لومړۍ 200 کرښې.
Traduction de Waterhouse34
On ne dirait pas mais c'est un personnage très énigmatique.
C'est comme si on le connaissait et qu'on l'aimait depuis toujours.
Sérieux, très sérieux.
Toujours très...
très occupé.
Il a le pouvoir incroyable d'être toujours lui-même,
et en même temps de renouveler toujours sa personnalité.
On parle d'un génie, là.
Ennio Morricone est la grande exception à toutes les règles.
La meilleure boussole que j'ai jamais suivie.
Un grand talent très bien caché,
mais qui vous saute au visage à chaque composition.
Il a décidé du destin de la musique.
Je n'ai jamais vu un phénomène comme Ennio Morricone.
Au minimum on peut dire qu'il s'agit de l'ébauche d'un chef-d’œuvre.
Le regarder travailler, c'est comme observer un athlète.
Travailler avec Ennio Morricone, c’était comme gagner une médaille.
Sa musique est très innovante.
C'était très nouveau à l'époque et ça l'est encore aujourd'hui.
Un homme spécial.
Il était fou.
C'est certain.
L'univers d'Ennio n'a pas encore été totalement découvert.
Je n’ai jamais pensé que la musique était mon destin.
Je voulais devenir médecin.
Mon père a dit : "Non, il apprendra la trompette".
Et il m'a envoyé au Conservatoire pour apprendre la trompette.
C'est papa qui a décidé que je deviendrai trompettiste.
Je n'ai jamais choisi.
Comme vous le voyez, j'étais vraiment un gamin.
En solfège, j'étais nul. 3 de moyenne au premier trimestre.
Mon père m'a repris sévèrement en main.
Pendant les fêtes, je ne jouais pas à la tombola ou au 7 et demi.
Voyons la battue.
Puis je me suis amélioré.
J'avais 6 ans quand mon père m'a appris la clé de sol,
en m'expliquant les notes et leur position sur la portée.
Le père jouait de la trompette dans une fanfare militaire.
Il jouait dans des cinémas de variétés.
A la maison, on avait un tourne-disques.
C'est comme ça que j'ai découvert "Der Freischütz",
et que j'ai écrit des chasses.
Pour 2 cors.
Sans intérêt... A 10 ans, je me souviens, j'ai tout déchiré.
J'ai commencé la trompette à 11 ans.
A 16 ans, j'étais diplômé.
Mon père me racontait qu'il y avait un jeune,
le fils du trompettiste
qui venait là, dans la fosse, avec son manuscrit de musique
et qui s'endormait.
Il jouait de la trompette,
et il s'endormait pendant les parties où il ne jouait pas.
A la "Casina delle Rose", Mario Riva était l'animateur.
Il y avait le papa d'Ennio Morricone et ils jouaient ensemble.
Un trompettiste extraordinaire.
Mais il était très sévère.
Il était très attentif aux dépenses.
Il a eu la même trompette toute sa vie.
Quand son père lui a donné une trompette, il lui a dit :
"Je te donne un gagne-pain et tu feras la même chose avec ta famille."
Terminé.
Il m'a acheté une trompette d'occasion.
Ça coûtait moins cher, on économisait.
Il sera musicien, point final.
Je me souviens que pendant l'occupation allemande
et plus tard avec les américains,
je jouais dans beaucoup d'orchestres dans les hôtels.
On n'était pas payés, on y allait juste pour manger.
Certains de mes collègues mettaient une soucoupe sur la batterie
pour que les soldats mettent une pièce.
La famille vivait du travail du père.
Quand son père est tombé malade, Ennio a dû le remplacer
dans les orchestres de boîtes de nuit.
Jouer de la trompette pour avoir l'argent pour manger
a été une grande humiliation pour moi.
Cette...
j'ai vraiment ressenti cette humiliation.
Et après ça, je n'aimais plus la trompette.
Quand j'ai remplacé mon père, je jouais jusqu'à 2 ou 3 h du matin.
Le matin, je me levais tôt parce que j’allais au conservatoire,
et j'avais des devoirs aussi.
A l'examen de trompette, je suis arrivé avec la lèvre fendue.
J'étais épuisé, l'examen a été...
moyen.
Ma note a été 7,5.
Pendant ce temps, j’étudiais l’harmonie.
Je n'étais pas strict sur les règles, je les enrichissais, les épanouissais.
Roberto Cagiaro, mon maître, à la fin du cours, m'a dit :
"Maintenant tu dois étudier la composition".
Et j’ai écouté Cagiaro.
Ces...
Goffredo Petrassi est un grand compositeur classique du 20è siècle.
Il a été un de mes grands maîtres.
Pendant ma septième année,
j'étais dans une classe de composition avancée,
dirigée par 2 professeurs célèbres.
Petrassi était l'un d'eux.
La musique est un fait intellectuel.
J’ai étudié ses partitions, que j’ai adorées pour leur écriture.
L’écriture, la beauté de l’écriture.
Chaque unisson n’est pas vraiment à l’unisson,
parce que quelque chose de nouveau se créé.
Des partitions qu'on suivait comme un cours.
J'ai alors décidé d'aller voir Petrassi.
Morricone a toujours précisé
qu'il avait lui-même choisi Petrassi comme professeur.
Sa secrétaire m’a tout de suite dit :
"Maestro, la classe de Petrassi est complète, ce ne sera pas possible".
"Si je ne suis pas le cours de Petrassi, je quitte le conservatoire."
Tu étudies les techniques des compositeurs,
pour te les approprier.
Au début, j'étais très intimidé
parce qu'on savait que tous les élèves de ce cours étaient excellents.
Tous étaient de bons compositeurs.
Ennio Morricone avait des origines plus humbles
que les autres élèves.
Le conservatoire appartenait à l’élite.
Devant ces géants, j’étais si petit.
Je me sentais presque humilié.
Il nous regardait un peu avec déférence.
Il était rare qu'un trompettiste étudie la composition.
Je pense donc qu'Ennio Morricone a été discriminé.
Pendant 1 mois ou 2, Petrassi m'a demandé de faire des danses.
La tarentelle.
La bourrée.
La gigue.
Le boogie-woogie.
La samba.
Ça ne me plaisait pas.
Il n'était pas très satisfait de moi.
Au départ, j'avais le sentiment
que Petrassi sous-estimait un peu Ennio.
Qu'il ne s'intéressait pas vraiment à lui.
Finalement, après l'épisode des danses,
il m'a expliqué le "ricercare".
Et il m'a demandé d'en écrire un.
A partir de là,
j'ai cessé de faire des erreurs.
Alors il m’a donné une grande satisfaction, comme maestro.
C'était un contrepoint en 4 parties...ou 5...
C'est la forme qui a précédé la fugue, très intéressant,
Frescobaldi en était le chef de file.
Un siècle avant Bach,
il évoquait le contrepoint avec 2 mélodies simultanées.
Pendant ces 10 ans avec Petrassi,
le maestro a été initié à Palestrina
et à Monteverdi,
le maître absolu du contrepoint, sans équivalent dans le monde.
Petrassi était tellement influencé par Stravinski
qu'il a fini par transmettre sa passion à Morricone.
J’écoutais une des plus grandes pièces de Stravinski.
La "Symphonie des Psaumes".
Faites le sforzando piano. La même chose, comme c'est écrit.
Je l'avais entendue, enfant, dirigée par Stravinski.
Une répétition, à Santa Cecilia.
Il y avait une fenêtre, la porte ouverte, l’orchestre qui jouait...
Et j'ai été...
Cette pièce m'a toujours beaucoup touché.
Piano. Subito piano.
Pendant que j’étudiais la composition, mon père ne montrait rien.
J'étais dans ma chambre et j'écrivais, j'écrivais, j'écrivais.
Un élève attentif, vif.
J'étais heureux et optimiste quant à son avenir.
J’étudiais et je travaillais.
Il jouait de la trompette à la Chapelle Sixtine.
J’étais la première trompette, je jouais dans toutes les revues :
Walter Chiari, Tognazzi, Rascel, tous les comiques :
Dapporto, Wanda Osiris, Macario, Totò...
Le plus beau, c’était le dernier défilé des danseuses,
je leur faisais des compliments quand elles me passaient devant.
Je leur disais le titre des chansons américaines qu'on venait de jouer.
"My dream".
Elles me souriaient !
Après, pour ne pas manquer le trolleybus,
je posais la trompette et rentrait en courant à la maison.
Musica, maestro !
Je faisais des arrangements en cachette.
Petrassi l'ignorait.
Il l'a su plus tard.
Le premier à m'appeler était Carlo Savina.
Savina, une fois, s'est plaint d'un arrangement, de manière violente.
Il a jeté sa partition.
Il m'arrivait de faire des expériences.
Savina m'appelait, un peu en colère : "Il manquait un dièse,
ici un bémol, c'est quoi cette note ?"
Savina était de la vieille école.
Au contraire des arrangements de Morricone qui étaient très modernes.
Mes premières expériences cinématographiques
je les ai connues à la trompette, dans la fosse d'orchestre.
J'ai participé à quelques belles représentations : Lavigno,
Franco Bacchiardi, Enzo Masetti.
Une fois, j'ai joué "Fabiola", d’Alessandro Blasetti.
Lors de l’examen final de composition, on devait écrire une scène lyrique.
Là, j’ai fait une double fugue :
Deux sujets et deux contre-sujets.
Glaucos est sur le point d'accoster avec la mer en furie.
Circé arrive, prête à le séduire.
Et j'avais écrit une partition
à la fois alambiquée et élégante.
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