The first 200 lines.
Je suis un ancien nationaliste, prisonnier de guerre.
Une fois dans l'autre camp,
il a bien fallu que je me rééduque
et que j'adopte la pensée communiste.
Je l'ai fait.
Autrefois, nos deux camps s'affrontaient.
J'appartenais à l'armée nationaliste.
J'ai été fait prisonnier mais ils m'ont laissé la vie sauve,
sans m'humilier, en me donnant même un travail.
Alors bien sûr, j'étais reconnaissant.
Un point de vue peut-être simpliste mais qui était le mien.
C'est dans cet état d'esprit
que j'ai intégré l'Armée de libération,
pendant environ 8 ans.
8 ans de bons et loyaux services au sein de cette armée.
D'une part, il est vrai que je me sentais redevable.
De l'autre,
j'étais jeune et bien obligé d'assurer mon avenir.
J'ai fait du bon travail durant toute cette période.
On me félicitait souvent.
J'ai même accompli quelques actions méritoires.
Plus d'une fois,
j'ai été désigné en tant que cadre
pour réorganiser les différentes unités.
Voilà pour l'époque.
Mais quand l'armée a voulu purger en interne,
les anciens cadres ont été destitués
pour laisser la place aux nouveaux.
En 1954,
j'ai été transféré dans le civil.
Une fois dans le civil...
Quand j'étais encore dans l'armée,
le travail consistait surtout
à appliquer les décisions politiques.
Ne revenons pas sur les erreurs passées.
Dans le travail...
A l'époque, le Parti communiste n'hésitait pas à recruter.
Il n'avait pas le choix !
Il manquait de moyens, surtout au nord du Shaanxi.
Pour libérer tout le pays, il en fallait des hommes !
Chacun y trouva son compte.
Nous avions besoin de travailler, de gagner notre croûte.
Le Parti, lui, avait besoin d'hommes.
C'est vrai qu'à l'époque, il recrutait à tout va.
Durant la période où je travaillais au sein de l'armée,
j'avais de bons résultats.
Je bénéficiais d'un certain prestige.
Une fois démobilisé,
les choses n'ont plus été pareilles.
Dans l'armée, on pouvait s'exprimer,
avoir des avis différents de ceux de nos dirigeants.
Tant que tu ne rechignais pas à la tâche,
ton initiative personnelle était encouragée.
On pouvait s'exprimer, avoir sa part de créativité.
Alors, je travaillais avec un certain brio.
Avec la nouvelle affectation,
tout a changé.
Les activités d'entreprise démarraient tout juste.
Les entreprises,
et surtout celles de commerce,
se sont retrouvées gérées par des militaires démobilisés,
à quelques exceptions près.
Ces militaires démobilisés
étaient presque tous des anciens nationalistes.
N'est-ce pas ?
Le Parti n'aurait jamais envoyé ses nouveaux cadres dans le civil !
Il s'est débarrassé des autres.
Destitués ou transférés,
le pays avait besoin d'eux.
Il fallait développer le civil
et donner un nouvel élan à l'économie.
Une fois dans le civil, j'ai continué comme dans l'armée.
Je pensais ma situation politique réglée.
Mon passé n'était pas irréprochable mais je l'avais confessé.
Mon histoire n'était plus un fardeau.
Mon passé de nationaliste ne pesait plus sur moi.
Entreprenant et hardi au travail, voilà ce que j'étais.
Mais, dans notre nouvelle unité de travail,
il n'y avait que des militaires transférés
et quelques vieux cadres.
Une partie avait oeuvré pour l'ancien régime.
Des nationalistes.
Ceux-là étaient généralement tous réaffectés.
Mais il y avait aussi des vétérans communistes.
Eux étaient nommés aux postes de direction.
Ce qui fait que dans le travail,
il y avait des civils et des militaires déplacés.
Parmi les déplacés, un groupe se détachait,
ceux issus de l'ancien régime.
Etre de l'ancien régime,
selon l'idée que Mao Zedong avait formulée
de la lutte des classes,
signifiait :
"Je te donne un bol de riz et tu suis le mouvement."
Tu n'as rien à dire.
Voilà quelle était la situation.
1956, les "Anti-révolutionnaires".
1955, les "Trois anti".
Mais non ! Tu ne sais pas.
Je n'ai pas été trop inquiété par la campagne de 56
mais la pression psychologique était forte.
On était coupés de nos familles
et les individus réputés problématiques
étaient regroupés pour faire leur examen de conscience,
et attendre les séances de critique.
Ca a duré comme ça plusieurs mois.
Pour moi, qui étais entièrement dévoué à mon travail,
je ressentais une véritable injustice.
Depuis l'incitation à critiquer le Parti,
jusqu'au début de la lutte anti-droitiers...
Mao Zedong avait déclenché son "plan de mise en lumière".
Une conspiration ouverte.
Il fallait faire sortir les serpents de leur trou !
Certains voulaient prendre le pouvoir.
De hautes personnalités, de célèbres droitiers.
Alors, on nous poussait à émettre nos critiques.
La mobilisation devenait permanente.
Il fallait s'exprimer sur le travail,
sur la façon de faire des dirigeants.
Enfin, se confier au Parti !
Dire la vérité !
Alors, des vérités ont été dites.
Mais était-ce possible de critiquer le Parti communiste ?
La vérité ne peut pas être anti-communiste.
Elle doit se cantonner au travail et aux dirigeants de la cellule.
A l'époque,
dans la société huilière où j'avais été affecté,
le secrétaire de la cellule était un ancien militaire,
une brute transférée dans le civil.
Il ne comprenait rien à l'économie
mais il avait la charge de l'entreprise tout entière,
des relations humaines aux affaires.
Il n'était vraiment pas à la hauteur.
C'était un vrai problème, sur le plan professionnel.
Avoir un secrétaire de cellule incompétent
pour diriger l'entreprise était problématique.
C'était comme deux clans,
avec d'un côté les civils
et de l'autre les militaires déplacés.
Les militaires, eux,
profitaient de ce climat de défiance
pour écraser les civils.
Certains civils avaient du métier
mais souvent un métier acquis avant la libération.
N'est-ce pas ?
Alors, dans ce contexte,
ils devenaient l'ennemi à abattre.
Tous ceux issus de l'ancienne société
étaient suspects.
Si on regardait dans les différents départements,
la majorité des gens venait de l'ancien régime.
Où auraient-ils trouvé autant de nouveaux cadres à l'époque ?
Il fallait bien faire avec ceux issus de l'ancien régime.
Autant vous dire que l'ambiance n'était pas à la solidarité.
Un autre problème majeur était les campagnes en cours.
La lutte contre les anti-révolutionnaires,
leur éradication,
la campagne anti-droitiers,
toutes mettaient en avant le "5 %".
Pour le président Mao,
il existait 5 % de fautifs.
Il n'avait pas complètement tort.
Selon lui, il n'y avait pas plus de 5 % de gens mauvais.
Ce n'était pas tant que ça.
Il n'y aurait eu selon lui qu'une poignée de fautifs.
Mais à l'époque, ce slogan devait être appliqué à la lettre.
5 %, ni plus ni moins !
Dans une unité de 100 personnes, il fallait désigner 5 droitiers.
Si tu ne les trouvais pas,
c'était toi, le conservateur de droite.
N'est-ce pas ?
Moi, je voulais qu'on s'appuie sur la réalité,
eux voulaient un pourcentage précis.
Ils voulaient montrer qu'ils faisaient le ménage
et qu'ils éradiquaient les mauvais et les antis.
Ils ne se souciaient pas d'avancer sur la voie du communisme.
S'il y avait 1 % de fautifs, tu devais en attraper 1 %.
Et s'il y en avait 10 %, pourquoi se contenter de 5 ?
Le meilleur moyen de semer la zizanie.
Chercher la vérité dans les faits,
c'est pourtant ça la dialectique marxiste-léniniste, non ?
Concernant la doctrine des 5 %,
j'avais exprimé ma réserve.
Mais, pour eux, c'était s'opposer au Parti.
Je m'opposais aux 5 % décidés en haut lieu.
Pour moi, s'il y en avait un, on en arrêtait un.
"S'emparer des mauvais éléments", comme on disait.
Il pouvait aussi y en avoir 10, 11, 12 ou 13...
Ils ne se répartissaient pas
à hauteur de 5 % par unité de travail !
C'était tout au plus une moyenne nationale.
Les ennemis étaient plutôt en minorité.
Si tu en avais 20 dans ton unité, tu devais en arrêter 20.
Et s'il n'y en avait qu'un, tu n'en arrêtais qu'un.
En se basant sur un pourcentage,
pour moi, l'exécutif faisait preuve de dogmatisme.
Edicter une règle pareille,
c'était du dogmatisme.
L'appliquer à la lettre,
c'était faire preuve d'un dogmatisme aveugle.
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