The first 200 lines.
Ce documentaire aimerait remercier personnellement :
C'était le phénomène des années 20.
Quand on pense qu'à l'époque, il était aussi connu que Lindbergh !
Son histoire reflète la nature de notre civilisation,
le caractère de l'époque,
pourtant c'était l'histoire d'un seul homme.
Tous les thèmes de notre culture y étaient :
l'héroïsme et la volonté entre autres.
Mais, avec du recul, c'était vraiment étrange.
C'est ironique de voir avec quelle rapidité il est tombé dans l'oubli
quand on connaît l'ampleur du succès qu'il a eu.
Bien sûr, il amusait les foules, mais il les émouvait aussi,
peut-être d'une manière dont ils se seraient bien passés.
Cette histoire est pour le moins bizarre.
Nous sommes en 1928.
L'Amérique, après une décennie de prospérité inégalée, bat son plein.
C'est l'ère du jazz. Les rythmes sont syncopés,
la morale s'est relâchée, l'alcool est moins cher, quand on en trouve.
La vogue est aux héros en tout genre, aux cascades les plus folles,
aux bars clandestins et soirées flamboyantes.
Voici une garden-party typique, à Long Island,
chez M. et Mme Henry Porter Sutton,
mondains et mécènes.
Des hommes politiques et des poètes côtoient la crème de la haute société.
Parmi eux, se trouve Scott Fitzgerald,
qui s'apprête à immortaliser les années 20 pour les générations à venir.
Il décrit dans son carnet
un curieux petit homme du nom de Leon Selwyn ou Zelman,
sans aucun doute un aristocrate
louant les riches en compagnie d'autres mondains.
Il encensait Coolidge et le parti républicain,
avec un accent distingué de Boston.
"Une heure après," écrit Fitzgerald,
"ce même homme, à ma grande surprise, parlait au commis de cuisine."
"Il prétendait être un démocrate, parlant avec un accent de rustaud,
comme s'il était un des leurs."
C'est la toute première fois que Leonard Zelig est remarqué.
La Floride, un an plus tard.
Un étrange incident survient dans le camp d'entraînement des New York Yankees.
Les journalistes, anxieux d'immortaliser les exploits des batteurs,
remarquent un curieux nouveau joueur attendant son tour après Babe Ruth.
Son nom, Lou Zelig, est bien sur la liste
mais aucun dans l'équipe n'a entendu parler de lui.
Les gardes de la sécurité sont appelés et l'expulsent de l'enceinte.
Le lendemain, un encart signale l'incident.
UN IMPOSTEUR CHASSÉ DU CAMP YANKEE
Chicago, Illinois, la même année.
Une soirée privée est donnée dans un bar clandestin.
L'élite de la haute société s'y trouve. L'on y danse et boit du gin maison.
Ce soir-là, Calvin Turner, un serveur, était de service :
Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de gangsters.
Ils donnent de bons pourboires
et on essaie de soigner nos clients.
Mais cette nuit-là, j'ai vu ce type étrange entrer.
Je ne l'avais jamais vu avant, j'ai demandé :
"John, tu le connais ? Déjà vu ?"
Il regarde et dit : "Non, jamais vu."
"Je sais pas qui c'est, mais il a l'air d'un gros dur."
Je regarde à nouveau mais il a disparu.
Je ne sais pas où car, à ce moment-là, la musique allait démarrer.
L'orchestre s'est mis à jouer
et je vois un homme de couleur à la trompette.
Il jouait comme un dieu.
Je l'ai regardé et je me suis exclamé :
"Il ressemble au gangster, à part qu'il était blanc et que lui est noir."
Je n'y ai rien compris.
New York. Quelques mois plus tard.
La police mène une enquête sur la disparition de l'employé Leonard Zelig,
signalée par sa logeuse et son employeur.
Ils le décrivent à la police comme un être étrange et très discret.
Seuls deux indices sont trouvés dans son appartement de Greenwich Village.
Une photo de Zelig avec Eugene O'Neill,
et une de lui dans le rôle de Pagliacci.
Une piste les mène à Chinatown
où, dans une arrière-boutique,
un curieux Oriental correspondant à la description de Zelig est découvert.
Suspicieux, les détectives essaient d'ôter son déguisement
mais ce n'en est pas un, et une bagarre explose.
Il est emmené de force à l'hôpital de Manhattan.
Dans l'ambulance, il jure et peste en chinois, du moins, on aurait dit.
On lui enfile la camisole de force.
Lorsqu'il sort du véhicule 20 minutes plus tard,
chose incroyable, il n'est plus chinois mais blanc.
Des internes déconcertés le mettent en observation.
À 7 h, le Dr Eudora Fletcher, une psychiatre, fait le tour des malades.
Quand j'ai entendu parler de ce cas pour la première fois,
je n'ai rien trouvé d'étonnant.
Et quand je l'ai vu pour la première fois, c'était bizarre
car je l'ai pris pour un docteur.
Il avait une attitude très professionnelle.
La jeune psychiatre Eudora Fletcher est fascinée par Leonard Zelig.
Elle persuade ses collègues conservateurs
de la laisser étudier ce nouveau patient.
- Que faites-vous ? - Moi ? Je suis psychiatre.
- Ah oui ? - Je travaille sur le délire paranoïde.
- Racontez-moi. - Il n'y a pas grand-chose à dire.
Je travaille surtout en Europe
et j'ai écrit de nombreux articles psychanalytiques.
J'ai beaucoup étudié. J'ai travaillé avec Freud à Vienne.
Mais on a différé sur le concept d'envie du pénis.
Freud voulait le limiter à la femme.
Il ne divaguait pas.
C'était juste un amalgame de termes psychologiques
qu'il avait dû entendre ou lire quelque part.
Le plus étonnant était qu'il s'exprimait très aisément
et qu'il aurait pu convaincre un non-spécialiste.
Qui était ce Leonard Zelig
qui partout semblait créer des impressions diverses ?
On savait juste qu'il était le fils d'un acteur yiddish,
Morris Zelig, dont l'interprétation du rôle de Puck
dans la version orthodoxe de Songe d'une nuit d'été a été boudée.
Le second mariage de Zelig père est marqué par de constantes disputes,
à tel point que, bien que la famille loge au-dessus d'un bowling,
c'est le bowling qui se plaint du bruit.
Garçon, Leonard est souvent tourmenté par les antisémites.
Ses parents, qui ne prennent jamais sa défense et l'accusent de tout,
prennent le parti des antisémites.
Ils le punissent souvent en l'enfermant dans un cagibi noir.
Quand ils sont très en colère, ils s'y enferment avec lui.
Sur son lit de mort, Morris Zelig confie à son fils
que la vie est un cauchemar incompréhensible,
et le seul conseil qu'il lui donne est d'économiser la ficelle.
Son frère Jack fait une dépression nerveuse
et sa sœur Ruth se met à voler et à boire.
Malgré tout, Leonard Zelig semble s'adapter à la vie.
Curieusement, il semble s'en être bien sorti.
Puis, soudainement, son comportement devient de plus en plus étrange.
Fascinée par le phénomène Zelig,
Dr Fletcher met au point des expériences
et invite les sceptiques de l'hôpital.
Sous l'œil attentif des docteurs, Zelig devient un parfait psychiatre.
Quand deux Français sont amenés,
Zelig entre dans le rôle et se met à parler en bon français.
En présence d'un Chinois, il commence à développer des traits orientaux.
La presse a vent de l'histoire
et le public, assoiffé de nouveautés, est immédiatement captivé.
UN HUMAIN QUI SE TRANSFORME
La pression est telle que Dr Allan Sindell est obligé de faire une déclaration.
Nous commençons juste de réaliser les dimensions
de ce qui pourrait être le phénomène scientifique de notre époque
et peut-être de tous les temps.
Chaque jour, de nouvelles histoires sur la maladie de Zelig sont publiées.
Bien que les médecins prétendent avoir la situation en main,
tous les diagnostics diffèrent.
C'est glandulaire. Bien qu'il n'y ait aucune preuve de dysfonctionnement,
il doit y avoir un problème au niveau des sécrétions.
C'est la nourriture mexicaine qu'il a mangée.
Cette manifestation est d'origine neurologique.
Ce patient souffre d'une tumeur au cerveau,
et ça ne me surprendrait pas qu'il meure bientôt.
Nous n'avons pas encore pu localiser la tumeur
mais nous continuons de chercher.
Ironiquement, deux semaines après,
c'est le Dr Birsky qui meurt d'une tumeur au cerveau.
Leonard Zelig se porte bien.
Après des semaines d'examens et de spéculations,
Eudora Fletcher en vient à se dire que le patient souffre peut-être
non pas d'un problème physiologique
mais d'un problème psychologique.
C'est la nature instable de Zelig, selon elle,
qui explique ses métamorphoses.
Le comité directeur des médecins rejette cette notion.
Ils en concluent que la maladie de Zelig est due à un rachis tordu.
Des tests leur donnent tort et causent un problème passager au patient.
La presse et le public sont insatiables,
complètement absorbés par ce drame.
La saga de cette étrange créature de l'hôpital de Manhattan continue.
Ce matin, des expériences ont été réalisées.
Des femmes de différents types ont été mises en présence du sujet.
Aucune mutation n'est observée. Les autorités en concluent
que le phénomène n'a pas lieu avec les femmes.
Aujourd'hui, c'est au tour du nain et du poulet.
Un patient d'hôpital étonne le monde médical.
Un homme ordinaire doté de dons extraordinaires.
Leonard Zelig continue d'étonner les scientifiques de l'hôpital de Manhattan
où de nombreux tests n'ont pu
déterminer la nature de cette incroyable manifestation.
Il est placé à côté de deux mastodontes à la demande des docteurs.
Les hommes discutent de leur obésité. Zelig, d'abord réticent, s'en mêle,
affichant d'un seul coup un poids de 115 kilos.
Puis, en présence de deux Noirs,
Zelig se transforme aussitôt en Noir.
Que vont-ils encore inventer ?
Pendant ce temps, les Américains réagissent de façon diverse.
J'adorerais être Lenny Zelig, le mutant.
Je serais différentes personnes et mes souhaits se réaliseraient peut-être.
Leonard Zelig est l'un des grands hommes
des États-Unis d'Amérique.
Il est épatant.
Tentant une nouvelle approche, Dr Fletcher hypnotise son patient.
Dites-moi pourquoi vous adoptez les caractéristiques
de la personne avec laquelle vous êtes.
C'est sécurisant.
Qu'entendez-vous par "sécurisant" ?
C'est sécurisant d'être comme les autres.
Vous voulez être en sécurité ?
Je veux être aimé.
Sondant l'inconscient de Zelig, Dr Fletcher assemble peu à peu
les pièces du puzzle comportemental de Zelig.
Partageant son temps entre l'hôpital et la bibliothèque,
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