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Voici la gare du Caire, le cœur de la capitale.
Chaque minute voit le départ d'un train...
et l'arrivée d'un autre.
Des milliers de gens s'y retrouvent et s'y séparent.
Des gens du Nord et du Sud, des locaux et des étrangers
des riches et des pauvres, des travailleurs, des chômeurs.
Je suis Madbouli et je tiens le kiosque à journaux.
Mon boulot me permet de lire chaque jour des choses étranges.
Mais ce que je vois ici est bien plus étrange encore.
La chose la plus étrange m'est arrivée
un jour, après la prière de midi.
J'ai vu un pauvre type accroupi sur un quai.
Un de ces malheureux comme il y en a tant ici,
qui ont tout laissé derrière eux,
qui montent au Caire pour y chercher fortune.
Je lui ai demandé son nom.
Comme il ne répondait pas, j'ai failli le laisser là.
C'est alors que je me suis rendu compte qu'il était boiteux.
J'ai été pris de pitié.
Je lui ai proposé de vendre des journaux pour moi.
Il s'appelait Kenaoui.
Je lui ai trouvé une baraque près des voies.
Un jour, je suis passé prendre de ses nouvelles.
C'est alors que j'ai découvert qu'il était frustré
au point qu'il en devenait obsédé.
Pauvre Kenaoui !
Qui aurait pu prévoir ce qui t'est arrivé ?
L'express pour Alexandrie part à 7h30 du quai 4.
Quelle chaleur ! J'étouffe !
- Dépêchez-vous ! - Ça traîne !
- On va rater le train ! - Pas de panique !
- Mais écoutez-moi donc ! - J'écoute, j'écoute !
Ici, c'est pas pour Zagazig, juste Alexandrie.
Quelle pagaille !
- Arrête-toi ! - Kenaoui !
Planque le seau !
Quelle chaleur d'enfer !
Que Dieu augmente la canicule, on vendra plus de bouteilles !
Tu parles, ça ne profitera qu'au proprio du buffet.
Qu'il crève, ce Mansour. À peine s'il nous laisse de quoi vivre.
Comme s'il n'avait pas assez de fric.
Il n'en a jamais assez !
Chut ! Quand on parle du diable...
Et alors ? Ici, c'est notre buffet ! Il n'est pas le seul à en avoir.
Pousse-toi de là.
- Qu'est-ce que tu as, Hanouma ? - C'est cet enfoiré de Mansour.
Il a réussi à te pincer ?
Pire ! Il a mis les flics à mes trousses.
- Et ton seau ? - Je l'ai refilé à Kenaoui.
- Ah oui, ton chéri d'amour ! - T'es folle ? Jamais de la vie !
Il a le béguin pour toi.
Il économise sou par sou pour t'épouser.
Mais ma parole, il t'a tapé dans l'œil, Aziza !
Tu parles !
En tout cas, tu encourages ses espoirs.
Il rêve ! Il sait bien que je vais épouser Abou Seri.
Justement, il croit que tu vas lui sacrifier Abou Seri et l'épouser.
Tirons-nous.
- Zakzouk - M. Mansour, ils arrivent...
Bas les pattes !
Ça fait 10 jours que je bosse à l'œil !
Quand ton tour arrivera, tu pourras bosser ici.
Mon tour ? J'ai pas de quoi soudoyer votre chef.
Tu insinues quoi ?
Qu'il faut lui graisser la patte pour avoir un quai rentable !
Tu bêches notre chef ?
Abu Gaber est plus honnête qu'Abu Seri.
Dégage ! Et essaie de me toucher pour voir !
Lâche, ou je te brise les mains.
- Comment t'appelles-tu ? - Abou Seri.
Aide-moi, je t'en prie, et que Dieu te protège !
Je ne m'y retrouve plus dans cette pagaille !
- Que cherches-tu ? - Le train pour Zagazig.
- A quelle heure part-il ? - C'est celui-là !
En faisant vite, tu peux l'attraper au prochain arrêt.
Comment ose-t-il partir sans nous ?
Au secours ! Ma main, à l'aide !
Ça va aller, Abbas, viens.
Il est sauf, Dieu merci !
Jusqu'à quand resterons-nous les bras croisés ?
Arrête tes manigances.
On n'a pas besoin de toi.
Il va fonder un syndicat et nous ruiner.
Tu cherches quoi au juste ?
On veut notre bien.
Un syndicat permettra à chacun de gagner décemment sa vie !
Cette situation a assez duré.
La semaine dernière, Rizq s'est cassé la jambe : aucune aide.
Ça fait un mois que Shaheen est malade,
tout le monde s'en fout !
Et Abbas, comment pourra-t-il travailler désormais ?
Il faut un syndicat pour nous protéger et garantir notre travail.
Un syndicat ? Quel syndicat ?
Le syndicat, c'est moi ! Le patron, c'est moi !
Pas étonnant que tout aille mal !
Tu n'as qu'à partir si tu n'es pas content.
Tu ne me fais plus peur, Abou Gaber !
Abou Seri, je me rase la moustache si je ne te fais pas virer !
Essaie toujours ! Allez, Abbas.
Te voilà, que Dieu te bénisse !
Papa, où est Kenaoui ?
Bonjour, Abou Seri.
Que Dieu te bénisse, Madbouli.
Quelle chaleur infernale !
Quelles nouvelles du syndicat ?
Le délégué du gouvernement doit venir aujourd'hui.
Et toi qui te maries demain !
Bientôt ce sera le tour de ton fils !
Dépêche-toi de grandir, mon garçon.
- Merci. - Avec Hanouma, tu es bien tombé...
c'est une brave fille.
Je ne pensais pas me marier, tu sais.
Tout est pour le mieux. Sois courageux !
T'inquiète pas.
Une fois le syndicat formé, je n'aurai plus de soucis.
Vivement ton tour, l'éclopé.
Arrête, Tolba.
Je rigole.
- Il ne se mariera jamais, l'éclopé. - Et pourquoi pas ?
Il faudrait qu'on lui trouve une boiteuse !
S'il te plaît, laisse-le tranquille.
Il s'en fout.
Non, bien au contraire.
Dieu seul sait combien il souffre.
Je t'en prie, ne te moque plus de lui.
- Je sais que ça l'énerve. - Kenaoui...
...n'oublie pas de crier les titres du "meurtre de Rosette".
- Tolba ! - Oui ?
- Il faut vraiment une boiteuse ? - Vous serez assortis !
Et une borgne, ça va pas ?
- Si. - Alors j'épouserai ta sœur !
Tu vois bien qu'il s'en fout !
Bien dit, Kenaoui !
Allez, file !
Un jeton s'il vous plaît ?
Ne fais pas attention à Tolba, il dit des conneries.
C'est ta sœur qui a répondu, je ne lui ai pas dit mon nom.
Tu t'en vas pour 4 ans. Il faut que je te voie avant ton départ.
Je m'en moque.
Tu as passé toute la nuit avec eux. Je t'attendrai à la gare.
Trouve une excuse. Je t'attends. Je t'aime.
Le train pour Shibin El Kom part du quai 2...
Si je vois encore une de ces filles par ici, tu es viré.
Qu'est-ce que j'y peux ?
Comment va la vie, Zaqzouq ?
Pas fort, avec ces pestes de filles dans les parages !
Viens, Tolba.
Hallaouetoum ! Les flics sont à l'affût !
Je crierai "Fagafigo" s'ils arrivent.
- Hanouma ! - Oui ?
Attends que je reprenne mon seau à Kenaoui.
Hallaouetoum, attends-moi !
Tu as la langue bien pendue.
Tu es bien pire.
La petite peste ! Je te couperai la langue !
Allez, cours, Hanouma !
Attendez ! Attendez-moi !
Boissons fraîches ! Qui en veut ?
Une pour vous, monsieur ?
Laissez-moi vous rafraîchir !
Fagafigo !
Les flics ? Déjà ?
Désolée, c'est fini.
Je l'ai payée.
Poussez-vous ! Fagafigo !
- Poussez-vous, par pitié ! - Je finirai en prison.
Pousse-toi de là ! Tu vas mourir !
Cette fille va finir sous un train !
C'est ça que tu voulais me dire ?
Elle a 9 vies, comme les chats.
- Porteur ! - J'arrive !
- Qu'est-ce qui se passe ? - Hanouma a failli se faire écraser.
Hanouma, je t'ai mis 3 piastres de côté.
Pour quoi faire ?
Pour t'apporter des oranges en prison.
Je te rendrai la politesse quand ton tour viendra.
Ils pourraient nous foutre la paix !
Quand c'est pas les flics, c'est cet enfoiré de Mansour !
Et quand c'est pas Mansour, c'est Zaqzouq !
Quel manque de pot !
Assez pleurniché ! Il faut se battre pour gagner sa vie !
Facile à dire !
Tu as trouvé ton Prince Charmant, toi !
Arrêtez, il y a une gamine parmi nous.
Gamine ? Je prendrais bien ta place !
Allez, trouve-moi une malle pour mon trousseau.
Tu pars ?
Juste quelques jours. À mon retour, je serai madame Abou Seri.
Tiens.
Vous êtes folles !
Chaton !
Tu es mignonne.
Qu'est-ce que tu fous là ?
N'aie pas peur.
Je veux juste que tu sois plus prudente avec les trains.
Fous le camp !
Ne crie pas, je t'en prie.
- Au secours ! - J'ai quelque chose à te dire.
Juste un mot.
Lâche ma main.
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