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Je parie que tu ne savais pas qu'il était chargé.
Sylvie !
Il ne pourrait pas plutôt déclencher une avalanche ?
Quand on mange autant, c'est qu'il y a un problème.
- Je vais divorcer. - Quoi ?
- De Charles ? - C'est le seul mari que j'ai.
J'ai fait tout mon possible. Mais...
- Quoi ? - C'est difficile à expliquer.
Je suis trop malheureuse pour continuer ainsi.
C'est agaçant que ton malheur ne te fasse pas grossir.
Mais je ne comprends pas. Pourquoi veux-tu divorcer ?
Car je ne l'aime pas, et il ne m'aime pas.
Ce n'est pas une raison valable.
Avec un mari riche et des habits dernière mode,
tu n'auras pas de mal à te faire de nouveaux amis.
Je suis venue à Paris pour fuir une Amérique arriérée.
Mais je ne suis pas prête pour la tradition française.
J'ai le divorce en horreur.
Si Charles avait été honnête avec moi.
C'est tout ce que je demande, la simple vérité.
Mais avec Charles, tout n'est que secrets et mensonges.
Il me cache quelque chose. Quelque chose de terrible.
Et ça me fait peur.
Il est à vous ?
À elle. Il dévalisait une banque ?
Il lançait de la neige sur le baron Rothschild.
- Merci. - On se connaît ?
- On va se connaître ? - Comment le saurais-je ?
Je connais déjà des tas de gens. Si aucun d'eux ne meurt,
je ne peux connaître personne d'autre.
Si quelqu'un se porte mal, tenez-moi au courant.
- Lâcheur. - Comment ?
Vous laissez tomber facilement.
Allons nous promener. Je n'ai jamais vu de Rothschild.
Un petit malin, il m'a presque manqué.
Merci.
Vous me cachez la vue.
- Laquelle préférez-vous ? - Celle que vous cachez.
C'est la dernière fois. Je rentre à Paris. Votre nom ?
- Peter Joshua. - Moi, c'est Regina Lampert.
- Y a-t-il un M. Lampert ? - Oui.
- Tant mieux pour vous. - Non. Je vais divorcer.
- Ne faites pas ça pour moi. - Non, je ne l'aime pas.
Au moins, vous êtes honnête.
- Y a-t-il une Mme Joshua ? - Oui, mais on est divorcés.
Ce n'était pas une proposition. Simple curiosité.
- Votre mari est ici ? - Charles n'est jamais avec moi.
On vous appelle Pete ?
M. Joshua. Ce fut un plaisir de parler avec vous.
Vous êtes fâché.
Non. Je dois faire mes bagages. Je rentre à Paris, moi aussi.
Shakespeare a dit : "Si on se rencontre loin de chez soi,
"il est d'usage de se revoir."
Shakespeare n'a jamais dit ça.
- Qu'en savez-vous ? - Vous venez de l'inventer.
- Vous m'appellerez ? - Vous êtes dans l'annuaire ?
- Charles y est. - Un seul Charles Lampert ?
Mon Dieu, j'espère que oui.
Au revoir, et merci.
Quand tu auras divorcé, tu rentreras en Amérique ?
Tu ne veux pas que je reste ?
Bien sûr que si. Mais si tu rentres et que tu m'écris...
Tu auras les timbres. Je t'en donnerai, d'accord ?
- D'accord. - Au revoir.
Honorine ?
- Mme Charles Lampert ? - Oui.
Inspecteur Édouard Grandpierre, de la Police Judiciaire.
Voulez-vous bien me suivre, s'il vous plaît ?
Vous êtes certaine ?
Vous l'aimiez ?
Je meurs de froid.
On a trouvé le corps de votre mari près
de la voie ferrée Paris-Bordeaux.
Il ne portait que son pyjama.
Savez-vous pourquoi il voulait quitter la France ?
Quitter ? Non.
Votre mari avait un billet pour le Maranguater .
Il a levé l'ancre pour le Venezuela ce matin à 7 h.
Je ne comprends pas.
- Votre mari était américain ? - Suisse.
Suisse.
- Sa profession ? - Aucune.
- Il était riche ? - J'imagine, je ne sais pas.
- Très riche ? - Je n'en sais rien.
- Où conservait-il son argent ? - Je n'en sais rien.
À part vous, avait-il des proches ?
Je n'en sais rien.
C'est absurde.
Je sais.
- Je suis désolée. - Ce n'est rien.
Pourriez-vous ne pas fumer ?
Mercredi, il a vendu tous vos biens aux enchères.
Tout.
La galerie lui a donné 1 250 000 de nouveaux francs.
Ça fait 250 000 dollars.
Les autorités à Bordeaux ont fouillé son compartiment.
Minutieusement.
Elles n'ont pas trouvé 250 000 dollars.
Voici tout ce qu'on a trouvé dans le compartiment.
Il n'y avait pas d'autres bagages.
Votre mari devait être pressé.
Un portefeuille contenant 4 000 francs.
Un agenda. Sa dernière note remonte à hier,
jeudi, 17 h,
Jardin des Champs-Élysées. Pourquoi là ?
Je n'en sais rien. Il a pu rencontrer quelqu'un.
Évidemment.
Un billet pour l'Amérique du Sud.
Une lettre.
Timbrée mais pas scellée, adressée à vous.
Puis-je la voir ?
"Ma chère Regina, j'espère que tu profites des vacances.
"Megève est superbe en ce moment. Les jours sont longs
"et j'ai hâte de te revoir. Affection, Charles.
"P.-S : Ton dentiste a appelé. Ton rendez-vous est déplacé."
- Pas grand-chose, hein ? - On a appelé votre dentiste.
On espérait pouvoir apprendre quelque chose.
- Alors ? - Oui.
Votre rendez-vous a été déplacé.
Les clés de votre appartement.
Un peigne.
Un stylo à encre.
Une brosse à dents.
Une boîte de poudre dentifrice. C'est tout.
Signez cette liste, vous pouvez emporter ces objets.
- C'est tout ? Je peux partir ? - Une dernière question.
Est-ce le passeport de votre mari ?
Oui.
Et celui-ci ?
- Je ne comprends pas. - Et celui-ci ?
Et celui-ci ?
J'ai appelé, mais pas de réponse.
- Bonjour. - Bonjour.
Je suis vraiment désolé. Si je peux faire quelque chose.
- Comment avez-vous su ? - C'est dans le journal.
- Je suis vraiment désolé. - Merci.
J'ai utilisé la sonnette mais elle ne fonctionne pas.
Je sais. Il n'y a pas d'électricité.
- Où sont les meubles ? - Vendus aux enchères.
C'est tout ce qu'il me reste.
J'adore cette pièce, mais Charles ne la voyait pas.
Il ne voyait que les objets.
Je la préfère ainsi.
Qu'est-ce que vous allez faire ?
Essayer de récupérer mon poste chez EURESCO, sans doute.
Comme ?
Interprète simultanée. Comme Sylvie.
Elle, d'anglais en français, et moi de français en anglais.
C'est ce que je faisais avant de me marier.
La police doit s'imaginer que je l'ai tué.
- Divorce immédiat ? - En quelque sorte.
C'est terrible de finir comme ça.
Jeté du train comme un sac postal de 3e classe.
Vous ne pouvez pas rester ici.
- Je n'ai nulle part où aller. - On va vous trouver un hôtel.
Pas trop cher.
Je ne suis plus une femme du grand monde.
Propre et modeste,
près d'EURESCO pour pouvoir prendre le taxi s'il pleut.
- D'accord ? - D'accord.
Il n'y a pas foule.
- Charles n'avait pas d'amis ? - Je ne suis que la veuve.
S'il était mort au lit, il ne serait même pas là.
Il sait au moins se tenir aux funérailles.
As-tu une idée de qui pourrait l'avoir fait ?
Il y a encore deux jours, je ne connaissais que son nom.
Et on dirait que je ne sais même plus ça.
Il devait bien connaître Charles.
- À quoi le vois-tu ? - Il fait une allergie.
À vos souhaits.
- Tu le connais ? - Je ne l'ai jamais vu.
Au revoir, Charlie.
Charlie n'aurait pas dû faire ce qu'il a fait.
Non.
Mais encore ?
- De la part de qui ? - De l'Ambassade américaine.
Mme Lampert : passez à mon bureau demain
à midi et demi. J'ai hâte de vous parler
de la mort de votre mari.
Salutations, H. Bartholomew
AMBASSADE AMÉRICAINE
Je l'ai bluffé sur la dernière mise avec une paire de deux.
- En quoi est-ce déprimant ? - Si moi j'y arrive,
qu'est-ce que les Russes vont lui faire ?
Il y a quelqu'un ?
Un problème, Mlle Tompkins ?
Mlle Tompkins n'est pas là.
Je suis désolé. Ma secrétaire a dû aller déjeuner.
- Vous êtes... - Mme Charles Lampert.
Oui. Je vous en prie, entrez.
Excusez-moi un instant.
Elle ne part pas.
Même le nettoyage à sec n'y peut rien.
J'avais quelqu'un de très bien rue Ponthieu.
Mais le Q.G. nous a demandé d'utiliser notre pressing
pour limiter les frais.
M. Bartholomew, vous êtes sûr de me connaître ?
Vous êtes la veuve de Charles Lampert, non ?
Je suis vraiment désolé.
J'ai envoyé une cravate et je n'ai revu que la tache.
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