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Bourvil dans : "LE TROU NORMAND". Sous-titres par : BuStEl, 2021
Vous êtes prié d'assister à la cérémonie de :
Célestin Lemoine, aubergiste, décédé à l'âge de 68 ans.
Il aurait dû boire moins de calva ; il serait encore en vie.
De Monsieur Hippolyte LEMOINE, son cousin,
Mademoiselle Javotte LEMOINE, sa cousine, veuve Augustine LEMOINE, sa belle-sœur,
Sa belle-sœur, mais aussi un peu plus, hein ?
Des familles Granville et Lenormand, cousins et cousines. Nous allons à l'église.
- D'accord, allons-y alors. - Oui.
Bonjour, Monsieur le maire.
- Bonjour, docteur. - Qui vient chez nous aujourd'hui ?
Le docteur soigne les vivants et le maire enterre les morts.
- Il ne chôme pas, hein ? - Non.
- Bonjour, docteur. - Firmin.
- Tout va bien ? - Oui, sauf pour la patronne.
- Elle est au lit depuis huit jours. - Et tu ne dis rien ?
Si ça avait été ton cheval ou ton cochon...
- Je passerai tout à l'heure. - Pas d'urgence.
Monsieur le maire.
- Bonjour, Monsieur le maire. - Bonjour, Testu.
- Comment va ta fille ? - Mieux, la fièvre est tombée.
Elle guérira vite. Dans deux jours, elle sera sur pied.
- Puis-je la voir ? - Oui.
Tu prends une tasse de café avant de monter ?
Je ne dis pas non. Voici le personnel enseignant.
- Bonjour, Pitcher. - Bonjour, Monsieur le maire.
- Ta fille vient, n'est-ce pas ? - Ce soir même.
La petite Madeleine. J'ai aidé à sa naissance...
- Et maintenant, elle est professeur. - N'exagérons rien, simple institutrice.
- Elle remplace Madame Surret. - Oui, je sais.
- Un calvados avec du café ? - Non, merci.
Je ne t'ai pas revu depuis le transfert de Célestin Lemoine.
- A-t-il beaucoup souffert ? - Non, il était inconscient, c'était une attaque.
- Qui héritera de l'auberge ? - Non : "qui hérite de l'auberge".
Notre professeur a raison, il faut que ce soit correct.
Ne dis pas "hériter de l'auberge", mais "hérite de l'auberge".
C'est ça ? Alors, qui hérite... À qui revient l'auberge ?
"Le Trou Normand" est un bon établissement.
Oui, avec un grand domaine en plus.
Comme Célestin était célibataire, l'héritage revient
à la veuve de son frère, Augustine.
Certainement, surtout parce qu'elle faisait tout pour ça.
On la voyait plus souvent à l'auberge que dans sa propre épicerie fine.
Bonjour.
- Que désirez-vous aujourd'hui ? - Je viens pour les pieds.
- La patronne n'est pas là ? - Elle se prépare pour l'enterrement.
- Ah oui. - Je reviens tout de suite.
Madame Augustine.
- Qu'y a-t-il ? - Madame Vacher vient chercher ses pieds.
- Dans la chambre froide, son nom est dessus. - Bien, merci.
Quelle gourde, je dois tout faire moi-même.
- Javotte... Tu viens ? - Bien sûr, il n'y a pas le feu.
Tiens-toi un peu et aide-moi avec mon voile. J'ai retrouvé le tien.
- Je dois vraiment le porter ? - Tu es une bête sauvage ?
- Tu es sa cousine et c'est tout. - Mais maman...
Avec son héritage, tu pourras t'acheter de belles choses.
Pauvre Célestin. Est-ce que je prendrais Hippolyte ?
Ces chaussures sont un peu serrées.
Ce ne sont que des boules antimites.
Je sentirai bon.
Tout se passe bien.
Tu portes le costume de ton oncle ?
Un peu serré aux épaules et aux fesses.
- Et les chaussures serrent un peu. - Il faut souffrir pour être belle.
- Et ta cravate ? - Ah oui, aide-moi un peu.
Maria, tante Augustine ne dit rien, j'espère.
Tu irais à un enterrement en tenue de travail ?
Et je ne donne rien à cette femme avec sa main gauche.
- Qu'est-ce qu'elle avait à sa main gauche ? - Quel salaud.
Tu ne comprends pas ce qu'elle a fait avec son oncle ?
Oncle et... Oh...
On ne fait quand même pas ça dans la famille ?
Si, ça dure depuis longtemps. Et puis il y avait encore l'auberge. Ne sois pas si bête.
- L'auberge ? - Pour la dot de Javotte.
- Tes gants ? - Tout va bien.
Ma cousine est jolie, je l'épouserais volontiers si elle dit "oui"...
Ne te crois pas déjà un homme, tu es encore en couches.
Un homme...
Ton oncle t'aimait bien, mais il te mettait dans le poulailler.
La Javotte ne veut pas de domestiques, alors ne rêve pas. Mets ton chapeau.
Mon oncle était maigre, mais il avait une grosse tête.
Ce sont des clients pour de l'essence. J'arrive...
Pourquoi personne ne vient ?
- Me voilà. - Ils logent chez vous...
- Mais... - Vingt litres, s'il vous plaît.
Chérie...
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Regarde sa tête.
Il est drôle.
- C'est pour une fête locale ? - Voyons...
Ton costume est parfait. Où l'as-tu trouvé ?
Chez mon oncle, elle était dans une boîte avec des boules antimites.
- Que représentes-tu ? - Son neveu.
- En quoi ? - L'enterrement.
- De qui ? - De Célestin Lemoine. - Je ne le connais pas. C'est drôle ?
Non. Tu plaisantes, mais c'est triste. Très triste.
Ça fait donc 1204 francs.
- Gardez la monnaie. - Merci.
- À quelle heure est le spectacle ? - À 11 heures.
Nous passerons pour applaudir.
- Amusez-vous bien. - Celle-là est bonne.
Comme ils sont bêtes. Au revoir.
- Maria, je dois encore mettre l'argent de côté. - Mets-le dans ta poche. Ah oui.
Allons-y.
Mes sincères condoléances.
Mes sincères condoléances.
Mes sincères condoléances.
- Hippolyte. - Hein ?
Cours à l'auberge pour le notaire. Je dois aller au magasin.
Fais du café et range ton costume.
- Déjà ? - Fais ce que je dis... - Oui, tante.
Tu n'as pas besoin de le traiter si durement. Son oncle savait ce qu'il faisait.
- Qu'est-ce qu'il va devenir ? - S'il veut rester, il doit travailler.
Et moi alors ? Crier ne sert à rien.
Maria, tu connais mes principes.
- Tu viens, Javotte ? - Tout de suite, maman.
Au revoir.
- Tu ne peux pas aller au bal. - Pas dimanche prochain, non.
- Pour l'autre fête, je me débrouillerai. - Laquelle ?
Je dirai simplement que je garde les enfants de ta sœur pendant qu'ils dansent.
- Ma sœur ne danse pas. - Idiot, tu ressembles à Hippolyte.
Au revoir.
Le pauvre oncle. C'est la vie, hein ?
Maman arrive bientôt avec le notaire. Tout est prêt ?
- Oui. - Très bien.
Javotte.
Javotte...
Il n'est pas beau ? Mon oncle aimait ce couvre-lit.
Il l'a acheté à Rouen. Touche.
Doux et chaud, comme un poussin sous les ailes de sa mère.
Qu'est-ce que tu fais ? Ne touche à rien.
- C'est son costume du dimanche. - Il est mort, après tout.
Je n'arrive pas à m'y habituer. Je l'entends encore dire : "Hippolyte, tu es un salaud".
- "Hippolyte, tu es un corniaud". - Ça te plaisait ?
Il le disait si gentiment.
Je dois convaincre maman de tout jeter.
Jeter quoi ?
Des toilettes ici, une cloison là.
- La maison est encore en train de s'effondrer. - Pousse-toi.
- Une salle de bains ici. - Pour quoi faire ?
Les clients doivent pouvoir se laver.
- Ils viennent seulement pour dormir. - Tu ne réfléchis jamais.
"Le Trou Normand" change, et ça ne te regarde pas.
Javotte, Javotte.
- Quoi ? - Dis...
- Dis... - Qu'est-ce qu'il y a ?
Ça pourrait être notre chambre un jour.
- Notre chambre ? - Oui.
Le lit de mon oncle avec ce beau couvre-lit...
Ce sera notre lit quand nous nous marierons.
Se marier ? Avec un plouc pareil ?
Tu ne t'es sûrement jamais regardé ?
Mon café...
Monsieur le notaire, nous vous écoutons.
Je vais lire le testament du défunt...
Maria, sers et quitte cette pièce.
Elle est un peu de la famille, elle peut rester.
- C'est bien ça ? - Donne-moi les papiers.
- Où est Hippolyte ? - Que lui veux-tu ?
- Il doit être présent. - Est-ce vraiment nécessaire ? - Oui, c'est le neveu.
- Hippolyte... - Hippolyte...
- Va le chercher. - D'accord.
Hippolyte !
Hippolyte !
- Tu es sourd ou quoi ? - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Viens avec moi. - Pour quoi faire ?
- Tout le monde doit être présent. - C'est bien ça ?
Tu auras sûrement un petit quelque chose.
Bonjour, Hippolyte.
- Bonjour, monsieur le notaire. - Commencez à lire.
Ceci est mon testament. Moi, Célestin Lemoine,
lègue mes biens, l'auberge "Le Trou Normand"
située à Courteville, y compris les bâtiments,
3 hectares de terrain, station-service et tout le mobilier : laverie, cave,
et son contenu à mon neveu Hippolyte Lemoine.
- Tu lis mal. - Il est clairement écrit : Hippolyte Lemoine.
Il ne pouvait pas me faire ça : léguer l'auberge à cet imbécile ?
Tais-toi, sale garce. Je suis content pour lui.
- J'ai l'auberge ? - Du calme, mesdames...
- Puis-je parler maintenant ? - D'accord.
Enfin. Asseyez-vous.
Il y a une condition à l'héritage.
Allez-y.
- À mon neveu... - Nous le savons déjà...
Fils de mon frère et de Séraphine...
Mais comme Hippolyte ne connaît rien aux affaires et ne peut pas diriger une affaire,
il doit d'abord acquérir des connaissances. C'est pourquoi j'ai posé une condition.
Pour recevoir l'héritage,
Hippolyte doit obtenir un certificat dans l'année.
Hippolyte de retour à l'école... C'est à mourir de rire.
Il n'aura jamais l'auberge, c'est déjà clair.
Hippolyte, tu as entendu ? Qu'est-ce que tu dis ?
Dis oui.
Je ne retourne pas à l'école. C'était il y a bien trop longtemps.
- Et j'ai trop de travail à l'auberge. - Tu vois ?
Tu es raisonnable. Fais-lui signer la renonciation.
Du calme, madame.
Il y a aussi une deuxième enveloppe qui ne pourra être ouverte qu'après l'examen.
- Ou après 15 jours. - Je sais ce qu'il y a dedans.
- Mais attendons 2 semaines. - D'accord.
Hippolyte, viens dans mon bureau tout à l'heure.
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