The first 146 lines.
Je me suis réveillée
Seule et délaissée
Sur une page tournée
Je ne voyais rien autour de moi
Ni horizon ni destination
C’est là que ta voix s’éleva
En appelant mon nom
J’ai cherché mes mots tant bien que mal
Et je me suis mise en route non sans mal
À un rythme irrégulier
Je continuais de fredonner
En entendant le monde
Asa.
– S’effondrer – Asa !
Désolée, ça te déconcentre ?
Chante du Justin Bieber, plutôt.
C’est mort.
Allez, sois sympa.
Au menu du jour, escalopes panées et épinards… non, c’est pour demain.
Aujourd’hui, c’est salade
et assortiment de légumes.
Eh ben, ça fait envie. J’ai entendu un « ding ».
Attends, tu parles du micro-ondes ?
Roh, c’est bon.
Ton téléphone sonne.
Je suis pas sourde.
T’es une grande fille, réponds.
Ça me soûle.
Oui, c’est Kôdai.
Bien sûr.
C’est gentil d’appeler.
Y a pas à dire, j’ai une vie plus saine depuis que t’es là.
– Paie-moi. – Dans tes rêves.
Je pourrais gérer le ménage.
Oublie. T’en fais déjà assez comme ça.
Ouais, bien assez.
Je peux me coucher ?
Prends mon lit.
Je préfère mon coin.
Laisse, la lumière me dérange pas.
Le pianotement des touches.
Parfois, il s’interrompt,
pour reprendre de plus belle.
Le bruissement du papier.
De longs et profonds soupirs.
Des rideaux jamais tirés
qui laissent passer l’éclairage de la rue.
Sous des montagnes de livres,
moi, ensevelie.
Qu’est-ce que tu fiches ?
J’immortalise ta beauté.
Mais bien sûr.
Je m’endors seule,
blottie derrière le trône
de la souveraine d’une contrée lointaine.
Une nuit comme je les aime.
ENTRE LES LIGNES
DÉBORDER
Tout le pays sera traversé d’éclaircies.
Attention, l’air sera relativement sec.
Place aux informations.
La nuit dernière, un camion a percuté une voiture à l’arrêt
sur l’aire de repos d’Ôtsuki de l’autoroute Chûô.
Les deux victimes,
Hajime Takumi et Minori Kôdai, qui étaient à l’intérieur du véhicule,
ont été déclarées mortes à leur arrivée à l’hôpital.
La fille du couple n’était pas à bord…
Makio.
Tu trouves rien à répondre ?
Je dis ça parce que je suis ta sœur, hein. T’es un cas désespéré.
Arrêt en pleine voie. N’essayez pas de descendre.
Votre attention, s’il vous plaît.
Notre train est actuellement à l’arrêt
suite à un incident.
Merci de patienter jusqu’à la reprise du trafic.
Ah, Makio.
Navrée de te déranger de bon matin.
Et l’identification ?
Comment ça ?
Ben, des corps.
On va pas lui infliger ça.
Apparemment, ils font une autopsie.
On nous a pas laissé le choix.
Tout de même, tu parles d’un endroit glauque pour patienter…
Ma… Makio ?
Oui, c’est ta tante. La sœur de ta maman.
Tu ne dois pas te souvenir d’elle, tu étais trop petite.
Bon, je vais m’occuper de la paperasse.
Ce serait bien que tu l’héberges quelque temps.
Et un hôtel ? J’ai pas de quoi l’accueillir.
Sois pas si égoïste. Tu vis seule, t’as toute la place qu’il faut.
Je te laisse gérer.
Moi, c’est Makio.
Euh, ça va me revenir…
Asa Takumi.
Asa, oui. C’est ça.
T’as faim ?
T’as envie de manger un bout ?
Ça te dit ?
Ça me dit.
Mange.
Puisque t’insistes…
Hésite pas à recommander.
Te force pas à manger non plus.
Ça roule.
Une autre tournée ?
Oui, merci…
On est pas pressées.
Tu peux dormir.
Tu es triste ?
Tu sais pas trop ?
Y a rien d’étrange à ça.
T’auras tout le loisir de l’être en temps voulu.
Et toi, alors, Makio…
ça te fait quoi ?
En toute franchise,
ça m’attriste pas le moins du monde.
Je détestais ma sœur.
Par contre, je suis sincèrement désolée pour toi.
Un journal, oui.
Tu devrais peut-être en tenir un.
Comme ça,
tu pourras y consigner
tout ce qu’on te dit et tout ce qu’on ose pas te dire,
tout ce que tu ressens là et tout ce que tu ne ressens pas.
Oui, tu devrais coucher ça sur le papier.
Et même si tu n’y reviens pas,
qui sait, il pourrait finir par te faire office de phare dans la nuit.
Le seul journal que j’ai eu, c’était pour mes volubilis.
Elle m’a répondu
que j’aurais tout le temps
de m’inquiéter de la croissance des fleurs
une fois adulte.
Un journal, hein…
La voiture dans laquelle étaient mes parents…
ENTRE LES LIGNES
Mais ce n’est pas la fille biologique de Minori, si ?
Ce que l’on me dit…
Et quel lien, au juste ?
Ça, par contre…
… et ce que l’on évite de me dire.
Et l’autre côté de la famille ?
J’ai vite compris
où elle venait en venir.
Enfin, Kyôko, je te trouve dure.
Ça m’ennuie tout autant, mais si,
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