The first 200 lines.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni...
Je t'ai dit de te taire.
Je prie.
Dieu ne pourra rien pour toi si les Italiens t'entendent.
Quand on arrivera, fais semblant d'être muette.
Fais la comédienne, joue le rôle de la muette.
ELEONORA DUSE
"Entre l'étable et la rivière, on m'a...
on m'a enterré dans cette boue de tranchée.
Comme fantassins perdus,
nous vivons nos aventures
incomplètes."
C'est fini ?
On applaudit notre Archiloque vivant,
sa poésie, sa joie de vivre !
Allez, file !
Un talent pour le comique.
Voici à présent de retour parmi nous
notre amphitryon, Ermete Zacconi !
Chers soldats,
aujourd'hui ne sera pas un jour de guerre et de tristesse.
Aujourd'hui, place à la vie !
Une femme que tous nous envient,
la 8e merveille du monde nouveau.
Messieurs et messieurs,
la marraine du Théâtre du Soldat,
la divine Eleonora Duse est ici pour nous !
Elle nous donnera peut-être un aperçu
de son grand talent.
Un honneur, madame !
Je parlerai d'ici.
Mes enfants,
l'Italie a besoin de vous
pour être à nouveau libre
et forte.
N'ayez pas peur.
N'ayons pas peur.
Vous vaincrez
et serez bientôt à nouveau chez vous.
C'est D'Annunzio !
C'est le Commandant.
Vive D'Annunzio ! Vive l'Italie !
Vive Eleonora Duse !
Vive Eleonora Duse !
Vive la Divine !
Mets-le là.
Là.
Évanouis-toi, ne résiste pas.
Évanouis-toi.
La voilà.
Appuie là.
Et désinfecte.
Fais une suture de matelassier.
Quel bel arbre !
Parfois, on dirait qu'il me regarde et qu'il me juge.
L'art peut nous sauver, peut-être.
Ou au moins nous consoler.
On adorerait vous revoir jouer,
madame Duse.
J'ai arrêté il y a presque dix ans.
Je n'ose même plus me considérer comédienne.
Pour la tuberculose, l'air d'ici est curatif.
Mais pas en ce moment.
Madame !
Vous êtes là !
Du calme.
Me laisser parmi tous ces soldats !
Je vous présente mon assistante.
Désirée von Wertheimstein.
Elle est autrichienne.
Major Nicastrelli.
Madame Duse, ce n'est pas un endroit pour vous.
Venez.
Veuillez m'excuser, madame.
Tu es Giacomino ?
Quel bel homme tu es devenu !
Vous m'avez donc reconnu.
Comment vas-tu ?
Encore en vie.
C'est toi qui étais sur scène ?
C'est un texte que tu as écrit ?
C'est très bien, Giacomino.
Je peux ?
C'est pour vous.
De l'avion ?
Gabriele !
Il se prend pour Dieu.
"Personne ne m'a aimé comme m'aimait Ghisola."
Tiens, c'est pour toi.
C'est votre tour, maintenant, les jeunes poètes.
Et toi, arrête de faire cette tête.
Viens.
La Première Guerre mondiale a fait plus de 37 millions de victimes.
En octobre 1921, la dépouille du Soldat inconnu italien,
symbole du sacrifice collectif, entreprend son dernier voyage.
Ce soir, je veux finir l'année en beauté.
Je boirai à l'éclatante retraite de ton cher Gabriele, Eleonora.
Gabriele
s'est seulement trompé d'armes pour sa révolution.
La faire avec plus de canons ?
Il aurait dû croire en la poésie.
Elle est plus lente, mais va plus loin que toute guerre.
J'y vais.
Tu écris toujours, Giacomino ?
J'essaie, mais les mots peinent à venir.
L'art est comme la guerre,
il se fait avec du sang,
de la sueur, du courage, de la boue
et de la discipline.
C'était qui, Désirée ?
Que caches-tu dans ton dos ?
Ce n'est rien, vrament.
Donne-lui cette lettre.
"Rien, vrament" ?
Montre-moi.
Qu'a-t-on apporté ?
Je ne comprends pas l'allemand.
Qu'y a-t-il d'écrit ?
Traduis.
La Banque de Berlin a fait faillite.
Vous n'avez plus rien.
Comment ça ? Où est passé mon argent ?
Excusez-moi.
Il faut...
Il faut que j'aille...
Madame Duse !
Mon Dieu !
Vite, de l'eau !
Eleonora, je ne peux te perdre.
Le théâtre italien exige cette voix
qui a donné cœur et âme à des vers mémorables.
Que de spectacles on aurait pu faire encore !
Des trains, des hôtels, des théâtres...
Des applaudissements.
Des applaudissements pour toi.
Et moi, à tes côtés.
Je sais que tu seras forte face à la maladie.
Tu seras forte face à la mort elle-même.
Ermete, ça suffit.
Laissez-moi exorciser ce moment.
Docteur,
tâchez de faire un miracle.
Pour ça, un médecin ne pourra rien.
- Elle vit toujours ? - Oui, Enrichetta.
Mais elle a besoin de tranquillité.
La fièvre...
Il aurait suffi de lui cacher ça.
Tu ne crois pas ?
Docteur, comment va-t-elle ?
Que puis-je faire ?
Attendre.
Rien d'autre.
Je reviendrai bientôt.
Veuillez sortir de la chambre.
Je suis sa fille.
Elle a surtout besoin de moi.
Maman,
je suis là.
Je vais m'occuper de toi.
Arrête, Désirée !
Madame !
Calme-toi, ma chérie.
Regarde.
Apporte ces bijoux au mont-de-piété.
Attends.
Ça, je le garde.
Allez.
Tout le monde arrive.
Je vous serrerai tous dans mes bras.
Mais d'abord celui qui m'a sauvé la vie.
Eleonora.
Tu avais raison.
Sur quoi ?
C'est la volonté qui compte.
Et ma volonté unie à la tienne,
qui peut nous arrêter ?
Tu nous arrêteras, Giacomino ?
Et toi, ma chère amie ?
Eleonora,
je ne comprends pas.
Ermete et moi allons retravailler ensemble.
Pourquoi ris-tu ?
Douze ans, c'est trop long ?
Vous pensez que je n'en suis plus capable ?
Non, ce n'est pas trop long.
M. Zacconi, dites-le-lui.
Que je comprenne,
la Duse renaît, tel le phénix, et remonte sur scène ?
Tu me l'as dit.
Il y a peu, tu étais agonisante.
Il y a peu,
c'était une autre époque.
J'ai senti la mort venir tout près.
Puis je l'ai sentie
tout doucement s'éloigner,
grâce à toi.
À présent, je me sens si...
si libre.
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