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29 ANS APRÈS LA MORT DE HIMMEL LE BRAVE HAUT-PLATEAU DU NORD RÉGION DE BIER
Comme quoi, il y a des villes sur le haut-plateau.
Et beaucoup de tavernes.
Cette région est le grenier du haut-plateau du nord.
On y brasse de l’alcool depuis toujours.
Le vieux Fass n’en démordait pas !
Il serait à deux doigts de trouver du boshaft.
Tu y crois, toi ?
C’est quoi, du boshaft ?
Heiter m’a déjà parlé de ce breuvage.
Un grand empire dominait autrefois la majorité du continent.
Le boshaft serait l’alcool le plus fin jamais offert à son monarque.
Heiter s’était plaint que Frieren l’avait empêché d’y goûter.
C’est une longue histoire.
Je ne veux pas m’éterniser ici.
– Après nos courses… – Frieren.
Mais oui, c’est toi !
Ça fait bien cent ans.
Quatre-vingts, exactement, Fass.
Tiens, tu chipotes. Ça te ressemble pas trop.
Ta compagnie a changé.
Il est pas avec toi, l’amateur de bonne picole ?
Heiter ? Il est mort.
Parti paisiblement.
Flûte alors… J’arrive un poil trop tard.
J’ai trouvé la planque à boshaft. Tu sais, l’alcool impérial.
Tu voudrais bien m’aider ? Tu maîtrises la magie, pas vrai ?
Il y a un rapport entre le boshaft et la magie ?
Suis-moi et tu comprendras.
On y est.
C’est une galerie ?
Je l’ai creusée moi-même.
Nain est peut-être synonyme de mineur, dans vos têtes,
mais je suis né en ville, moi.
J’ai tout appris sur le tas.
Tout ça pour le plus fin des breuvages.
C’est qui, ce papy ?
Fass, un soiffard à nul autre pareil.
Ça fait plus de deux cents ans qu’il s’est voué corps et âme au boshaft.
Il m’avait demandé de l’aide à notre rencontre.
Mais on avait un roi des démons à terrasser,
alors on a refusé.
– Mon boshaft ! – Lâche ça tout de suite !
Ça n’a vraiment pas été facile de déloger Heiter.
Pourquoi creuser sous la terre pour trouver de l’alcool ?
Une légende raconte que du boshaft serait préservé
quelque part dans ce souterrain, au cœur de ruines.
Il y a deux cents ans,
j’ai trouvé cette stèle qui a confirmé la rumeur.
C’est écrit en haut-elfe.
Le boshaft y est mentionné comme la meilleure eau-de-vie.
« Milliarde ».
Sûrement la personne qui a écrit ce texte.
Tu es une érudite, petite demoiselle.
Tu sais lire le haut-elfe, à ton jeune âge ?
Frieren m’a forcée à l’apprendre quand j’étais petite.
La moitié des grimoires sont écrits en haut-elfe.
Apprends la langue, si tu veux lire.
Je savais que ce serait Milliarde.
Quand j’ai trouvé la stèle,
j’ai décidé de consacrer ma vie au boshaft.
Et il est enfin à portée de main, je le sens.
Tu as trouvé les ruines ?
Oui.
Je suis arrivé à l’entrée.
Comme tu peux le voir, la porte de la chambre ne s’ouvre pas.
Elle est protégée par une barrière pour conserver l’alcool.
Mais toi, tu es capable de forcer l’entrée.
Impossible.
Tu mens, à tous les coups.
Ça va prendre un moment à dissiper.
Mes compagnons ne vont pas aimer.
Je vous verserai une compensation.
Un grimoire ?
De l’argent ! Vingt reichs, et tout en or.
Pas intéressée.
Je t’en prie, Frieren.
C’est mon rêve de goûter le boshaft.
Ça fait deux cents ans que j’en cherche !
C’est non.
Frieren, vous pourriez lui donner un coup de main.
C’est moche pour ce pauvre vieux Fass.
Vous qui râlez dès que j’aide quelqu’un…
Frieren, il propose vingt pièces d’or. Ça paiera notre voyage.
On aura de quoi voir venir, avec cette fortune.
Briser cette barrière va me prendre trois mois.
C’est plutôt peu.
Pardon ?
Marché conclu.
Ne venez pas vous plaindre !
Vous avez bien avancé, avec la barrière.
J’aurai sûrement fini demain.
Vous avez l’air peinée.
À juste titre.
Le boshaft, c’est un tord-boyaux.
Ce n’était pas la peine d’y consacrer sa vie.
Mais d’après la stèle…
Certains de mes congénères
ont de drôles de manières de tuer le temps.
Tu aimes rester à ne rien faire de la journée, Milliarde.
Nous autres elfes, nous avons souvent tendance
à consacrer notre vie à quelque chose.
Pourquoi, à ton avis ?
Aucune idée.
Pour ne pas finir comme moi.
Dis-moi, Frieren,
imagines-tu ce que tu ressentirais
si tu avais consacré ta vie à un vulgaire déchet sans valeur ?
Pas du tout. De quoi tu me parles ?
De moi.
Il y a très longtemps.
Un vrai tord-boyaux, cette gnôle.
Le boshaft ?
L’alcool le plus bon marché distribué pendant le couronnement.
Avant d’arriver dans ce village,
j’ai trompé l’ennui en déposant une stèle.
« Nul alcool n’est plus fin que le boshaft. »
Quel intérêt de faire ça ?
Ça n’a pas le moindre intérêt.
C’est le grand jour.
Il est si bien conservé !
Je n’osais pas imaginer avoir l’occasion d’y goûter un jour.
Fêtons ça dignement.
Buvez, vous autres !
Bigre…
Frieren, pourquoi as-tu refusé de partir à la recherche du boshaft ?
Tu aimes l’alcool, non ?
Et comment !
Et tu l’avoues, prêtre de pacotille ?
Si tu consacrais ta vie à un breuvage qui se révélait médiocre, que ferais-tu ?
Très bonne question.
J’éclaterais de rire.
Une mauvaise goutte,
ça se partage avec les amis !
Que dire…
C’est immonde.
Le pire alcool que j’aie jamais bu.
Vous croyez y échapper ? Stark, descends-moi ça.
Tout mais pas ça, pas un tord-boyaux…
Exécution.
C’est dégueulasse !
Dégueulasse, c’est le mot.
Et y en a tout un stock !
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