The first 200 lines.
Le développement des mouvements anarchistes avait marqué la fin du XIXe siècle
d'une véritable épidémie terroriste.
Les attentats se succédaient.
Mais le principe de la reprise individuelle
devait bientôt transformer ces actes de désespérés en délits de droit commun
commis par des bandes organisées se réclamant de principes anarchistes.
La riposte fut rapide.
Et la vogue de ces bandes criminelles toucha à sa fin.
Les derniers survivants de la bande à Bonneau sont tous sous les verrous.
Tous, sauf un.
Louis Lacombe, le moins connu, mais peut-être le plus dangereux.
Prêt à tout pour les délivrer,
dût-il faire sauter le carré de la guillotine.
Pendant ce temps-là, dans les romans.
Certains nous expliquent comment.
Faire un casse tranquillement.
Pour tuer le temps.
Je voudrais les y voir.
À notre place.
Pour ne pas en prendre pour vingt ans.
Je vous parle.
Tenez, lisez ça.
Au père des flics, tous tes chiens servants
ne m'empêcheront pas de tenir parole.
Votre fin est proche. J'arrive, nez de chien.
Encore un fou.
Reste à savoir s'il mettra sa menace à exécution.
Je le crains.
Il existe une lettre de Bonneau.
Volonté de Spartiate.
Soudé dehors par de petits jeunes bourgeois, semble-t-il.
Et peut-être à cause d'elle.
On raconte qu'un jour,
Lacombe a saisi une braise ardente, l'a serrée dans son poing
sans que son visage trahisse la moindre crispation.
Lacombe? On n'a rien sur lui dans nos fichiers.
Il y en a peu à sa force.
On sait très peu de choses sur lui. Il a toujours échappé aux enquêtes.
Bonneau parle d'un véritable sixième sens
qui lui ferait flairer le danger à une lieue.
D'où son surnom de « la Hyène ».
C'est incroyable?
Pas beaucoup plus que ce que je viens de vous dire.
Aucun rapport, aucun témoignage ne fait allusion à lui.
Pas de signalement, pas d'attaches, pas de piste.
Des coups durs en vue, si je comprends bien.
C'est pour ça que je vous confie l'affaire.
Sait-on où elle a été postée?
Toulouse. D'après le cachet.
S'il ne bluffe pas, il doit déjà être en route.
C'est bien possible.
La position du corps.
Lacombe l'a foudroyé à bout portant.
Il s'appelait Tardy.
Francis Tardy.
Comment ça s'est passé?
D'après les témoins,
Tardy est entré dans le compartiment pour vérifier
les billets. Là, on sait par exemple qu'il a
dû connaître Lacombe autrefois. Toujours
est-il qu'il a essayé de se faire reconnaître de lui.
C'était imprudent.
Sans doute ignorait-il ce que Lacombe était devenu.
Et alors?
Après, tout est allé très vite.
Lacombe a sorti son revolver et l'a abattu de deux balles.
Puis il a tiré l'alarme et s'est enfui dans les bois. Les
recherches n'ont rien donné. Lacombe a disparu comme un feu follet.
Tu as la déposition des témoins?
Oui.
Tiens.
Le premier dit, autant que je m'en souvienne,
l'assassin m'a paru grand et mince, avec des cheveux châtains.
Le second: un individu frêle et de petite taille,
aux cheveux foncés et portant moustache.
Quant au troisième, un garçon pâle, aux yeux de braise,
assez large d'épaules et portant un fin collier de barbe.
Avec ça, on n'est pas avancés. Tout ce qu'on
sait, c'est que Lacombe se balade quelque part à Paris.
Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Oui. Et pas n'importe laquelle.
Camarades, c'est fini pour ce soir. Prochaine réunion dans quinze jours.
À demain.
Bonsoir, Guillaume.
Bonsoir, François.
Ah, c'est vous.
Une réunion privée.
La privée est fermée, je peux recevoir qui je veux chez moi.
Enfin, il ne s'agit pas de ça.
Alors, que voulez-vous?
Lacombe.
Qu'est-ce qui vous fait croire que je voudrais vous aider?
Écoutez, Guillaume,
je sais que vous n'approuvez pas Lacombe.
Un type comme lui ne sert votre cause, ni aucune autre, sauf la sienne.
Donc votre intérêt, comme le nôtre,
c'est de vous en débarrasser au plus vite.
Fatiguez pas, Valentin.
D'une part, j'ignore où se trouve Lacombe.
Et même si je le savais, jamais vous ne feriez d'un anarchiste un mouchard.
Lacombe, c'est votre affaire, pas la mienne.
Ah, crois-moi, Paul.
Lacombe, il n'est pas fou.
Venir se cacher ici? C'est l'anarchiste le plus connu de Paris, jamais de la vie.
Tu ne crois pas?
Il y a quelqu'un pour toi.
Qui?
Bonsoir, camarade.
Je suis Lacombe.
Que viens-tu chercher ici?
L'aide des compagnons parisiens pour libérer mes frères emprisonnés.
Écoute, Lacombe.
Toi et les tiens, vous faites fausse route.
Je ne suis pas venu ici pour entendre un sermon.
Alors, oui ou non, les anarchistes parisiens sont-ils prêts à m'aider?
C'est non, Lacombe.
Sans l'ombre d'une hésitation.
Merci.
J'ai tout ce que je voulais savoir.
J'irai donc seul.
Sans l'ombre d'une hésitation.
Je suis navré, Lacombe.
Profondément navré de te voir gaspiller ton courage dans une lutte sans issue.
La lâcheté trouve toujours un prétexte.
Nous n'avons que faire de héros. Ce romantisme-là est encore un luxe bourgeois.
Je vois qu'ici, on préfère les mots aux actes.
C'est ce qu'il y a de mieux ici.
Du procureur Presseur.
C'est lui-même qui doit requérir contre la bande à Bonneau.
Tenez, voilà ce que j'ai reçu ce matin.
Ce garçon semble avoir une haute opinion de lui-même.
Oui, celle qu'avoue le garde des Sceaux est bien moins flatteuse.
Quant à la mienne,
mieux vaut se taire.
S'il était à sa place, il n'aurait pas le temps de jouer.
Encore faudrait-il savoir à quoi il ressemble.
Ah, tu me reconvoques tous les voyageurs du compartiment et tu les interroges toi-même.
Bien.
C'est pas grave.
Voilà.
Les bâtards sont au fond du couloir.
Vous pouvez rester longtemps.
Ça dépend.
C'est si sombre, vous savez, dans ce compartiment.
Mais enfin, quand le contrôleur est entré, il a bien dû allumer la lumière.
Oui, mais chacun regardait ses billets.
À votre avis,
entre le moment où Tardif, le contrôleur, est entré,
et celui où Lacombe lui a tiré dessus, il s'est écoulé combien de temps?
Je ne saurais pas dire.
Mais ils ont d'abord parlé un moment ensemble.
Et vous vous souvenez de ce qu'ils ont dit?
Eh bien…
Le contrôleur voulait se faire reconnaître de lui,
et l'autre n'avait pas l'air de comprendre.
Je me rappelle, il lui a même dit: « Enfin, Lacombe, on était à l'école ensemble »,
ou quelque chose comme ça.
Bien. Merci, mademoiselle.
Au revoir, monsieur.
Renseigne-toi sur Tardif et trouve le village où il a été à l'école.
Là-bas, on aura peut-être des renseignements sur Neptune.
Bonjour, monsieur.
Dites-moi, Ferdinand est là?
Ferdinand, c'est pour toi.
Merci.
Allez, viens.
L'explosif était le même dans les deux cas.
Oui, c'est évident.
Les éclats?
L’ermite de Fontaine, classique.
Rien d'autre?
Bon, merci.
Ah, plus jaune.
Alors?
Bon.
Très bon.
Mais non, mon vieux, un bled épouvantable.
T'as soif?
Merci.
Les parents de Tardif ont fait ce qu'ils ont pu pour
m'aider, mais la famille Lacombe n'existe plus là-bas.
J'ai eu de la chance. J'ai rencontré un jeune paysan
qui avait fait son service militaire avec notre homme.
Il a fouillé sa vieille boîte à souvenirs et
regarde un peu ce qu'il m'a trouvé.
Là, Lacombe, c'est celui-là.
Oui?
Excusez-moi, c'est pour la chambre.
Je voulais savoir si vous la gardiez. - Je ne sais pas.
Ça n'a pas d'importance.
Excusez-moi.
C'est lui, je vous dis. Je l'ai bien connu dans le journal.
Je vais monter dans sa chambre pour m'en assurer.
Vous auriez mieux fait de vous en abstenir. J'espère
qu'il n'est pas trop tard. Pujol, Thérasson, allons-y.
Il est peut-être sorti, mais j'en suis pas sûr.
Lacombe, ouvre!
Ouvre, Lacombe!
L'oiseau s'est envolé. Allez-y.
Permettez? Merci.
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