The first 200 lines.
Mesdames et messieurs, ici votre capitaine. Nous approchons de l'aéroport de Timmins.
Il est 6h30, heure locale, et vive le printemps.
La température est de 7, des rafales de neige sont prévues.
J'espère que vous avez fait bon voyage. Bon séjour en Ontario.
Café ?
Ça vous ennuie si je m'assois ?
Je prends votre commande ?
- Un coca, s'il vous plaît. - Light ?
Oui, je bois sans sucre et je mange comme quatre.
Je plaisante...
Un coca light. Merci.
Vous lisez quoi ?
"Passe l'éponge, allume la chandelle."
C'est un roman ?
Disons, une pure fiction.
Je vais en écrire, ça rapporte un max de thunes.
Vu tous les gogos qui cherchent un sens à leur vie...
J'ai un titre mortel: "L'enfant qui saignait à l'intérieur."
Ça vous parle ?
C'est très bien.
Je sais pas encore quel aspect de la misère humaine je traiterai...
mais le titre me plaît bien. Je veux l'exploiter.
Vous êtes anglais ?
Vous avez l'air particulièrement bavarde...
et sans vouloir être impoli, je ne suis pas... bavard.
Vous seriez peut-être mieux à une autre table.
Franchement, vous les avez vus ?
Écoutez, il y a des tables de libres.
Vous savez pourquoi je suis là ?
Parce qu'on voit que vous avez besoin de parler.
Que ça vous est pas arrivé depuis une éternité.
- C'est la vraie raison ? - Oui.
Et parce que je fais du stop. Vous sembliez être le plan le plus sûr.
Désolé.
Bonne chance.
On a changé d'avis ?
Non, de vitesse. Mais c'est une automatique.
Alors bonne chance.
Je vais à Winnipeg. Vous descendrez quand j'en aurai assez ?
Bien sûr. Sans problème.
C'est pas tout près, Winnipeg.
- Je m'appelle Vivienne, au fait. - Alex.
Je dois vous avouer que je sors de prison.
Escroquerie ?
J'ai tué quelqu'un.
- Alors, ce meurtre... - Je n'ai pas envie d'en parler.
Je voulais vous faire comprendre que les gens ordinaires sont souvent à éviter.
D'accord. Message reçu. Se méfier des gens ordinaires.
Vous êtes mal à l'aise ?
Sûr ?
Peut-être un peu.
En tout cas, j'ai pas peur.
Ma mère a peur de tout et je compte pas lui ressembler.
J'avais trop faim, fallait que je m'arrête, mais ça fait peur...
Il faut pas, tatouages et caries font partie de leur charme.
Ils feraient pas de mal à une mouche.
Je parlais de la nourriture.
Des enfants ?
Ah bon ? À votre âge, pas d'enfants ?
Pas assez de spermatozoïdes ?
Pas assez de rencontres.
Je connais ça. Je plais pas aux mecs de mon âge.
Vous êtes pourtant séduisant. C'est quoi, votre excuse ?
Je ne veux pas en parler.
En voilà une surprise...
Temps très changeant.
Des conditions météo variables et pas forcément bienvenues, disons-le.
Seule consolation, dans le sud-ouest...
Bon, on est là, on mange ensemble.
Si j'étais un peu plus âgée, ce serait romantique.
Un peu ? Vous êtes généreuse.
Je connais la musique: je me livre un peu, puis c'est votre tour.
D'accord. Mes parents sont morts et j'ai un frère.
C'était pas si dur.
Il me hait.
Ben alors. Silence radio et d'un coup les vannes s'ouvrent.
Allez, Alex.
On est radicalement différents.
Il est beau et très sportif.
Il travaille à la bourse. C'est un crack, quoi.
Un crack.
Vous savez ce qu'on dit: "Derrière tout homme qui réussit, il y a une femme frustrée."
On dit ça ?
Ouais, on dit ça.
Il est homo.
Eh ben, la preuve.
J'assure grave.
Regardez.
Des boules lumineuses qui font de la musique.
Elle en rêve, j'imagine.
Vous connaissez pas ma mère, M. Sarcastique.
Elle va halluciner en les voyant.
J'ai hâte de voir sa tête.
J'adore cette chanson.
Ça va ?
Vivienne.
Putain de merde.
Ça va ?
Il y a quelqu'un dans la voiture.
Il y a quelqu'un à l'intérieur.
Je suis désolé.
Venez.
Faut la sortir de là.
M. Hughes ?
Tâchez de rester dans la région. Le temps d'enregistrer les dépositions.
Question de procédure.
Clyde, le truc urgent est là. Tu veux que je...
D'accord, Meryl.
Désolé, M. Hughes, je vais devoir...
Mon collègue a sorti des affaires à vous.
Vous récupérerez le reste plus tard.
Vous vérifiez qu'il n'y a rien à Mlle Freeman ? À tout de suite.
J'aimerais parler à sa mère.
Pardon ?
La mère de Vivienne.
C'est toujours un moment difficile pour la famille.
- J'en suis conscient. - Navré, monsieur, mais j'en doute.
Si c'était votre fille, voudriez-vous parler au chauffeur ?
Je n'ai pas tué Vivienne, c'est le routier.
Bien sûr, mais ce ne serait pas professionnel de vous donner des coordonnées.
N'est-ce pas ?
Au revoir, Florence.
J'aimerais parler à Mme Freeman.
Pourquoi ?
Mme Freeman...
je peux entrer ?
Je vous connais ?
Je m'appelle Alex Hughes.
Je voulais vous parler quelques minutes.
À quel sujet ? Je suis occupée et je parle pas aux gens.
La police est passée vous voir ?
Oui, ils sont venus il y a deux heures et vingt minutes.
Donc, vous savez ?
Oui, Vivienne est morte.
C'est tout ?
Je voulais juste vous dire que je l'avais prise en stop.
C'était un accident.
Je suis vraiment navré.
Vivienne vous a acheté quelque chose qui devait vous plaire, selon elle.
Des dingoboules ? Elle m'a acheté des dingoboules.
Ça va ?
Enlevez vos chaussures et mettez-les près des autres.
Ne les dérangez pas.
Je suis censée vous offrir à boire. Une tisane ? J'en ai dix-sept variétés.
Non, n'entrez pas dans ma cuisine. C'est interdit.
Je vous fais celle à la réglisse.
Je l'aime pas. On dirait du pipi de chat.
Vous vivez seule ?
Quelqu'un peut...
rester quelques jours avec vous ?
J'ai deux parents, en randonnée dans l'Algonquin.
Ils sont hors réseau.
Peut-être que la police vous trouverait quelqu'un à qui parler...
quelqu'un de compétent.
- À propos de quoi ? - De ce qui est arrivé.
Je voulais juste vous expliquer.
Je ne suis pas doué pour ce genre de chose.
- Vos vêtements. - Pardon ?
Enlevez vos vêtements. Donnez-les-moi.
Je vous les rendrai.
Je veux pas que l'humidité salisse ma moquette.
Enlevez vos vêtements, je vous en donne des secs.
Au fait, c'est mon troisième sweat préféré, alors le gardez pas.
Me regardez pas, je fais ma vérification.
Je vérifie la cuisine quand je l'utilise et quand je l'utilise pas.
- Ça doit vous prendre du temps. - Oui.
C'est Marylin, la chienne de Vivienne. Je la supporte pas.
Vivienne vivait avec vous tout le temps ?
Oui, elle est venue pour un court séjour il y a 3 ans et n'est pas repartie.
Avant, elle vivait chez mes parents.
C'est de là qu'elle revenait.
Pourquoi elle faisait du stop ?
Vivienne voulait être écrivain.
Son but était de monter en voiture...
avec les gens qui ont l'air le plus seul possible.
Elle les trouve passionnants.
Mme Freeman...
Tout ça est difficile pour moi.
Je suis venu m'excuser parce que votre fille est morte...
dans ma voiture.
Vous l'avez fait exprès ?
Bien sûr que non. On s'est arrêté...
Alors assis.
Et dites pas madame, appelez-moi Linda.
Vous devez être quelqu'un de bien...
vous prenez Vivienne en stop et vous me ramenez mes dingoboules.
La tisane n'est pas bonne ?
Il ne s'agit pas de ça.
La mort d'une inconnue vous rend triste ?
C'est la culpabilité, Linda. Je me sens coupable.
D'accord, parce que vous conduisiez.
Oui, parce que je conduisais.
Il vous a percuté, non ?
Oui, il m'a percuté.
Bon...
La revoilà, celle-là ?
Elle est déjà venue aujourd'hui, je la laisserai pas entrer.
Va-t'en, Florence. On veut pas de toi ici. Barre-toi.
J'ai besoin de rien. Fiche le camp.
Alex, dites-lui de partir.
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