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L'EPEE DU VAILLANT
La Légende de sire Gauvain et du chevalier vert.
Gauvain,
l'armure du roi.
La dernière que je forgerai.
La dernière qu'il portera.
Ecuyers !
Plus le festin est somptueux, plus il me donne la nausée.
Débarrassez !
Dehors !
A chaque Yule,
nous célébrons l'épaississement de nos ventres
et le ramollissement de nos muscles.
Votre valeur s'est-elle envolée en ces temps de paix ?
Sont-ce là les redoutables chevaliers de la Chrétienté ?
Je m'ennuie.
Je m'ennuie avec vous tous !
Non !
Nous ne festoierons pas.
Nous avons noyé la chevalerie dans l'excès de vin.
Plus une goutte.
Plus un morceau de pain, jusqu'à ce que l'un de vous
ne prouve qu'il mérite ses éperons.
Qu'est-ce que c'est ?
Quelle victoire avons-nous à célébrer cette année ?
Quel valeureux récit, quel acte de bravoure
honore la couronne qui repose sur ma tête ?
L'année touche à sa fin sans gloire.
Je veux la preuve ce soir
que la chevalerie subsiste encore en ces murs !
C'est étrange.
Un festin sans banquet, et une cour sans roi.
Les étrangers sont les bienvenus en ce lieu,
s'ils laissent leur insolence à la porte.
Ainsi que leurs chevaux.
Je viens en paix, grand roi.
Je cherche juste
à m'amuser.
Apparemment, vous n'êtes pas venu jouer aux fléchettes.
Non.
Je dirais que vous pratiquez un jeu mortel.
Le roi est sage.
Le jeu que je pratique est en relation avec la saison.
L'année touche à sa fin
et la mort se réjouit en cette période de fêtes.
Mes chevaliers manquent d'exercice.
Que pratiquez-vous ?
Ma hache.
Vous la voyez ?
Touchez-la.
Allez-y.
Aiguisée, n'est-ce pas ?
Autant que votre appétit.
Le vent d'Est ne l'égale pas.
Lourde.
Aussi lourde que vos consciences ?
Assurément plus loyale que ces dames.
Messieurs, je vous offre ma seule arme.
Désarmé,
je me tiens debout face à vous,
le cou nu.
Le défi est simple.
Qu'un homme méritant parmi vous
prenne ma hache et me coupe la tête.
N'ayez crainte, braves chevaliers,
je ne bougerai pas, ni ne flancherai,
ni ne chercherai à me défendre.
Je suis prêt pour le coup mais...
un coup, pas un de plus.
Et j'aurais une requête.
Après cela, s'il me reste des forces,
j'aurai le droit de rendre le coup que j'ai reçu.
S'il lui reste des forces ?
Allons !
La règle est simple.
Un coup contre un coup.
Vous frappez le premier.
Qui va me mutiler ?
Quel audacieux est prêt à relever le défi ?
Qui inscrira fièrement...
ses prouesses...
son courage,
sur ma nuque ?
Venez, grands chevaliers !
Faites honneur à votre roi.
Allez, messieurs, j'attends.
Mon cou refroidit.
Je me souviens d'un temps
où une centaine de chevaliers
auraient accepté l'honneur d'être mon champion.
Notre chute est-elle si grande ?
Qu'il en soit ainsi.
Si vous recherchez la mort à travers cette facétie,
vous la recevrez.
Le roi en personne accomplira cet acte.
Que Dieu ait pitié de votre âme.
Sire !
Gauvain !
Sire, donnez-moi la hache.
Je le trancherai.
Silence ! S'il vous plaît.
Je demande le silence.
Mes paroles sont tristement justes.
Un humble écuyer
a scellé le sceau de votre honte.
Il n'est plus écuyer.
- Il sera mon seul vrai chevalier. - Il s'appelle Gauvain.
Je te fais chevalier, sire Gauvain.
Le défi est accepté.
Frappe bien, Gauvain. Tu n'as qu'une chance.
Ne la gâche pas.
Ou ton cou en portera le poids à son tour.
Le roi dit vrai.
Chevalier...
il sera trop tard
une fois mon coup porté pour donner votre nom,
et votre maison.
Quelle audace !
Vous savez tout ce que vous avez besoin de savoir.
Allez-y.
Que le jeu commence.
Corps...
viens à moi, mon corps.
Ces yeux n'ont encore rien vu du monde.
Dois-je éteindre leur lumière ?
Ces lèvres vont-elles refroidir avant d'avoir goûté la vie
ou touché la joue d'une femme ?
Non, Gauvain.
Vous ne mourrez pas aujourd'hui par leur manque de courage.
Je suis venu défier un homme, pas un garçon imberbe.
Je vous fais grâce d'une année.
Douze petits mois
pour faire ce qu'il vous plaît.
A la fin du cycle des saisons, nous nous reverrons
et vous paierez votre dette envers moi.
Ai-je un espoir au-delà ?
Dois-je attendre un an cette mort certaine ?
Seuls les imbéciles et les prêtres attendent la mort.
Essayez de forcer votre destin, Gauvain.
Tous les hommes en rêvent. En particulier les jeunes.
Voici une énigme.
Retenez-la bien. Lorsque nous nous reverrons,
si vous en avez compris chaque ligne,
votre vie vous sera rendue.
Elle compte quatre vers.
Retenez-les bien.
Là où la vie est vide... joie.
Là où la vie est ténèbres... feu.
Là où la vie est d'or... tristesse.
Là où la vie est perdue... sagesse.
Comment saurai-je où vous trouver ?
N'ayez crainte, sire Gauvain,
si vous ne me trouvez pas,
je vous trouverai assurément.
Sire Gauvain, mon casque.
Vous avez restauré l'honneur de cette cour.
Puissent d'autres prendre exemple sur votre courage.
Et puissent ma propre armure...
et le Seigneur,
vous protéger dans votre quête.
Que le festin commence !
Je n'ai pas faim.
Faites vos adieux, Humphrey.
Ils ont oublié de me dire une chose sur la chevalerie.
Ah oui ?
Comment vais-je me soulager dans cette armure ?
Avec ce que tout chevalier se doit d'avoir.
Vous n'imaginez pas ma joie de voir ceci.
Dans quelle direction allons-nous ?
A l'ouest. Plein ouest.
Pourquoi ?
C'est le sens du vent.
Quelle différence ça fait ?
Absolument aucune.
Je suis affamé. On a de la nourriture ?
Non.
Les nobles chevaliers chassent leur repas.
Ou réquisitionner.
Attraper ou voler. Voilà la chevalerie.
Regardez.
Comportons-nous noblement.
Vite, sortez votre arc, Humphrey.
Vous ne pouvez pas tuer une licorne.
Pourquoi pas ?
Elle est magique. C'est un signe.
Ca porte chance.
Précisément. Nous avons trouvé à manger.
Ca a le goût de viande de cheval.
Non, magique, vous avez dit.
Ca doit avoir bon goût. Allez.
Mince.
Le repas se mérite.
Ne la perdons pas.
Il faudrait un chien.
Viens là, ma beauté.
Elle est à nous.
Qu'est-ce que...
Bon...
elle avait un goût... magique.
Bouge pas.
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