The first 173 lines.
LES FILLES D’AWAJIMA
Eh bien, pas mal du tout !
SAORI YAMAGATA ET MIKAKO TAKEUCHI
Madame a une vraie suite rien que pour elle.
C’est le minimum, pour votre poule aux œufs d’or.
Mouais, c’est une façon de voir les choses.
Tiens, de la part du grand patron.
Oh, remercie-le bien.
Il n’arrête pas de me couvrir de fleurs.
Ton visage respire pas la gratitude.
Sans rire ?
Bah, pas facile d’être écartée de la scène de la sorte.
Attends, tu restes ?
T’as l’air d’avoir envie de parler.
Bah, l’enchaînement me chagrine.
Quand j’ai eu le rôle, je me suis dit que la chance me souriait enfin.
Mais voilà, il suffit d’un rien pour que tout tombe à l’eau.
Ta priorité, c’est de te reposer.
Oui, c’est pas comme si j’avais le choix.
Tu sais qui te remplace ?
Oui.
Mikako, je crois.
La boucle est bouclée.
Saori !
Tu as vu ça ? Pour la double distribution.
On a dû t’approcher.
En effet. J’imagine que toi aussi.
C’est ça.
J’ai hâte.
Moi aussi.
T’es brûlante, ma pauvre !
Ça va aller ?
T’as le visage tout rouge et t’es en nage.
Et donc ?
Et donc, ça se serait mieux goupillé si t’avais joué hier…
J’ai pas besoin d’entendre ça !
Désolée.
Il y a que deux représentations. T’as eu ta chance hier.
Là, c’est à mon tour.
Tu croyais que t’allais prendre ma place ?
Enfin, pas du tout !
Pardon.
C’est la fièvre, ça me fait dire n’importe quoi.
Oublie.
T’en fais pas.
C’est hors de question de m’effondrer sur scène
alors que je débute à peine.
Ne ris pas si ça arrive.
Jamais de la vie.
Mikako a tenu bon.
Mais elle ne garde aucun souvenir de l’ovation qu’elle a reçue.
UEDA – TAKEUCHI
Entrez !
Comment va Mikako ? On peut repasser si elle dort.
Je crois qu’elle est réveillée.
Takeuchi, tu as de la visite. Yomogida et Yamagata sont là.
J’arrive.
Je vais vous laisser tranquille. Prenez votre temps.
C’est gentil.
Oh non, t’en fais pas ! Reste couchée !
Je m’attendais à te trouver à l’infirmerie.
Je suis plus à mon aise ici.
T’es malade, hein. T’as besoin de repos.
Cadeau.
On passait juste te les donner.
Merci.
Mets-les dans un vase.
Déjà la fin du cursus…
J’ai pas vu le temps passer.
Pourvu qu’on partage la scène à nouveau.
Ensemble envers et contre tous.
Et pourtant, Mikako est la première à avoir été laissée sur le bas-côté.
T’es au courant, pour Mikako ?
Pas vraiment. Elle a été hospitalisée, c’est ça ?
Son état était plus préoccupant qu’il n’y paraissait,
et les choses se faisant,
Mikako a peu à peu disparu du devant de la scène.
Je me demandais.
Quoi ?
Notre représentation à l’école, là.
C’était peut-être pas qu’un simple rhume.
C’était un signe, tu penses ?
Va savoir.
Je saurais même pas quoi lui dire.
Et c’est ainsi
que nous avons laissé Mikako sombrer dans l’oubli.
Notre invitée du jour est Mikako Takeuchi !
Eh bien, c’est ce qu’on appelle un accueil chaleureux.
Oh, c’est le succès de l’émission qui fait cet effet.
Vous avez eu un parcours des plus atypiques.
Après vous être formée à Awajima,
vous avez intégré son théâtre.
C’est une surprise pour le public.
N’exagérons rien.
Je n’y suis pas restée très longtemps.
Il semblerait, oui. Vous avez mis votre carrière en parenthèse
à cause d’une longue affection.
C’était moins une pause qu’un départ, hélas.
Certes, mais c’était pour mieux revenir.
D’ailleurs, est-ce vraiment votre rencontre
avec le metteur en scène qui a motivé votre retour ?
Tout à fait.
Miyajima et moi, ça remonte à bien des années en arrière.
Enfin bon, je ne suis là qu’en remplacement.
Je vais faire mon possible pour être à la hauteur
de notre Yûki Kaburagi pendant sa convalescence.
MIKAKO TAKEUCHI ET SAORI YAMAGATA
Je m’en fais pour toi, tu sais.
Tu as la santé fragile.
Désolée.
Tout le monde se réjouit de ce nouveau départ,
et moi, je ne peux pas m’empêcher de penser au pire.
C’est rien.
Ses inquiétudes n’étaient pas infondées.
Mikako ! Ta maman est venue te voir.
Tu regardais quoi ?
Un avion passer.
Ah, mais oui. C’est vrai que tu aimerais devenir hôtesse de l’air.
T’as apporté quoi, dis ? Des mangas ?
Bonne réponse.
Ta pauvre mère n’y connaît rien,
c’est la libraire qui a choisi pour moi.
La patiente qui partageait ma chambre est morte il y a peu.
On devrait éviter de lui mettre ça entre les mains.
Arrête un peu.
Au contraire, ça lui remonte le moral.
Peut-être, mais bon.
Elles sont trop belles !
Elles passent au Green Hall le mois prochain.
Sérieux ? Je veux y aller !
Ça te ferait plaisir ?
Très. Je suis curieuse.
C’est d’accord, mais à condition que tu reprennes des forces.
Ma mère faisait tout son possible
pour essayer de me changer les idées.
Durant mon hospitalisation,
je me suis prise de passion pour bien des choses,
mais la revue Awajima a été de loin ma plus grande révélation.
C’est bon, t’as tout ?
Oui. J’ai fait expédier le plus important en amont.
Enfin, pas de quoi en faire tout un drame.
Ta mère a toujours eu la larme facile.
Allons, je serai avec elle, ça va aller.
T’es sûre que t’as rien oublié ?
Sûre et certaine.
J’aurais peut-être dû lui proposer de nous accompagner.
Certainement pas.
Le train aurait pas pu partir avec la scène qu’elle aurait faite.
Elle a pas insisté justement parce qu’elle en avait conscience.
Quand même…
Elle s’en remettra, va.
Crois-moi, ce sera tout oublié quand elle verra
que tu as pris tes marques.
Oui.
Et voilà, c’est à mon tour.
Être émotif, c’est de famille.
Une double distribution ?
C’est déjà joué !
Excusez-moi ! Je peux passer un appel ?
Bien sûr.
Allô, maman ?
Oui. Les rôles viennent d’être attribués.
Mais enfin ! Arrête de pleurer, tu veux.
C’était affiché en salle des profs, non ?
Tu aurais pu appeler de là-bas.
Oh non ! Je voulais pas que les professeurs m’entendent !
En tout cas, tu peux être fière de toi.
C’est gentil, merci.
Tiens.
Est-ce que ça va ?
Ouais…
Merci.
Désolée. Je dois être déshydratée.
No comments yet. Be the first to leave one.