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1910.
Malgré les discours rassurants des diplomates,
L’Europe est traversée de violentes secousses
des crises où les plus lucides perçoivent déjà les signes d’un conflit général.
À l’automne 1909, l’Empire austro-hongrois
a procédé à l’annexion pure et simple
des territoires de Bosnie-Herzégovine
malgré les protestations du petit État serbe
qui revendique l’union et l’autonomie de tous les territoires serbo-croates.
À Paris comme ailleurs, la nervosité augmente chaque jour.
Monsieur Clemenceau,
vos policiers sont devenus des esprits incognitos.
Ils ont abandonné vélos et chevaux.
Pendant ce temps, dans les romans, certains racontent comment
réaliser un casse tranquillement pour passer le temps.
J’aimerais bien les voir
à notre place, pour ne pas prendre vingt ans.
Paris est loin des Balkans,
mais l’insécurité y est ressentie comme ailleurs ; comme
en période de troubles, on observe une recrudescence de la criminalité.
J’ai contacté la police et la gendarmerie dans toute la France.
Nulle part on ne signale de disparition correspondant à nos deux hommes.
Qu’on ignore qui a organisé l’enlèvement, passe encore,
mais qu’on ignore même qui a été enlevé, tu comprends ?
Alors ?
Rien non plus de ce côté-là.
Aucun indicateur ne sait quoi que ce soit.
À mon avis, l’affaire ne vient pas du milieu.
Cette canne est particulière. On pourrait
retrouver le fournisseur. Tu t’en charges.
Déposition spontanée, rien d’intéressant.
Ils parlent tous d’un homme grand, chauve, moustachu.
Enfin, c’est très vague.
Allô ? Allô, mademoiselle ?
Allô ? Allô ?
J’entends très mal.
Mademoiselle ? Allô ?
Je voudrais le numéro 0535.
Oui.
Oui, j’attends, mademoiselle.
Allô ? Oui, ici le commissaire Valentin.
Qui est à l’appareil ?
Ici Milan Mekelevic, commissaire.
Je veux vous voir d’urgence.
C’est au sujet de ces enlèvements.
Je crois pouvoir vous renseigner.
Non, non, non.
Je préférerais que vous veniez.
Je n’ose pas sortir de chez moi en ce moment.
Oui. Oui. Très bien.
Je vous attends.
5, rue Boromé.
Deuxième à gauche. Oui.
Milan Mekelevic, commissaire.
Mademoiselle ?
Désolé.
M. Mekelevic m’a appelé.
Je suis le commissaire Valentin.
Entrez, s’il vous plaît.
Mon père vous a appelé ?
Oui, il y a une vingtaine de minutes. Il avait quelque chose d’urgent.
En effet, il est descendu il y a environ vingt minutes.
Mais il n’est pas revenu.
Il a sans doute profité pour faire quelques courses.
Impossible. Il est dans l’autre pièce.
Mon père ne sort plus depuis quelque temps.
C’est ce qu’il m’a dit.
Et savez-vous pourquoi ?
Je ne sais pas. Mon père est artiste.
Il a parfois des périodes étranges.
Est-ce une photo récente de votre père ?
Oui.
Mais depuis quelque temps, il a changé.
J’ai l’impression qu’il a peur.
D’ailleurs, il vous a appelé.
Une idée ?
Je ne sais pas.
Mon père parle peu.
A-t-il reçu des visites récemment ?
Non.
Mais il y avait des lettres qui semblaient le bouleverser.
Où sont-elles ?
Il les brûlait au fur et à mesure.
A-t-il parlé de ces enlèvements récents ?
Non.
Pensez-vous qu’il ait été enlevé lui aussi ?
Écoutez, mademoiselle, ne vous inquiétez pas pour l’instant.
Je vous laisse mon numéro.
Appelez-moi s’il n’est pas rentré demain.
Merci, monsieur.
Monsieur Ferb, j’ai son dossier sous les yeux.
Mekelevic, Milan.
Nationalité serbe.
Il a étudié la gravure dans l’atelier de Gustave Doré.
Une fille, bébé.
Aucune activité militante apparente.
Mais connu pour ses sympathies autonomistes serbo-croates.
Oui, c’est tout.
Salut. - Salut.
C’est assez agité ce matin. Du nouveau ?
Oui, pas trop mal. Et toi ?
Toujours au top. D’abord, il existe une
unique maison à Paris qui produit ce modèle de voiture.
Et en plus, ils savent à qui ils l’ont vendu : un certain Joseph Jankovic.
Tu dis Jankovic ? - Oui. Pourquoi ? Tu le connais ?
Non, mais l’homme qui m’a appelé hier s’appelle Bekelevic.
Donc Bekelevic, Jankovic… il y a comme une ressemblance de noms.
J’en discutais justement avec le patron.
Je n’aime pas ça.
Je n’aime vraiment pas ça.
Mais qu’est-ce qui vous inquiète ?
Avez-vous entendu parler de la Main Noire ?
Oui, j’ai lu quelque chose. Une société secrète serbo-croate, non ?
Oui.
Et vous pensez qu’elle agit jusque chez nous ?
Je ne crois pas : j’en suis certain.
C’est une organisation terroriste dangereuse et efficace.
Au point que le roi Pierre Ier de Serbie a dû les bannir de
son territoire pour éviter les représailles autrichiennes.
Depuis, ils se sont dispersés dans toute l’Europe.
Que cherchent-ils ?
À nuire par tous moyens à l’Empire austro-hongrois.
Quitte à provoquer une guerre mondiale.
Vous comprenez pourquoi ces enlèvements m’inquiètent.
Cela pourrait entraîner la France dans un conflit international.
Vous devrez vous distinguer, Valentin. - Oui.
Excusez-moi, Monsieur. Paul, la petite Bekelevic vient d’appeler.
Et alors ? - Elle veut te voir tout de suite.
Elle dit avoir quelque chose d’important à confier au sujet de
l’enlèvement de son père. Elle parle d’une lettre retrouvée.
Eh bien, qu’attendez-vous ?
Ça va ? On ne vous a pas blessée ? - Qui ?
Les deux hommes que j’ai croisés dans le couloir.
Je n’ai vu personne.
Puis-je entrer ?
Si vous voulez.
Donc vous vouliez me parler ?
Comment ça ?
J’ai des nouvelles de mon père.
J’ai peut-être réagi un peu trop vite.
Comment ça ?
Mon père va bien. Il se repose à la campagne.
Tiens.
Il est parti comme ça ?
Sans vous prévenir ?
Et en robe de chambre ?
Non, il est revenu après votre départ pour faire sa valise.
Pourquoi ne pas prévenir immédiatement ?
Laissez tomber.
Et cette lettre retrouvée ?
Quelle lettre ?
Quand vous m’avez appelé, vous avez parlé
d’une lettre liée à l’enlèvement de votre père.
Me trompé-je ?
Donnez-moi cette lettre.
Il n’y a pas de lettre, je vous dis.
Ces deux hommes sont-ils sortis d’ici ?
Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
Votre père fait-il de la politique ?
Non, monsieur.
Il ne vit que pour son art.
On dit qu’il soutient l’autonomie serbo-croate.
Tous les Serbes pensent-ils ainsi ?
Vous aussi.
Je ne comprends pas où vous voulez en venir.
Votre père a-t-il un lien avec la Main Noire ?
Je vous répète qu’il ne fait pas de politique.
Où est-il exactement ? - Chez des amis à la campagne.
Quels amis ? - Cela ne vous regarde pas.
Il n’a pas disparu. Cela devrait suffire.
Comme vous voulez.
Connaissez-vous Joseph Jankowicz ?
Jankowicz ?
Non.
Au revoir, mademoiselle.
Cette jeune fille, j’en suis sûr : son père a été enlevé.
On l’a probablement effrayée entre-temps.
Sans doute ces deux hommes.
Comment veux-tu la faire parler ?
Devine ce qui m’arrive.
Alors ?
J’ai fini par retrouver la famille Jankowicz.
C’est un ingénieur chimiste.
Je vois sa femme et je lui raconte.
Kidnapper son mari ? Pas du tout.
Il est à la campagne chez des amis.
Il se repose. Qu’en dis-tu ?
Rien, mon vieux, rien.
J’ai entendu la même histoire chez la petite Béba.
Ils sont malades ? - Non.
On leur a fait peur, c’est tout.
Oui ? - Monsieur le commissaire,
la gendarmerie de Seymour vous envoie ceci.
Merci.
Vous pouvez disposer.
Ils ont identifié le troisième disparu.
Le patron de l’imprimerie s’est inquiété.
Il s’est présenté à la gendarmerie.
C’était un linotypiste.
Un certain… Anton…
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