لومړۍ 192 کرښې.
Vous voyez ce petit sourire ?
C'est le mien.
Je m'appelle Djilali.
Mais ici, on m'appelle "La Taupe".
Par contre, retirez-vous l'idée que je sois une balance.
C'est tout l'inverse.
Hé, Djilali ! T'as l'heure, s'il te plaît ?
Même l'heure, je la donne pas.
"La Taupe", c'est pour la couleur de mes costumes.
Mais surtout parce que j'ai perdu la vue.
Mais ça, on y reviendra plus tard.
Il en faut peu dans un bar pour trouver un petit nom à vos malheurs.
Coller une étiquette pour mieux en rire. Mais c'est pas méchant.
C'est une autre façon de te dire que tu comptes.
C'est comme ça, Chez Momo.
Momo, c'est lui.
Un ami.
Un frère.
- Bien. - On a tout vécu ensemble.
L'enfance dans les hauteurs kabyles.
La déchirure de l'exil. La reconstruction.
J'ai assisté à tout.
Ses amours, ses tourments.
Ses enfants.
Enfants qu'il a pas toujours déclarés, mais qu'il a aimés.
Un peu trop discrètement, d'ailleurs.
Et c'est pour cette raison que je vais vous raconter l'histoire de Chez Momo.
Parce que si j'avais su ce qui arrivait,
je lui aurais dit combien je l'aimais.
Ils ont dit quoi, les médecins ?
Ils l'ont mis dans le coma, pour voir comment ça évolue.
Il a un poumon perforé.
- J'étais là quand ça a tiré. - Braquage ?
Même pas. Ils ont rien pris.
Merci, en tout cas.
De rien.
Allez, j'y vais, moi.
Je te dépose chez toi ?
- Je vais faire l'ouverture du bar. - On ferme pas, là ?
Bah, non, on ferme pas.
C'est jamais fermé, Chez Momo.
Tu le saurais, si tu venais voir ton père.
- - Bonjour !
Restez assis.
Voilà, c'est mieux.
Alors...
Maître.
Oui ?
Au sujet du taser...
Tu veux dire "au sujet du porte-clé lumineux",
n'est-ce pas ?
Euh, oui.
Alors, les enfants...
Hop ! Vous savez qu'à la suite des récents événements...
Marc Dutroux.
J'ai pris quelques libertés sur le programme scolaire.
J'ai donc décidé d'augmenter la portée lumineuse de notre "diode" à...
14 mètres.
- On se calme. -
Une seconde.
Oui, entrez.
Monsieur Colin. Votre mère.
- C'est pas ce que vous croyez. - Bah, oui.
Je suis un adulte.
Tu es parti sans rien, ce matin.
Mais je mange à la cantine.
Et aussi, ton père est à l'hôpital.
Mon père ?
Attends, attends, attends !
Mais tu m'as dit qu'il était mort.
Oui, bah, tu sais,
les vivants, les morts... Tu crois aux fantômes ?
Maman,
qu'est-ce qu'il y a dans l'urne funéraire sur la cheminée ?
Tu te souviens du bac à sable
- au parc de la Mairie ? - T'es folle.
Mais t'es folle, c'est pas possible.
T'es folle ! Et le suicide au parc Astérix ?
Je l'ai fait pour ton bien.
Mais t'es tarée ! Ça va pas dans ta tête !
C'est pas possible
de m'avoir menti tout ce temps. Mais c'est dingue !
Et aussi, il s'appelle pas Jean-Marie.
Il s'appelle... Mohand.
Mohand Akrour.
Je suis arabe ?
Putain...
Bonjour.
Putain, pas lui...
Salut.
Djilali ?
C'est moi. Comment ça va ?
Bah, mieux que toi.
Avec ces querelles entre toi et ton père,
je croyais qu'on te reverrait plus jamais ici.
Je sais, mais... j'ai des trucs à faire.
Tu fais quoi ici ?
Peut-être t'as besoin d'aide ?
- Non. - Non ?
Non.
Écoute, moi aussi, ça me casse les couilles d'être ici.
Si tu veux, on alterne, semaine A, semaine B.
Mais tu dois y mettre du tien.
T'as du charisme, parfois. Tu fais du cinoche ?
J'y ai pensé, c'est bon.
Tu bois quoi ? Il faut consommer, ici.
Ce que tu veux.
Morgane ?
Je suis content que tu reprennes le café.
Je reprends rien du tout. C'est provisoire.
- Ouais. - Moustaches, Ricard,
pas mon délire.
T'es convoqué.
Je suis convoqué ?
Pose pas de questions, tu l'es.
T'es le fils de Mohand, c'est ça ?
Ouais, c'est ça, ouais. Et vous, vous êtes ?
Patrick, un ami de ton père, et Francis, mon associé.
Bah, enchanté, les gars.
T'es dans la musique ?
Ouais. Ouais, ouais.
Tu fais du rap ?
Comme Jordy ?
Pour ton père, t'en fais pas. On s'occupe de tout.
C'est pas la police ?
Mohamed,
ton père t'aurait pas parlé de quelque chose ?
Non.
Tu sais, Mohand, c'est quelqu'un.
J'en attends autant de toi, Mohamed.
Hé, Francis, on y va.
- -
Ton lait fraise.
J'ai rien commandé.
C'est de la part de Patrick.
Monsieur Akrour ?
Peut-être qu'il parle pas français.
Hé, ho !
Hé, ho, l'arzize ! Ho, ho !
- Papa ? -
Bonjour. Vous êtes qui ?
Enchanté.
Maurice Colin.
Enfin, visiblement, Akrour.
T'es un cousin ?
Non, son fils.
- Ça nous fait un point commun. - Mmh.
Bon, t'es qui ?
Bah, son fils. Toi aussi ?
Je sais pas d'où tu sors.
- J'appelle la sécu. - Beleh fomok.
J'ai appris que j'étais arabe
et que mon père s'était pas suicidé dans un grand huit.
Attends, attends.
Qui t'a appelé ?
Tu connais un Djilali ?
La Taupe.
Ouais.
Il a appelé ma mère pour papa.
Dis pas "papa".
Papa.
Je peux te frapper.
La banlieue, vous connaissez que la violence.
- Je vais te niquer ! -
- Bonjour. - Bonjour.
- Bonjour. - Viens.
On va pas se taper, c'est ridicule. On est frangins.
Tiens-moi ça.
Prends mon numéro, on s'appelle.
Sinon, on peut se voir Chez Momo.
Chez qui ?
Bah, le café de papa.
Je t'ai dit, arrête avec tes "papa".
Cherche dans le bottin.
Chez Momo, c'est comme McDo, il y en a dans chaque ville.
Tu me notes l'adresse, t'es gentil.
Allez.
Et de gauche à droite, pas de droite à gauche.
Vous avez dit Mouloud, c'est ça ?
Non, Mohand. Mohand Akrour.
Ah, oui. La fusillade Chez Momo.
Il y a peu de chances que l'enquête aboutisse.
Aucun témoin parlera, puis... ça parle de Chez Momo.
Et donc ?
Vous êtes son fils ?
Bah, oui.
Un petit conseil.
Chez Momo, la nuit en parle le mieux.
Aide-moi, ramasse les verres.
Attends, attends, attends. Ho ! Tu vas où ?
C'est quoi, ce délire ?
Tu devrais parler avec ton papounet.
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