لومړۍ 200 کرښې.
Un choeur de femmes chante un kyrie.
Une cloche sonne six heures.
Un coq chante au loin.
Seigneur, mon Dieu,
Tu me donnes la lumière de cette vie,
et Tu promets celle de l'éternité.
Accorde-nous d'agir de telle façon
que toute cette journée soit bonne,
et puisque je Te choisis pour guide,
fais qu'avec Ta grâce, je suive Tes commandements.
Amen.
La cloche sonne onze heures.
Cliquetis. On entre.
Pardon d'entrer comme ça.
Soeur Agnès revenait des toilettes. Sa cystite.
Tu dessinais ?
Oui.
Une phylamène rose. C'est rare.
-C'est très beau, comme toujours.
Tu as tellement de talent.
-C'est Dieu qui en a, je ne fais que reproduire.
-Tu voudrais pas sortir un peu d'ici ?
T'inscrire dans une école des beaux-arts ?
Tu apprendrais plein d'autres choses.
-Oui, peut-être que j'aimerais.
Mais mère Marie-Josèphe a raison :
Dieu a voulu que je passe ma vie ici.
-"Il veut ceci, Il veut cela"...
Il a bon dos.
Tu vas renoncer au monde et tu le connais pas.
Tu auras toujours le choix de revenir.
Il y a tant de choses à voir, à faire...
Tu ne les imagines même pas.
Ca me fait trop peur.
Vous savez, j'aime bien notre solitude, ici. Le silence.
-Oui, je sais. Il nous protège de tout.
Mais c'est comme si ta fleur disait qu'elle préfère son verre d'eau.
-Pourquoi ne me souhaitez-vous pas la vie que vous avez choisie ?
-Mais qui te dit que j'ai choisi ?
Bonne nuit.
On dit qu'elle porte conseil.
Soeur Bernadette quitte la cellule.
La cloche sonne cinq heures.
Orgue au loin
La girouette grince.
Les soeurs chantent un kyrie.
-Mes soeurs, ces derniers mois, j'ai beaucoup prié,
en pensant à l'une d'entre nous, et Dieu a entendu mon appel.
Il m'a suggéré que le moment était venu.
Novice Avril,
rejoignez-moi.
Novice Avril, Dieu vous a confiée à notre communauté.
Je me fais l'instrument de Sa volonté,
et je vous annonce, avec ferveur,
que vous pourrez accomplir une retraite de deux semaines
dans la sainte chapelle.
Au terme de cette épreuve purificatrice,
j'aurai l'immense joie de vous permettre,
avec Son très saint accord,
de prononcer vos voeux perpétuels.
Etes-vous heureuse de cette bonne nouvelle ?
Oui, ma mère, je suis heureuse.
Mais je ne suis pas sûre d'être prêtre... D'être prête.
Il ne s'agit pas d'être prête,
mais de suivre le chemin que Dieu a tracé pour vous.
Oui, ma mère.
Je vous remercie de cette grâce.
C'est avec joie que j'accomplirai ce chemin.
-Novice Avril, consentez-vous à abandonner ici
tous les biens de votre vie passée ?
Oui, ma mère. J'y consens.
-Après vos voeux, vous prendrez le nom
de soeur Marie-Ange de l'Immaculée Conception.
-Sainte Marie, immaculée mère de Dieu,
vous qui connaissez nos lâchetés de pauvres pécheurs,
Marie, vous qui êtes apparue en ce lieu en l'an de grâce 1602,
accueillez aujourd'hui notre novice.
Vierge Marie, accueillez-moi.
-Donnez-lui la soif ardente du sacrifice.
Vous ferez voeu de jeûne et de silence,
vous repeindrez ces murs saints d'un blanc pur,
comme vous laverez votre âme à la source du bien.
Marie, consolatrice des affligés,
priez pour elle, priez pour nous.
AMEN.
-Ma mère, je vais rester ici seule, et je me confondrai avec Dieu,
pour ne plus faire obstacle à Sa lumière.
-Bornez-vous à corriger vos défauts et à ne plus offenser Dieu.
N'est-elle pas trop jeune ?
-Dieu nous l'a confiée pour qu'elle soit ici.
On frappe à la porte.
Avril !
Approche-toi !
Tu es là ?
Avril tapote sur la porte.
Je veux te dire quelque chose,
quelque chose qu'on ne t'a jamais dit.
Le matin où nous t'avons trouvée, tu n'étais pas seule.
Il y avait aussi un petit garçon.
Mère Marie-Josèphe a décidé de t'élever
pour faire de toi ce qu'elle a tellement rêvé d'être, une sainte.
Mais pour lui, elle a décidé que sa place n'était pas ici.
Elle l'a placé dans un orphelinat, chez les pères jésuites.
Je ne sais pas où il est, ni ce qu'il est devenu.
Mais quelque part, dans ce monde, tu as un frère.
L'orphelinat est à Saint-Claude.
Profite de ces deux semaines, pars le chercher.
Je ferai croire que tu continues ta retraite.
J'ai laissé ouverte la cabane à vélos.
Avril ?
*Annette Funicello : "Tell me who's the girl"
Bonjour.
Je peux vous aider ?
Vous avez besoin d'aide ?
Ca va ? Oh...
Non, ça va pas, on dirait.
Tenez. Mangez.
C'est bon, ça vous fera du sucre.
Merci.
J'avais fait voeu de silence et de jeûne.
Ca se fait encore, ça ?
Je dois vous laisser.
Vous alliez où ?
-Chez les pères jésuites, à Saint-Claude.
A vélo ?
Je peux vous accompagner, si vous voulez.
C'est sur ma route.
-Non merci. Je vais retourner là d'où je viens.
Ce n'est pas un hasard, si j'ai crevé.
Dieu m'a montré que je m'écartais du juste chemin.
-C'est peut-être pas un hasard non plus si je suis arrivé.
-Vous êtes peintre ? -Non.
J'aurais bien aimé, mais j'ai pas le talent.
Je travaille comme apprenti chez Edouard.
-Le marchand de couleurs ? -Vous le connaissez ?
-Oui, soeur Bernadette m'a offert des pinceaux pour mes dix ans.
J'ai toujours son catalogue, avec le nom de chaque couleur.
Bleu outremer, bleu azur, bleu de Prusse...
-De cobalt, de caeruleum, de phtalocyanine...
Moi, j'adore le rouge.
Le cinabre, le rouge de Mars, de Venise, de Chine...
Et mon préféré : l'alizarine.
Alors je vous dépose ?
Je m'appelle Pierre. -Avril.
-Vous vous occupez des enfants de l'orphelinat ?
Non.
Je vais là-bas parce que je viens d'apprendre que j'ai un frère.
J'essaie de le retrouver.
Un peu de musique ?
-Merci, non. J'aime bien le silence.
Elle ne m'a jamais parlé de vous.
C'est une faute grave, l'évêché va sauter sur l'occasion
pour la mettre à l'hospice.
Elle vous fait toujours enterrer vos affaires
avant de prononcer vos voeux ?
Oui, c'est le rituel.
-Bien sûr... Vous savez que votre ordre, les trappistines...
-De la Stricte Observance. -Il n'est pas reconnu.
La congrégation de la Trappe a été supprimée par Rome
à la fin du XIXe et a été remplacée
par celle des cisterciennes.
C'était le nom de votre ordre, mais votre supérieure a décidé
de le changer.
Et pour mon frère ?
Il feuillette un registre.
Il a été adopté
dans l'année qui a suivi son arrivée.
Des gens adorables. On va les appeler.
"Montferrand...
"Montferrand David".
Il compose le numéro sur le cadran.
-Voilà, vous allez pouvoir reprendre votre route.
Il est en Camargue,
dans un cabanon de vacances avec sa petite amie.
Et vous savez où exactement ?
Tout près du phare...
"Phare de la Gacholle".
-Sur le capot, comme des vrais aventuriers.
Là.
C'est le trou du cul du monde,
y a même pas de vraie route pour y aller.
Je peux vous emmener, si vous voulez.
-Merci, mais... Je pourrais attendre qu'il revienne.
C'est loin. Je ne vais pas vous prendre tout votre temps.
C'est les vacances.
Et ça me ferait du bien de changer d'air.
-Tout ça, ça va un peu trop vite pour moi.
Je roulerai doucement.
-Vous avez vu ? C'est un chien qui conduit.
-Mais non, c'est des Anglais. Chez eux, le volant est à droite.
Je savais pas.
Je peux ?
*Linda Scott : "Three Guesses"
Vous aimez ?
J'aime bien les chanteurs de cette époque :
Roy Orbison, Elvis Presley, Buddy Holly and The Crickets...
Vous connaissez pas.
-Vous devez me trouver bien ignorante.
333 kilomètres !
Vous connaissez la tradition ? -Non.
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