The first 200 lines.
Cris de mouettes
C'est la course.
Plus vite, du nerf, du nerf !
- Je trouve que la pratique du cinéma ressemble à 2 choses.
Ca ressemble à la navigation, la voile,
on n'imagine pas que Christophe Colomb,
quand il est parti des rives du Portugal ou de l'Espagne,
avait un plan pour découvrir l'Amérique.
Il savait même pas si ça existait. Il partait pour les Indes.
On est embarqués, on suit.
Les courses de bateaux, un skipper,
il peut avoir un plan de navigation, mais les vents
le forcent à s'adapter. C'est l'art de la navigation.
Le cinéma, c'est un peu comme ça.
Une autre comparaison, c'est par rapport à la cuisine.
Si on n'a pas grand-chose, on essaie de faire avec ce qu'on a.
Je trouve que l'art du cinéma est proche de l'art de la navigation.
On est un peu marin et un peu cuisinier.
Eclaboussures - Il a sauté.
Musique douce
...
Sirène de bateau
Chanson entraînante
Mon père a acheté pour les vacances une caméra.
Comme le cinéma Lumière, pour filmer
ma soeur qui venait de naître. La caméra, je m'en suis servi.
J'étais fasciné par ce côté magique,
l'impression que cet appareil permettait de modifier la vie,
la perception des choses. De la voir plus profondément.
Jacques Rozier naît en 1926.
Il évoque ses premières expériences.
- Alors, ça s'est passé comme ça. Je ne suis pas entré en réalisateur,
mais comme assistant. Ca m'intéressait de faire des émissions
car c'était l'époque où on faisait des...
de la fiction en direct. Des dramatiques en direct.
Il y avait... Je choisissais les émissions où il y avait beaucoup
de figuration. Le contact m'intéressait.
Les mouvements de foule sur le plateau.
Il fallait organiser ça
d'une façon très précise car on ne pouvait pas s'arrêter.
J'avais l'impression
que c'était pas forcément ma voie d'être assistant.
J'avais envie de faire du cinéma, tourner quelque chose.
J'avais mis de l'argent de côté, ayant travaillé à la télévision.
Ca, c'est...
Y avait ça et aussi... j'avais des économies.
Et je suis parti avec des amis
et j'ai fait un court-métrage.
Je l'ai fait sans savoir ce qu'était produire un film.
Réaliser, produire officiellement.
J'avais envie, l'été suivant, de recommencer.
J'avais appris des choses pour la production.
J'ai dit : "Je le réalise et je le produis seul."
- Aïe ! Où ils nous emmènent ?
Tu verras bien.
Tu te plaignais car il venait pas. - Je m'en fiche.
Tu viens ?
Attends-moi !
J'ai plus de pognon.
Hmm ?
Moi non plus. J'ai payé les glaces hier soir.
C'est gagné.
Cri
- C'est froid ! On va être trempées !
- J'avais découvert le cinéma italien,
dans la perception d'un certain réalisme,
j'avais vu le cinéma néo-réaliste italien d'après-guerre
et je voulais introduire cette façon de voir les choses
dans le cinéma français. J'ai fait "Blue Jeans".
J'ai dit : "On va tourner dehors, avec des non-professionnels."
Voulant un film sur des adolescents,
17, 18 ans, des dragueurs de la côte, il m'en fallait des vrais.
Y a qu'à continuer.
- C'est le brouillon de "Adieu Philippine".
A pied ? Rien à faire.
- Y a une jolie plage en bas. - Ah oui ?
- Jean-Luc Godard fut le premier à écrire sur Jacques Rozier,
en 1958, dans "Les Cahiers du Cinéma".
Je le cite :
"'Blue Jeans' est un court-métrage frais, jeune et beau
"comme les corps de 20 ans dont parlait Arthur Rimbaud.
"La vérité du document sait y faire cause commune
"avec la grâce de la narration.
"Vrais sont les garnements qui patrouillent dans Cannes
"à la recherche des filles.
"Gracieux sont les longs travellings sur la Croisette
"ou le long de la rue d'Antibes hardiment montés cut.
"Vrais, les dialogues et les attitudes.
"Gracieux le réalisme de la photo
"et les volets qui scandent poétiquement l'après-midi
"sur le sable chaud."
Godard et Rozier deviennent amis.
C'est l'année des 400 coups.
La Nouvelle Vague triomphe.
J'étais proche de ce mouvement.
"Rentrée des classes" était dans les prémisses.
Peut-être pour l'avoir initié...
J'ai pas dit que j'initiais la Nouvelle Vague,
y a aussi "La Pointe courte" d'Agnès Varda.
Mais on recevait... je dirais pas des influx, mais on sentait
que c'était dans l'air du temps. On avait envie
de casser un système un peu trop corporatiste.
Et un peu trop enfoncé dans la routine.
- J'avais vu "A Bout de souffle". C'est grâce à Godard qu'a été fait
"Adieu Philippine". Ca a été produit par Georges Beauregard.
C'est Godard qui m'a aidé à faire "Adieu Philippine".
J'ai été influencé aussi par "A Bout de souffle".
Plus par le côté stylistique d'"A Bout de souffle".
Quand je pense au cinéma...
le cinéma, on peut pas rire.
On doit pleurer toujours. Vous avez vu la projection ?
Hein ? Un million.
Un million, j'ai payé, pour avoir une chose comme ça.
Après, je dois faire tout seul. Je fais tout seul.
- Le cinéma français apporte une idée.
Les Français ont inventé le cinéma. Lumière
rend le cinéma possible.
Malgré l'importance économique
et artistique du cinéma américain, le cinéma français invente.
- Le titre de votre film est assez énigmatique.
Musique jazz
J'aime bien les titres...
qui ne veulent rien dire au départ. Si vous allez au cinéma pour...
Quand vous avez un titre... "Sur la piste des Comanches"
ou "La Terreur du masque rouge", vous savez ce que vous verrez.
Avec "Adieu Philippine", on ne sait pas ce qu'on va voir.
J'ai voulu jouer sur l'équivoque.
- Je suis Taureau, et vous ? - Je suis Balance.
Mon père et ma mère sont Vierges.
- Si vous pensez avoir rencontré l'âme soeur,
il ne tient qu'à vous de faire évoluer un sentiment plus tendre,
la sympathie de la personne rencontrée.
Quant aux autres, prudence.
Vous avez de grandes chances le 19, 20, 21. On est le ?
Le 18 !
Que faites-vous demain ?
- Demain, écris à ta fiancée. - On a le bonjour de Jacqueline
pour toi. - Jacqueline.
J'ai une Jacqueline dans ma vie. C'est nouveau.
- Et aussi une Andrée, une Micheline, une Marie...
- Mais je n'ai pas de Liliane ni une Juliette.
- Vous avez tourné dans les conditions de reportage TV.
Vous avez employé des interprètes qui ne sont pas comédiens.
- "Adieu Philippine", c'est le récit des derniers mois
d'un garçon qui va partir au service. Je voulais un ton réaliste.
Réaliste quant aux dialogues et aux personnages.
Il fallait trouver les interprètes correspondants.
Alors j'ai trouvé dans la réalité
le personnage principal du film. Un garçon.
Musique romantique
...
- Vous attendiez-vous à faire un jour du cinéma ?
- Non, vraiment pas. Je me trouvais pas dans le même milieu social
que les vedettes qui sont à l'écran.
Ca me paraissait pas possible.
- Yveline Céry, vous attendiez-vous à faire du cinéma ?
Non, absolument pas.
- Que faisiez-vous ? - Je suis mes études.
Je suis partie en Angleterre pour les langues.
- Il y avait la difficulté que vous ne parliez pas bien français.
En plus de la difficulté de tourner son premier film.
Non, c'est pas difficile.
C'est naturel. - C'est naturel ?
Il nous met dans l'ambiance.
Il nous souffle les textes.
Sans l'apprendre, il nous fait improviser.
- Vous avez cru la proposition sérieuse ?
- Non, pas très. - Pas très ou pas du tout ?
Non, pas du tout.
Musique douce
...
Je voulais faire un film
sur les gens quotidiens. Pas un film
de voitures de sport. J'ai voulu un film sur les Français.
Que les gens qui vont le voir puissent se reconnaître.
Et ça a conditionné le reste. Le choix des interprètes, le tournage.
Envoyez !
Envoyez !
- Je ne voulais pas partir de dialogues écrits
absolument définitivement.
Je voulais que l'interprète
amène les éléments de son personnage. Sa syntaxe, ses tics.
Ses défauts d'élocution, même.
Et au lieu de dire à l'interprète : "Apprends le texte."
Je leur ai dit de le lire ou je leur expliquais. Je racontais.
Je disais : "Allons-y." On tournait comme ça.
Presque l'improvisation de la Commedia dell'arte.
- Marcel, de la tête de porc ? - Non.
- A ton âge, tu vas pas faire attention à ta ligne.
Ca te fera pas de mal. Un peu de tête de porc.
Allez, va.
Crissement de pneus
Qu'est-ce que c'est ?
- C'est Michel. J'avais dit qu'il arriverait aux hors-d'oeuvre.
C'est son genre. - Il est pas seul.
Il a amené un copain.
Oh, bah... Dédé !
Dédé !
- DEDE ! - Bonjour, Dédé.
- J'ai souvent tourné avec plusieurs caméras.
No comments yet. Be the first to leave one.