Mistari 200 ya kwanza.
- Je suis né à Aubagne, sous le Garlaban,
couronné de chèvres au temps des derniers chevriers.
Garlaban, c'est une énorme tour de roches bleues.
Elle monte très haut dans le ciel de Provence.
Ce n'est donc pas une montagne, mais ce n'est plus une colline.
C'est Garlaban.
Enfants qui récitent une fable de La Fontaine.
Mon père était instituteur.
Il s'appelait Joseph.
Sa voix était plaisante, et ses cheveux bleutés
ondulaient les jours de pluie.
"Un trésor est caché dedans."
- Il rencontra, un dimanche, une couturière
qui s'appelait Augustine. Elle était si jolie qu'il l'épousa.
Je n'en ai jamais su davantage,
car on ne parlait pas de ces choses-là à la maison.
Ils étaient mon père et ma mère,
de toute éternité, et pour toujours.
Mon père avait 25 ans de plus que moi, et ça n'a jamais changé.
L'âge d'Augustine, c'était le mien,
parce qu'elle était moi,
et je pensais, dans mon enfance, que nous étions nés le même jour.
Joseph!
Sibelard, prends ma place, vite.
Pleurs d'un bébé.
- Quand je pense que c'est toi qui m'as fait ça...
Augustine...
Sibelard! Sibelard!
- Je suis papa, et c'est un garçon.
- Pour le fils d'un instituteur, l'école, c'est tout l'univers.
Marcel...
Cris des enfants.
- Mes souvenirs d'Aubagne sont rares.
Je n'y vécus que 3 ans, car mon père
brûla les étapes.
D'Aubagne à Saint-Loup, dans la banlieue de Marseille.
Le beau Marcel!
Quand ma mère sortait,
j'allais dans la classe de mon père,
qui apprenait à lire à des gamins de 6 ou 7 ans.
- Pi... Pe... Papa. - Bien.
- Je restais assis au fond, bien sage,
et admirais la toute puissance paternelle.
Bien!
Un beau matin...
ma mère me déposa à ma place, et sortit sans mot dire.
Tandis que mon père...
- Non, c'est pas vrai! - Qu'est-ce que tu dis?
- Maman ne m'a pas puni, tu n'as pas bien écrit.
Qui t'a dit ça?
C'est écrit là.
- Voyons, voyons... Mais tu sais lire?
Oui.
Voyons, voyons, mais...
Eh bien, lis.
La... ma... man...
a... pu... ni...
son petit garçon qui n'était pas sage.
Le pa... pa est fier
de son pe... tit gar... çon
qui sait li... re.
Ça, ça veut dire que tu m'aimes bien.
- Tu n'as pas mal à la tête? - Non.
- Quand a-t-il lu la derniêre fois?
Hier matin.
Le couvercle d'une boîte de savon.
- Et depuis? Rien? - Hé non.
Votre soeur ne veut plus.
- C'est pour son bien. Vous allez le faire exploser.
- Maman, je suis malade? - Mais non.
Reprends donc de la tarte.
Une explosion! C'est ridicule.
Qu'il n'aille plus en classe,
ou ouvre un livre, avant l'âge de 6 ans.
Laissez-le encore un peu faire l'enfant.
- J'avais maintenant un petit frère.
Il s'appelait Paul.
Trouvé dans un chou, selon Augustine.
Mon père, lui, avait parlé d'une petite graine.
Ces explications potagères avaient étanché ma curiosité.
Hue!
- Cette année-là, mon père fit un bond de comète,
car de Saint-Loup, franchissant les faubourgs,
il fut nommé titulaire à l'école du Chemin des Chartreux,
la plus grande école communale de Marseille.
Marseille l
Coup de klaxon.
- Je vais être en retard. - Mais non.
Il est pas 8 h.
Attends... - Oh, non. Demain.
Je n'ai pas l'air trop... - Oh non, au contraire.
Tu es magnifique. - Magnifiquement nerveux, oui.
Augustine...
- Ça va três bien se passer, j'en suis sûre.
- Ces enfants de la ville, je me dis...
- Quoi? Ce sont toujours des enfants.
Allez.
Papa!
Oû tu vas?
À l'école.
- Et moi? - Mais tu n'as pas encore l'âge.
Et ça te fait mal à la tête. - Non, ça me fait pas mal à la tête.
Oh! Non!
Fais ta toilette.
- C'est fait. - Oh, le menteur!
Montre voir tes mains. - Je les ai oubliées.
Si tu les ramênes, qu'elles soient
toutes propres et blanches.
Sinon, nous n'irons pas promener avec tante Rose.
Et pareil pour les pieds!
- "Pour 8 personnes, prenez 2 kilos de poisson.
"Rascasse, rouget, vive,
"saint-pierre, cancre, merlan.
"Réunir l'oignon et le poireau
"finement ciselés dans une casserole
"pouvant aller en plein feu,
"avec 2 cuillerées à potage
"d'huile d'olive.
"Chauffez doucement en remuant."
Premier octobre 1900.
Asseyez-vous.
Mes chers enfants,
nous sommes entrés dans un siêcle fabuleux,
oû les miracles, ceux nés de la science,
seront quotidiens, et apporteront de la joie
aux plus pauvres, aux plus humbles.
Les maisons auront le gaz, la lumiêre électrique,
souvent même le téléphone. - Oh!
Oui, oui.
Ce téléphone qui fera que d'ici, on pourra parler, sans se déranger,
et sans crier, à des personnes d'Aubagne et d'Aix-en-Provence.
Oh ben, fan de pied!
Oui, monsieur.
Notre 20e siêcle sera un grand siêcle. Le progrês est en marche.
Bientôt, la machine exécutera les travaux pénibles.
On réduira sans doute à 10 heures la journée de travail.
Ce serait bien, ça!
- Et l'ouvrier aura un jour de repos par semaine.
Et guidé, et sauvé par l'instruction, chacun aura sa place
dans un monde qui respectera tous les hommes.
Ce sont des choses que je ne répéterai plus.
Prenez vos cahiers. Dictée.
- Mon frère Paul était à présent un bonhomme de 3 ans.
Il était pensif, ne pleurait jamais, et jouait tout seul.
Augustine était toujours frêle, mais heureuse,
entre son Joseph, ses 2 garçons et sa machine à coudre neuve.
Cette prodigieuse invention moderne me permettait de l'aider.
Tante Rose, la soeur d'Augustine,
trompait sa solitude de jeune vieille fille,
comme l'appelait Joseph pour la taquiner.
- Oh, Paul, non! - Qu'est-ce que c'est?
Un bigoudi...
Il avale tout ce qu'il trouve.
La derniêre fois, c'était une longue laniêre de lard.
Marcel!
Qu'est-ce que c'est?
L'annuaire des chemins de fer.
Qu'ai-je fait pour avoir des enfants pareils?
- Ce que tu as fait ou ce que tu n'as pas fait.
Rose, je t'en prie!
- Je sais que c'est Joseph et ses idées.
Mais un mariage sans église...
N'est pas un vrai mariage.
À propos de mariage, il serait temps de vous soucier du vôtre,
ma chêre Rose.
"Vivez si m'en croyez,
"N'attendez à demain.
"Cueillez dês aujourd'hui
"Les roses de la vie."
Et pour l'Alsace-Lorraine?
Je vais tout de même pas les mettre en tricolore...
Mauve, la couleur du deuil.
- Comme j'approchais 6 ans, j'allai enfin à l'école,
dans la classe enfantine que dirigeait Mlle Guimard.
Bien. Alors...
A, e, i, o, u...
y!
- Quand on sait, on se tait! Petit singe savant!
- Pendant que la classe ânonnait le B.A. -BA,
je restais muet, paisible et souriant.
Je me racontais des histoires, j'étais au parc Borély,
au bout du Prado de Marseille.
Chaque dimanche, ma tante Rose déjeunait à la maison,
et me conduisait ensuite, en tramway,
jusqu'en ces lieux enchantés.
Un beau dimanche,
je fus très surpris, lorsque nous trouvâmes
un monsieur
assis sur notre banc.
À partir de là, et je n'allais pas m'en plaindre,
nos promenades au parc devinrent plus fréquentes.
Ma tante m'avait confié,
comme un secret, que ce monsieur
était propriétaire du parc Borély.
Que si nous disions un mot, il le saurait,
et nous en bannirait.
Ses largesses ne lui coûtaient rien.
Je n'en étais pas moins reconnaissant et fier
d'avoir un ami si riche.
- Piou, piou, piou, La galline à Fayou.
No comments yet. Be the first to leave one.