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DANS CE MONDE, LE MEURTRE ET LA TORTURE ONT ÉTÉ LÉGALISÉS.
Toi, là !
Ça t’intéresserait
de devenir tortionnaire ?
Ah, le sang ?
Rien de grave. Je finis toujours comme ça.
C’est qui, ce type répugnant ?
Tu donnes l’impression d’être fait pour ça.
Tu en penses quoi ?
Ça te dit d’essayer ?
Tu es au lycée, c’est ça ?
Moi, je suis tortionnaire free-lance.
Qu’est-ce qui te fait croire que c’est pour moi ?
Tu as trop de temps libre et de violence en toi.
Je me baladais tranquille, et cet abruti m’a cherché.
De la légitime défense…
L’autre raison,
c’est ton visage.
La beauté génère inévitablement des choses terribles.
La torture convient tout à fait aux gens beaux.
Tiens.
Cadeau.
J’ai pas dit oui.
C’est le fouet que j’utilisais, avant.
Idéal pour faire ses premiers pas.
Oui, ça te va à ravir.
Au fait,
je t’ai pas demandé ton prénom.
Moi, c’est Hela.
Siu.
C’est très bien, pour une première fois.
Alors ?
T’es marrant, toi. Je suis KO.
Que tu es barbant ! Ça t’a rien procuré ?
C’était plutôt intéressant
d’extraire de mes propres mains
les infos qu’il gardait pour lui.
Tu as de l’instinct. J’avais raison, tu es fait pour ça.
Parfait ! Bon, j’appelle le service de nettoyage.
Allô ?
C’est plus sale que d’habitude.
Non, c’est pas moi, c’est un nouveau.
Je compte sur vous !
Il sort du lot, celui-là.
Bon travail, comme toujours.
Heureusement qu’il existe des tortionnaires réglos comme vous.
Merci beaucoup.
Ce garçon, il débute ?
Oui, je viens à peine de le prendre sous mon aile.
D’accord.
Le petit chanceux, il est tombé sur quelqu’un de bien.
C’est moi qui ai de la chance
d’avoir découvert un gamin talentueux.
Dis,
c’était quoi, cette histoire de « tortionnaires réglos » ?
Dans le milieu,
certains sont prêts à torturer des innocents
ou incapables de respecter la confidentialité. Tu le crois, ça ?
Je veux obtenir des résultats de manière intègre.
Je ne gagnerai jamais la confiance de la relève, sinon.
Qu’est-ce qu’il y a ?
Pourquoi tu t’es lancé dans ce domaine ?
J’ai rencontré un tortionnaire par hasard, et ça s’est fait tout seul.
Je me suis laissé porter…
Mais bon,
ça correspondait à ma nature.
C’est comme si cette vérité comblait le vide en moi.
Je t’ai entraîné là-dedans, mais c’est à toi de décider
si tu veux continuer ou pas.
Des jours qui se succèdent sans tracas…
Si on fait abstraction de l’ennui, c’est le top.
Si je le suis, cette routine disparaîtra.
Ce sera pas une grande perte.
Qu’est-ce que tu t’es fait ?
Un tatouage. J’ai lâché les études, aussi.
Quand tu as une idée en tête, tu fonces, toi.
Je suis parti pour rester.
Tu as débauché un jeune à l’avenir prometteur, faut assumer.
Évidemment. Je ferai de mon mieux.
Bon alors ? Prêt à te confesser ?
Il est tenace.
Désolé !
J’ai été retenu sur un autre site.
T’es à la bourre !
Je te présente Fon, c’est un collègue.
Enchanté.
Beau boulot, les gars.
Merci d’être venu nous aider.
Avec plaisir.
Bon, au tour de l’équipe de nettoyage.
Oui, s’il te plaît.
Tu t’appelles Siu, c’est ça ?
Tu as quitté le lycée, il paraît.
Ouais.
Tu as dû le remarquer, mais c’est un milieu plutôt tordu.
Mieux vaut que tu retournes dans le monde normal, non ?
C’est pas si mal, la normalité.
Mais plus facile à dire qu’à faire, une fois dans les filets de Hela.
Un problème ?
Il est tombé en écumant.
On se détend.
Il est pas mort.
Merci, Izua.
De rien, je suis là pour ça.
Tu es digne de confiance.
Comme tu peux le voir, je suis un médecin exploité.
Un toubib ?
La racaille qui se fait torturer peut aussi avoir besoin de soins.
Mais aucun médecin ne souhaite s’occuper
de tels individus, surtout en sachant
qu’ils prendront cher ensuite.
Personnellement, je le fais car je pense que c’est nécessaire.
J’ai aussi des patients ordinaires, à côté.
Quand on fait un métier pareil,
on a tendance à être entouré de gens étranges.
Comme ce type qui a l’air démotivé,
mais qui s’impose une discipline stricte.
Ouais, ouais.
Ou comme un gars qui paraît détaché, mais qui est en fait très sensible.
C’est pas un boulot facile, faut dire.
Ou encore,
comme cet agent de police
qui a payé un ramen à un sale morveux affamé.
Il y en a pour tous les goûts.
C’est pas faux.
Aujourd’hui,
je pourrai peut-être aider un gamin comme celui que j’étais à l’époque.
Monsieur devient sentimental.
Tu veux que je t’ausculte ?
J’ai pas de problème, je philosophe.
Nous fais pas un AVC.
Bon, je suis requinqué pour demain !
J’ai un bon partenaire, en plus.
Tu confirmes ?
Je ferai au mieux pour répondre à tes attentes.
J’ai aucun doute là-dessus.
TROIS ANS PLUS TARD
La vache, c’est excellent !
Merci encore de cuisiner pour nous, Siu.
C’est toujours le même plat, tu satures pas ?
Non, ton omelette au riz est la meilleure du monde.
Tu feras un bon père, plus tard.
N’importe quoi.
Bon, je vais vérifier si la commande est légitime.
Oui, merci.
À tout à l’heure. Et soyez prudents, surtout.
J’ai bien élevé Noé, tu trouves pas ?
Ça fait quoi ? Trois ans, maintenant ?
Oui.
Je suis vraiment heureux de l’avoir recueilli, ce jour-là.
Grâce à vous deux, mon quotidien rayonne.
Bah, tant mieux.
Si seulement ça pouvait durer pour toujours…
Malheureusement,
on l’a vu avec Fon, qui vient d’arrêter.
La torture n’est pas un domaine où l’on reste indéfiniment.
Tu te vois continuer, Siu ?
Je suis pas sûr de pouvoir m’imaginer
faire autre chose que la torture.
C’est que… ce boulot,
c’est un peu devenu mon foyer, avec le temps.
Une idée me trotte dans la tête depuis un moment.
Ce serait bien
si on pouvait créer un endroit où les tortionnaires resteraient.
Un endroit…
Hela !
Voilà ce qui arrive quand on marche sur nos plates-bandes.
Sales morveux !
La prochaine fois sera la dernière.
Vous avez pigé ?
Oubliez la torture, c’est pas pour vous.
Je t’en prie,
sauve-le !
Pardonne-moi.
Il est si précieux, pour toi.
Et à cause de moi…
Je suis désolé.
C’est ma faute.
C’est parce qu’il m’a protégé.
Bonjour, Siu.
On dirait que j’ai sacrément roupillé…
Qu’est-ce que tu racontes ?
Idiot !
Aïe !
Désolé.
C’est bon, je te dis.
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