle épitaphe.
- Tu as fait un film à 25 ans. - Un court-métrage.
- Que tu as réalisé. - Hum…
Ça compte pas. Un court-métrage, c'est de l'anti-cinéma.
Regarde les choses en face.
Je suis le dernier des Cahiers à réaliser un long.
Rivette, oui. Rohmer, oui.
Chabrol, deux fois oui.
Truffaut, oui.
Rohmer a même écrit un roman, et Truffaut a un an de moins que moi.
Mais Godard, non.
Bon, tu vas mettre combien de temps à trouver le courage, alors ?
Soit tu le fais, soit tu te tais, mon ami.
"Les 400 coups sera un film signé franchise.
"Rapidité. Art.
"Nouveauté. Cinématographe.
"Originalité. Impertinence.
"Sérieux. Tragique.
"Férocité. Ubu roi.
"Fantastique. Amitié.
"Universalité. Tendresse."
Alors, pourquoi on n'est pas à Cannes pour la première ?
C'est dégueulasse. Tout le monde y est. Tout le monde.
Pas moi.
Ni moi.
Et moi, qu'est-ce que je fous là ?
Hein, le grand Momo ?
Vas-y, si t'as envie.
J'aime beaucoup le film de François.
Ben moi aussi. Moi au sept.
Moi au huit !
Je serais prêt à prendre même 400 coups pour voir comment ça se passera à Cannes.
Vas-y, si tu veux. Fiche-nous la paix.
Bon.
Ben moi, j'y vais.
Come prima Tu me donnes chaque jour
Come prima Tu me donnes tant d'amour
Que j'espère te le rendre
Quand heureuse dans tes bras
Come prima
Ça s'est bien passé.
Félicitations, François.
Et souvenez-vous,
l'art n'est pas un passe-temps, c'est un sacerdoce.
Merci beaucoup.
Je suis touché que vous soyez venu. Merci.
Bravo !
- Bien ! Candice, par ici. - Voilà.
"Un réalisateur de 28 ans : François Truffaut.
"Une star de 14 ans : Jean-Pierre Léaud.
"Un triomphe à Cannes : Les 400 coups."
Comme disait Chabrol hier soir :
"Pas mal pour un gamin en échec scolaire, un fugueur et un déserteur."
J'ai parlé à Braunberger de votre scénario, Odile.
- Il m'a dit qu'il faisait 250 pages. - Il m'a dit que c'était infilmable.
Qu'est-ce qui est infilmable ? Tout est filmable. Tout et n'importe quoi.
Il devait vouloir dire "improduisible".
Tourne complètement. Vas-y. Ouais, c'est bien.
Et Prénatal, alors ?
Je pensais l'appeler Une femme est une femme
et le faire en partie musical.
Quelle partie ?
Oh, bien moins que la moitié.
Non, mieux vaut miser sur le scénario de Truffaut,
avec le tueur de flic et l'Américaine.
- Le type du fait divers ? - Hm.
Michel Portail ? Mais c'est juste une petite frappe.
Vous avez travaillé dessus. Truffaut aussi. Je trouve ça parfait.
Mais j'aimerais vraiment vous montrer où j'en suis de Prénatal.
- Vous voulez votre chance ? - Vous verrez…
Non, qu'Ignace Morgenstern dise oui à Prénatal.
Moi, je ne vous laisse réaliser que le scénario de Truffaut.
J'espérais secrètement que vous choisiriez celui-là.
On peut faire ça pour une somme dérisoire, promis.
Aussi dérisoire que possible, je n'ai même pas ça.
Mais avec les noms de Truffaut, Chabrol…
Claude aussi ?
Oui, je lui ai demandé d'être directeur technique
ou superviseur artistique, enfin…
Tout pour satisfaire le syndicat.
Truffaut, Chabrol
et moi.
S'ils veulent la Nouvelle Vague,
donnons-leur un raz de marée.
Exactement. C'est ça, l'esprit.
Aujourd'hui, tout le monde adore la Nouvelle Vague.
Donc, avec les subventions, plus Pignères…
Et j'ai pu convaincre Gérard Beytout.
Mais au total, on aura moins d'un tiers du budget d'un film français moyen.
C'est plus qu'assez.
Mais s'il vous plaît, ne me dites plus jamais "moyen".
Plus jamais.
Aux Cahiers, on pense que les films ne doivent pas coûter cher.
J'aime ça, chez les Cahiers.
C'est ce qui permet la liberté de création.
Ça, j'aime moins.
Regardez.
Ça, c'est l'un des carnets
dans lesquels je renferme toutes mes idées sur le cinéma depuis dix ans.
Maintenant, il est temps de transformer ces idées
en images précises.
Tout ce dont on a besoin pour faire un film,
c'est d'une fille et un flingue.
Oui, je compte là-dessus.
L'instantané et l'inattendu sont exclus dans un récit formel.
C'est l'occasion d'explorer tout ça.
Pourtant, le public préfère un récit formel.
La grande majorité d'un public qui paie.
Mais on lui propose souvent de choisir
entre lyrisme et récit, à ce public qui paie ?
Quelle idée j'ai eue, de m'embarquer avec un cinéphile !
Soit je suis fou, soit je suis un génie.
On n'aura jamais Jean Seberg.
Ça coûte rien d'essayer.
Lucien ?
Quoi ? Tu détestes ce prénom ?
- Pas à ce point, mais pourquoi changer ? - Oui, tu as raison.
Michel c'était, Michel ça restera.
Mais à la place de Michel Portail, Michel Poiccard.
Poiccard ? Oui, pourquoi pas.
Alors ?
C'est bien.
Pas génial ?
Une ébauche, ça peut pas être génial.
Mais j'applaudis ces idées. Ça avance.
Je devrais faire un film au Panama. Ça, au moins, je connais bien.
Ah, les affreuses années perdues de Jean-Luc.
Ça aussi, ça ferait un film intéressant. Peut-être la prochaine fois.
- C'est Liliane David. - Oh, quelle surprise.
C'est ici que vous écrivez, tous les deux ?
Oui, depuis des années.
C'est écrit ici. "Première version, décembre 1956".
"Nous allons parler de fort vilaines choses." Stendhal.
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