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"Pour les Chiliens et les colons qui sont arrivés,
"Cette île est la fin du monde,
"pour nous tous qui sommes là depuis toujours,
"C'est le début."
Déclaration de l'inculpé.
Cour de Justice Tribunal de Chiloé, Chili, 1881.
C'est la place de ton père, Thorsten.
Bonjour.
Bonjour Rosa. Bonjour Madame Agnès.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Amen.
Qu'est-ce qui se passe ?
Il demande ce qui se passe, papa.
Je ne sais pas, Don Stefan.
Ce sont des nœuds indiens.
Nous sommes juste des travailleurs.
Don Stefan, arrêtez !
Vous ne nous faites pas peur !
Vous ne pouvez pas nous expulser !
Monsieur Stéfan, vous faites erreur.
Dis-moi qui a fait ça !
Lâchez-la ! Va te faire foutre, l'indien !
Rosa, rentre à la maison.
Ne touchez pas à ma fille ! Vous m'entendez ?
Papa !
Dites-leur d'arrêter !
S'il vous plaît, s'il vous plaît !
Madame Agnès, s'il vous plaît !
Dites-leur d'arrêter ! S'il vous plaît !
Il n'était pas chrétien, mon enfant.
Mais moi, si.
Je ne sais plus qui tu es.
Quel âge as-tu ?
Treize ans.
Tu as toute la vie devant toi.
Tu as déjà perdu un père,
ne perds rien d'autre.
Comme maire, vous devriez m'aider.
C'est ce que je fais, je t'aide.
Mais ce n'est pas juste, qu'ils aient tué mon père...
Ce qui n'est pas juste, c'est que
je me retrouve dans ce maudit village,
Et pourtant, je suis là.
Vous ne voulez pas avoir de problèmes avec les allemands.
Fillette...
Personne ne devrait vouloir des problèmes avec eux.
En plus, comment dire...
Les papas meurent et moi je ne peux pas les ressusciter.
Bonjour...
Bonjour monsieur le maire, ça va ? Prenez place.
Vous allez m'aider ou pas ?
T'aider, c'est te dire les choses comme elles sont.
C'est un chien qui a tué ton père,
Et on ne met pas les chiens en prison.
Pourquoi Dieu laisse-t-il les chiens tuer quelqu'un ?
Il s'est laissé tuer avec des clous,
il sait ce qu'il fait.
Tu ne devrais pas être ici.
Vous me l'avez déjà dit. Je pars dès demain.
Je ne parle pas de ça.
Mais alors...
Écoute...
Tu as demandé justice au Chili,
Et maintenant, tu viens la demander à Dieu.
Mais tu ne l'as pas demandée à toi-même.
À moi-même ?
Viens...
Vous allez me bénir ?
Non,
Regarde-toi.
Que vois-tu ?
De l'eau.
Et dans l'eau ?
Mon visage.
Et si tu ne te connaissais pas,
Que verrais-tu ?
Je connais une personne qui peut t'accueillir.
Et toi...
Qui es-tu ?
Rosa Rain. Vous êtes Mateo Parancan ?
Tu cherches un toit, jeune fille ?
Oui, mais pas seulement.
Eh bien, moi, c'est tout ce que j'ai.
Je veux que vous me regardiez en face.
Toi, regarde-moi.
Qu'est-ce que tu vois ?
Je vois un homme...
Un homme âgé.
Je vois un indien.
Un Huilliche.
Quoi d'autre ?
Comment ça ?
Que vois-tu dans mes yeux ?
Moi.
Tu ne sais pas pêcher,
Mais tu sais tenir un couteau.
Les poissons ne sont pas très différents des agneaux.
Ni de toi.
Après, vous les vendez ?
Après, tu les vends.
On dit que vous êtes une autorité sur l'île.
Je suis l'indien qui t'a donné un toit.
Et qui va te le reprendre si tu poses trop de questions, petite fouine.
Et si les allemands viennent par ici ?
Il faut demander l'autorisation.
- Je ne leur parlerai pas. - Tu ne comprends pas.
Étrange, votre prière.
Je ne prie pas.
Ils peuvent nous voir.
Aujourd'hui, tu es invisible.
Et les chiens ?
Invisible pour tout ce qui a des yeux.
S'il était Huilliche, il est dans l'au-delà.
Il est au paradis.
Les Huilliches ne sont pas des créatures du paradis.
Les Huilliches sont des créatures de l'océan.
Que faisaient ces tresses sur les agneaux ?
Pour ces agneaux morts, ils ont tué mon père.
Les agneaux morts ne peuvent tuer personne.
Les chiens vivants, si.
Les allemands ne sont pas sur n'importe quelle terre !
Dites-moi la vérité.
La vérité ?
Ton père, ils l'ont tué
parce que la vie d'un indien n'a pas de valeur.
Mais mon père n'était plus Huilliche.
Ils l'ont tué en tant que tel.
Les oiseaux morts, c'est pour ta peine.
Comment un oiseau mort va m'enlever ma peine ?
Ils l'emportent en s'envolant.
Je ne veux pas rester ici.
Ferme les yeux.
Je veux être avec mon papa.
Il est dans l'océan.
Mais c'est pas le moyen pour le retrouver.
Ferme les yeux.
Merci.
Tu crois que ton papa aimerait que je sois ici ?
Comment je le saurais ?
Mais toi, que crois-tu ?
J'en sais rien.
Il me demanderait quoi ?
Justice.
C'est quoi la justice pour toi ?
Que celui qui l'a tué,
souffre.
Je vais parler avec ma communauté.
Qu'allez-vous leur dire ?
Qu'ils l'ont tué avec des chiens...
Et il ne s'agira que de chiens.
Toi et moi on s'est déjà rencontrées.
Vous pratiquez la sorcellerie, alors ?
Je n'aime pas ce mot.
Mais, vous travaillez pour eux ?
Je ne travaille pas pour eux,
Je suis une des leurs.
Comment ça se passe ?
Il y a des gens qui ne veulent pas se rappeler,
Mais les souvenirs sont partout.
Quand personne n'était encore né de ceux qui sont vivants,
Un Espagnol est arrivé sur l'île.
Il dit qu'il s'appelait Moraleda,
Et qu'il était sorcier.
Il a demandé à affronter le sorcier le plus puissant.
Et La Chilpila s'est présentée,
De peau presque bleue, toute indienne qu'elle était.
Chacun transformait son corps
en un animal plus grand que l'autre.
Jusqu'à ce que Moraleda
transforma son corps en un animal plus grand que le froid.
Avec ça, l'espagnol
gagnait le duel.
Mais...
La Chilpila fit trembler ses mains...
Et la mer s'est démontée.
Les bateaux de l'espagnol se sont échoués,
Comme des baleines éclatées.
Il a dû offrir son livre de sorcellerie à l'Indienne.
Et depuis nous sommes la "Recta Provincia".
Et le livre ?
Nous l'avons utilisé
pour mieux nous défendre.
Qui fait partie de la Recta Provincia ?
Ceux qui rendent justice aux indiens.
À l'île.
Franz ?
Thorsten ?
Stefan, viens !
Fichez le camp !
Thorsteeen !
- Fraanz ! - Thorsteeen !
- Thorsteeen ! - Fraaanz !
Fraaanz !
Fraaanz !
- Thorsteeen ! - Fraaanz !
Fraaanz !
Fraaanz !
Fraaanz !
Et si c'était eux les chiens qui sont apparus ?
Tais-toi ! Ils n'ont pas pu changer nos enfants en chiens.
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