The first 200 lines.
Asa.
J’ai longuement réfléchi
à ton prénom que je voulais porteur de fraîcheur,
de renouveau et de beauté.
Mon souhait le plus cher est
que tu sois aimée de tous.
Et crois-moi,
je suis prête à tout pour que cela devienne réalité.
Asa,
AFFAIRES D’ASA
ne doute jamais…
que maman…
ENTRE LES LIGNES
Ah, bonjour.
C’est gentil d’avoir fait le déplacement.
Oh, c’est rien.
CONSIGNER
Un café latte froid pour moi.
Je vous apporte ça.
Makio va bien ?
Bah, on aura tout le loisir d’en parler plus tard.
En effet.
D’ailleurs, je savais pas que t’avais changé de taf.
Ça remonte à un an.
Vu que je repars de zéro, j’ai pas de réseau.
C’est pour ça que je dirais pas non à un coup de pouce.
Si je peux aider, c’est avec plaisir.
Pour parler business,
ils seraient pas contre l’idée de te rencontrer.
Trop bien !
Ton boulot a tout l’air de leur plaire, ça pourrait aboutir à quelque chose.
Je vous présente autour d’un verre ?
Non, j’aimerais pouvoir parler travail direct.
OK, c’est noté.
Dans ce cas, je te file leur numéro.
Parfait, merci.
Un resto de chaîne… Ça faisait un bail.
C’est bien pratique quand on a des enfants.
Est-ce que je peux vous appeler par votre prénom ?
En tout cas, c’est bien aimable d’avoir accepté mon invitation.
Oh, c’est rien.
Asa et Emiri se connaissent depuis l’école primaire,
et nos deux familles avaient l’habitude de se fréquenter.
Entre nous,
la disparition de ses parents m’a fait un sacré choc.
Il faut dire que c’était si soudain…
Je me suis demandé
quel genre de personnage vous pouviez être
pour faire l’impasse sur ces cérémonies.
CAS
J’ai pas d’excuses.
Ça m’angoisse juste.
Pardon, l’idée n’était pas de vous affliger.
Rassurez-vous, Asa a pris soin de tout expliquer à Emiri.
Pas de quoi être gênée, vraiment.
C’est gentil, mais ça n’efface pas mes angoisses.
J’y mets du mien, mais bon.
C’est ça, la réalité d’élever un enfant.
Merci pour l’invitation.
Attends, Makio t’a rien dit ?
On s’est pas revues.
Il s’est passé un truc entre vous, c’est ça ?
Je veux les détails.
Je vais pas raconter à sa meilleure amie un truc qu’elle lui a pas dit,
ce serait bizarre.
Beurk, on parle jamais d’amour entre nous.
« Meilleure amie », au secours.
Ça m’échappe un peu, ce genre de relations.
Rappelle-toi, Kasamachi.
T’es celui qui avait demandé à nous rencontrer, hein.
Jamais elle nous aurait présentés, sinon.
« Jamais », carrément.
Je me souviens d’avoir été incapable de suivre la discussion.
Et donc ? Du nouveau ?
Je suis pas sûr que tu voies ça d’un bon œil,
mais voilà, on est en train de renouer.
Je te jure,
mon père nous décrochait pas un mot, alors qu’on venait en famille.
Comme s’il était là seul.
Ce que ça m’énervait.
Elle finit toujours par évoquer ses parents.
Au début, pour être honnête, je me demandais si c’était bien normal,
avant de me dire que c’était plutôt sain qu’elle puisse en parler si librement.
Oui, sans doute.
Pour tout vous dire, ma sœur et moi avions coupé les ponts.
Dis, maman.
Quoi, encore ?
Désolée.
On peut aller s’acheter un maillot ?
Mais tu en as déjà un.
J’ai grandi, il me va plus.
Je peux savoir à quoi tu penses ?
J’en ai besoin aussi.
Mais t’en as un… ou pas.
Tu vois, t’en sais rien.
Essaie pas de noyer le poisson.
– J’ai grandi, je te signale. – De deux centimètres.
Espèce de traîtresse !
Hein ? Une dépression, carrément ?
Ouais, juste après notre séparation.
Et moi, je t’avais envoyé un message hyper cinglant,
sans réfléchir.
J’y crois pas. Je suis désolée.
Je te rassure, c’était la faute ni à cette rupture ni à ton message.
L’idée de remettre les pieds à la banque me rendait juste malade.
T’es sûr ?
Sûr, oui.
Ça risque de sonner déplacé, mais j’aurais pas cru ça de toi,
genre vraiment pas.
Je comprends.
J’ai été le premier à m’étonner que ça me tombe dessus.
Pas plus de 5 000 yens, hein. Je le note, attention.
Gagné !
Vous le notez ?
On a un mémo sur le cloud. C’est un peu notre tableau d’affichage.
Obligé, tête en l’air comme je suis.
Vous l’êtes tant que ça ?
À un point phénoménal.
Genre, vous oubliez quoi ?
Eh bien…
tout et surtout n’importe quoi.
On s’est même pris la tête à ce sujet.
C’était pas une dispute, allons.
C’est une bonne idée.
Je la tiens d’un très bon ami.
Makio est allergique au rangement.
Avec elle, ça rentre par une oreille et ça sort par l’autre.
C’est normal.
Vous avez dû endosser le rôle de parent du jour au lendemain, aussi.
À la différence…
que je serai jamais sa mère.
Peut-être,
mais c’est pas ma mère.
C’était votre décision, non ?
D’adopter Asa, je veux dire.
Non,
je ne serai jamais sa mère et je n’entends pas le devenir.
Je suis sa tutrice.
Je passais mes journées à pleurer, sans rien pouvoir faire.
« Pourquoi moi ? », la totale.
« Fais tes preuves », « serre les dents »,
« fais un effort ».
Tout ce que j’avais pu penser à l’égard d’autres personnes
est revenu me frapper de plein fouet.
Non, jamais de ma vie j’aurais pensé
tomber aussi bas.
Mon arrogance m’a coûté cher.
T’en as parlé à Makio ?
Que tout récemment.
Je pouvais pas le faire avant d’avoir changé de taf,
et puis, je redoutais un peu sa réaction.
Tu dormais beaucoup ?
Ouais. Énormément, même.
Si t’as pu te reposer, c’est l’essentiel.
Fin.
Elle abuse, quand même.
Je préfère ça à quelqu’un qui en aurait fait une montagne.
Ça m’a soulagé, même.
C’est précisément ce que j’aime chez elle.
Eh ben.
Y a de l’amour dans l’air…
Bon, je vais devoir décoller.
Donne-moi au moins le contexte.
Enfin,
ne soyez pas si catégorique. Vous savez, tant qu’il y a de l’amour…
Non, c’est juste que voilà,
comment formuler ça…
Jusqu’à présent,
elle a été élevée par ses parents, et eux seuls.
Hélas, j’ignore quel genre de parents ils ont bien pu être.
Je me demande qui était ma mère.
Désormais, elle n’a plus aucune chance de recevoir
J’AI COMMENCÉ À ÉCRIRE CE JOURNAL…
ce qu’ils auraient dû lui donner,
le bon comme le mauvais.
La solitude.
Le désespoir.
Fait-on sort plus cruel qu’être à la merci d’une souffrance
que l’on ne peut pas nommer ?
Il nous réduit à craindre ce que nous avons cherché
en vain durant une vie entière.
Malheureusement,
elle n’a pas d’autre choix que de se débrouiller avec ce qu’elle a.
Je peux veiller sur elle, mais je doute de pouvoir l’élever.
Ça ne va pas ?
Encore en train de chouiner.
Faites pas gaffe. Elle pleure même devant des pubs.
On dirait un petit chihuahua.
Bon, à tout à l’heure.
Navrée, vraiment.
Euh, c’est rien.
Quand je m’imagine à votre place, vous comprenez…
Oui, très bien.
Michiko, est-ce que je peux vous poser une question ?
Euh, moi ?
Pardon, j’ai l’habitude qu’on m’appelle « maman d’Emiri ».
Allez-y, je vous écoute.
Qui était ma sœur, au juste ?
Quel avocat ?
Celui qui s’occupe du cas d’Asa.
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