The first 170 lines.
Arrêtez de me regarder. Ça me fait perdre mes moyens.
Ça promet. C’est que l’audition.
Il est mal barré.
Bah, il prend ça à la rigolade.
Bien. On a d’autres candidats ?
Trop bien, Asa !
À toi de jouer, Takumi.
J’aurais peut-être pas rejoint ce club si tu m’y avais pas encouragée.
Je suis pas de ton avis. C’était ta décision.
Et tu l’aurais prise,
qu’importe les circonstances, car elle te tenait à cœur.
Je me demande bien ce qu’auraient dit mes parents.
Va savoir.
Réfléchis-y, tiens.
Qu’est-ce qu’ils auraient dit ?
C’est quoi, cette coupe ?
Bah, l’important, c’est que ça te plaise à toi.
Oui, qu’est-ce qu’ils auraient dit ?
Malheureusement, la réponse m’échappe toujours.
Eh bien, j’ai trouvé
que tu sortais du lot.
Depuis quand t’aimes te faire remarquer ?
Je veux dire, on se fait remarquer au terme de beaucoup d’efforts.
C’est mal, de sortir du lot, dites ?
Je me dis que voilà…
je serais plus ridicule qu’autre chose, que ça irait pas avec mon personnage.
Ton personnage ? Mais qu’est-ce qu’on s’en moque !
Je regrette de pas être passée au-dessus.
Car à force de me soucier de l’image que je renvoyais,
j’en venais quasiment à oublier
ce que je voulais pour moi.
Oui, je suis perdue.
Si quelqu’un a quoi que ce soit à redire à tes choix…
étripe-le.
Ça non plus, ça m’avance pas plus.
Mais tu sais,
je choisirai toujours de vivre en souffrant.
Encore à raconter n’importe quoi !
Et c’est justement
parce que tout m’échappe que…
Je vais chanter !
ENTRE LES LIGNES
Elles mangent ensemble ?
Oui, ma mère a lancé l’invitation.
Ah bon.
C’est pour ça qu’elle est pas là.
Drôle de duo, quand même.
Tu veux pas passer à la maison ?
Désolée, j’ai un truc de prévu.
OK !
Je m’ennuie.
TROUVER
C’est fou. Je suis passée devant ce resto plein de fois,
sans jamais franchir la porte.
En tout cas, c’est spacieux et lumineux.
Oui, c’est agréable.
Côté calme, on repassera, mais il y a toujours de la place.
Le steak me fait de l’œil.
Bon choix. La viande est très tendre.
Une bonne bière…
Quel luxe, de boire en journée !
Ça donne un petit côté rebelle. Ça me tente bien.
C’est mal, mais je vais craquer.
J’aurais dû emmener Asa ici, après le tri de l’appartement.
Ça devait être dur, non ?
Bah, plutôt.
Ça vous a pris combien de temps ?
Une bonne semaine. Non, un peu plus, je dirais.
Eh ben…
Vu qu’on était dans le coin,
on aurait dû faire un crochet par chez vous.
Malheureusement, j’y ai pas pensé.
Enfin, c’est rien.
À l’époque, je n’en menais pas large non plus.
Il y a fort à parier que j’aurais fondu en larmes en vous voyant.
Parce que je ressemble à ma sœur ?
Seulement physiquement.
Disons que voir une morte apparaître devant soi
aurait de quoi chambouler.
Oui, je me dis que j’aurais pu prendre peur.
De mon côté, ce malaise commence à se dissiper.
Mais pour Asa, ça risque de prendre plus de temps.
Oh, bonjour.
J’avais rendez-vous dans le coin.
Vraiment ?
C’est marrant. Je rendais visite à quelqu’un.
Comme quoi, le hasard fait bien les choses.
Sans doute.
J’ai bien fait de lancer l’invitation.
L’occasion ne se représentera peut-être pas à l’avenir.
Pas que je sois là à contrecœur, hein.
Je sais, vous en faites pas.
Bien, j’ai un menu du jour.
Ici.
Si vous n’aimez pas partager,
les virées au bar doivent être une torture.
En effet.
Je n’ai plus à m’infliger ça dans ma boîte actuelle,
mais c’était un cauchemar, à l’époque de l’université.
C’est vrai que c’est un vrai rituel, à la fac.
Ce que je pouvais détester les « tu veux pas goûter ? »
La même.
Tout ce que je pouvais faire, c’est attendre que ça passe,
mais je doute que ce soit dans votre personnalité.
Car ça ne l’est pas !
Et naturellement, à force de m’en agacer,
je finissais par plus être le bienvenu.
C’était pas plus mal, non ?
Oui, quelque part.
À l’époque, je dois bien avouer que ça m’avait vexé.
Même si bon, j’ai toujours été exclu de ce genre de rituels.
Finalement, c’est une chance.
Je reste un intello asocial.
Quel genre de rituels ?
Vous savez, ces baptêmes pour être un homme, un vrai.
L’année prochaine, vous ne serez plus les petits nouveaux.
À vous d’être le pont entre les seconde et les terminale…
Il est où, Yoshimura ?
Aucune idée.
– En place ! – Tout de suite !
D’ailleurs, j’aimerais en profiter pour parler d’Asa.
Hier, lors de notre entretien de routine, elle m’a demandé comment s’y prendre
pour devenir celle qu’elle veut être.
Celle qu’elle veut être ?
Les affres de l’adolescence.
Et qu’est-ce que vous lui avez répondu ?
Figurez-vous que j’étais bien embêté.
J’avais du mal à voir où elle voulait en venir,
alors je lui ai dit ne pas comprendre la question.
Aïe, radical !
Vraiment ? Vous trouvez ?
Enfin, y a un petit côté comique dans tout ça.
Comique ?
Devenir celle qu’elle veut être, hein…
Qu’étais-je supposé répondre ?
Celle qu’elle veut être…
La voilà, mon erreur.
J’aurais dû lui donner le change, en fait.
Je salue votre maîtrise à toute épreuve.
Qui ça, moi ?
Vous n’y êtes pas du tout.
Si, je vous assure.
J’aimerais en avoir, de la maîtrise, vraiment.
Je crois avoir ma petite idée sur pourquoi je donne
cette impression.
Ce que vous disiez, plus tôt…
Moi, je prends plus part à ces rituels.
C’est-à-dire ?
Les baptêmes dont vous parliez.
Vous savez,
la vie devient franchement plus simple
quand on décide de se retirer de la partie.
Le plus fort, c’est celui qui se met en danger.
Le plus fort, c’est celui qui malmène le plus de filles.
Le plus fort, c’est celui qui est le partisan du moindre effort.
On a beau étouffer sous la pression,
on répète ces mêmes schémas, car on connaît rien d’autre,
persuadé qu’y mettre un stop signerait notre arrêt de mort.
Pourtant, il existe tout un champ de possibles,
où notre valeur ne se mesure pas à coups de bras de fer.
Un homme ne pleure pas !
C’est quand j’ai décidé d’arrêter les frais
que je me suis enfin senti humain… doté d’une individualité propre.
Mais moi, ça me va.
Je veux vivre comme je l’entends.
Et tu devrais en faire autant.
J’ai vécu en me conformant aux envies des autres.
J’ai beaucoup de respect pour les gens qui n’ont pas peur du regard d’autrui.
Ceux fidèles à eux-mêmes.
Comme Mme Kôdai ?
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