Mistari 184 ya kwanza.
Didier! Juliette... -Ah! J'arrive. Bon. Vous remettez juste la fin.
D'accord.
Pardon. -Mais de quoi? -Pardon d'être en retard.
J'ai eu une explication avec Évelyne Bordes. T'as des cigarettes? -Non. Avec qui?
Une fille du bureau qui veut m'offrir son amitié. -C'est gentil. -Mais j'en ai rien à foutre!
Ça fait chier. J'ai rien à lui dire. Quelqu'un qui t'offre son amitié est forcément fou.
C'est peut-être sexuel. -Quoi? -C'est peut-être sexuel.
Quand elle m'offrait son amitié, je voyais ses dents. -Ses dents? -Des laides qui se chevauchent.
Et vertes. Sans doute le tartre. Elle m'offre son amitié, et elle voit pas ses dents vertes.
Et aussi je suis virée. -Ah bon! C'est ça. -"C'est ça", quoi?
C'est pour ça que t'es énervée. Pourquoi ils te virent? -J'ai pas l'esprit d'équipe. Je suis pas assez amicale.
Ah bon! C'est ça. -C'est tout ce que ça te fait? Dans un mois, j'ai plus rien.
On trouvera quelque chose. N'aie pas d'inquiétudes. Tu verras.
Putain, encore lui! Regarde ce type. Il me poursuit.
Il te poursuit? -Oui. Je le croise tout le temps dans le quartier.
Presque tous les jours depuis trois semaines. Tu as vu sa veste? -Pas mal, ouais.
J'ai l'air d'une loque. -Mais non. Tu es très bien. -Si. J'ai l'air d'une loque.
Tu es très intelligent. Un mec habillé comme ça est un con. -Si je pouvais m'arracher la gueule.
Et arrêter d'y penser. On va voir un film, là. On va pas au bal.
C'est le film serbe, c'est ça? -Bosniaque.
Je croyais que c'était une merde. Propagande fasciste. C'est ça?
Justement, je veux vérifier. -"Vérifier" quoi? Que tu as eu raison?
De toute façon, t'as eu tort. On n'écrit pas sans avoir vu. -L'urgence m'ôtait le choix.
On a toujours le choix. Pourquoi tu t'arrêtes, là?
Tu m'as demandé des cigarettes. Bonjour. Je voudrais des gauloises blondes extralight.
Des quoi? -Des gauloises blondes superlight.
Enfin, des gauloises blondes superlégères.
Tu fais une drôle de tête. -Ils étaient bizarres, dans ce café.
Je ne sais pas, ils me regardaient salement. Était-ce contre moi? J'ai l'impression que oui.
J'avais l'impression qu'ils se connaissaient. Les patrons, les clients, tout le monde.
Il y avait une sorte de connivence. -Un café de voyous. -Ou des types d'extrême droite.
Un café de voyous dans ce quartier, c'est peu crédible. Encore que...
Peut-être des Serbes. -Arrête! Et puis surtout, j'ai senti
qu'ils étaient prêts à m'insulter, attendant un prétexte pour me lancer des injures.
D'ailleurs, dès qu'on m'insulte, je n'ai plus aucune contenance. Ça me désarçonne. J'ai l'air d'un con.
Je vais descendre là. Arrête-toi là. Arrête-toi là!
Mais pourquoi? -Là. Voilà. (klaxons)
Juliette! Bon. Qu'est-ce qu'il y a? -Fais un voeu.
On n'est pas obligés de voir ce film. -Fais un voeu, je te dis.
OK. -C'est fait? -Oui. -Tape-toi une joue.
Raté. Regarde ce type.
Tu le trouves pas beau? -Pas du tout. -Je vais voir s'il veut qu'on fasse l'amour.
S'il a des préservatifs, je pars avec lui. -T'es sérieuse? -Non. Évidemment.
J'ai cru. -Tu me dégoûtes, Didier. Monsieur!
Monsieur, excusez-moi. Est-ce que...
Est-ce que vous... Vous avez des cigarettes?
Non. Je suis désolé. -Ah bon? Mais vous... vous fumez?
Non. Je fume pas. J'ai pas de cigarettes. -Excusez-moi. -Je vous en prie.
Au revoir. -On ne se connaît pas? -Non.
Vous êtes une amie de Muriel? -Muriel qui? -Je ne connais pas son nom.
On n'a pas dîné ensemble il y a peu à l'Industrie? -À quoi? -Le café de l'Industrie.
Si. Un restaurant qui fait bar, vers Bastille. -Non. Je suis jamais allée là.
Alors quelqu'un vous ressemblait. Vous allez jamais à l'Opéra?
À l'Opéra Bastille, jamais. -C'est dommage. -Vous y allez souvent? -Non. Quand il y a des concerts.
Au revoir. -Arrête! Mais si... on se connaît.
On a eu une conversation hyper cool sur la télévision. Je suis réalisateur de télévision.
Tu m'as dit que j'étais hyper cool pour un réalisateur télé.
Ça m'étonne, j'ai horreur des mecs hyper cool, de ce qui est cool en général,
et des réalisateurs en particulier. -Ça me fait un peu sourire. -Souris, connard!
Ça va pas, non? Attends, je t'ai rien demandé!
Tu es venue, alors tu m'insultes pas. C'est toi, la connasse.
Connasse!
Vous vous êtes dit quoi? -On a pris rendez-vous. -C'est pas vrai. Tu lui as demandé des cigarettes,
et lui, si tu allais à l'Opéra. -Pourquoi tu demandes? -Car il t'a traitée de "connasse".
C'est un réalisateur de télévision. -Ah bon?
Il m'insulte, tu lui casses pas la gueule? -Je casse pas la gueule aux gens. Je ne sais pas faire ça.
T'es content de toi, hein? -Pas du tout. -Si. T'es beaucoup trop content.
T'es complètement folle. Tu me fais chier, toi. -C'est ça, tire-toi!
Laisse-moi! -Je te laisse pas. -Laisse-moi!
C'est rien, ça va passer. Je suis sérieuse, tu me laisses. Tu me laisses, Didier.
Bonjour.
Ça va? -Oui. -Merci d'être venu. -C'est normal, tu m'as appelé.
Ça va? -Comme ça. Ça va, Juliette? -Moyen. On s'est engueulés.
Je sais même pas où elle est. Sans doute chez sa mère. Sa mère est folle. Elle va craquer, là-bas.
Bon. Elle est partie, elle est partie... Bon. Qu'est-ce que tu voulais me demander?
Euh... je vais te dire.
Qu'est-ce que j'ai fait de cette revue? Je l'avais posée.
Dis donc, t'aurais pas un boulot pour elle? -Pour qui? -Pour Juliette.
Elle faisait quoi? -Sous-bibliothécaire.
Elle peut être sous n'importe quoi. -Écoute, je verrai. Ah, voilà!
Tu devrais lire. Il y a un article de Jérôme Sauveur. -Oh là là! Jérôme Sauveur...
Il y a un nombre de nouveautés, dans les librairies... Bonjour.
Jérôme... Tiens, voilà. -Ce type écrit trop bien. Ça me dégoûte.
C'est quoi, ton service? -Quoi? -T'as un service à me demander?
Tu connais mon oncle Ariel? Tu l'as eu comme prof à la fac. Lui seul peut m'obtenir une bourse.
Ici, je finirai jamais ma thèse. Tu peux lui dire deux mots. -Moi, il me méprise. Il t'écoutera.
Tu me surestimes. Je l'ai eu comme prof, mais d'abord, j'étais pas le seul.
Il te connaît. Il a de l'estime pour ce que tu écris. Même sur le film serbe. -Bosniaque.
Tu l'as vu, finalement? -Non. -Il a très envie de te connaître. Il me l'a déjà dit.
Ça lui ferait un immense plaisir. Sois sympa, fais-le pour moi.
Oui. Mais comment je fais? J'appelle, je dis: "Je suis Didier Temple."
J'appelle de la part..." -Mais non! Il fait un dîner mardi.
Je n'y serai pas, mais je te fais inviter. -Tu trouves un job pour Juliette?
Je vais voir ce que je peux faire. -Sérieusement? -Oui. Je te faxerai
le plan, l'invitation. C'est comme si c'était fait. -Bon. Bien, d'accord. Je t'embrasse.
Bon après-midi. -Toi aussi.
Ah! Salut. -Salut, Arthur. -Je dois prendre ma veste. -Les parents sont là.
Merde! -Qui est-ce, Arthur? -C'est Didier, maman.
Ah! Tout de même. -Quoi, "tout de même"?
Je me demandais si j'allais te revoir un jour. Tu viens voir ton frère,
mais nous, c'est comme si on n'existait plus. Quoi? C'est si terrible, pour toi,
de venir nous voir de temps en temps? -Tu peux pas être un peu moins prévisible, maman?
Je suis "prévisible"... -Je savais que tu dirais ça. -Ne parle pas comme ça à ta mère.
Écoute, je parle à Didier. -Écoute... -Attends, il a raison.
Je ne viens pas, car je travaille. Mais je ne pense rien de tout ça.
"Tout ça" quoi? On ne sait pas ce que tu penses. -On est très contents que tu aies beaucoup de travail.
Et Juliette, ça va? -Ça va. -Vous vous êtes engueulés? -Je l'ai pas vue
depuis trois jours. Tu lis quoi? -Au-delà du miroir. C'est Jérôme Sauveur.
"Jérôme Sauveur"? -Tu l'as lu? -Non. -Tu devrais.
Pourquoi? -C'est hyper bien! -"Le regard d'or du début n'est plus nôtre.
Nous devons maintenant assumer la sombre patience de la fin." Il écrit bien. Ça me déprime.
Bon. Je reprends ma veste. -Elle est là. C'est pour quoi? -Je suis invité à un dîner...
à une fête... Et j'ai pas envie d'avoir l'air d'une loque.
Ça te fait sourire? -Bien non!
Qu'est-ce que j'ai? Pourquoi tu me regardes? -Mais je peux bien te regarder.
C'est pas lui.
Bonsoir. Didier Temple. -Ariane Morgenstern. Vous venez pour...
Pour le dîner. Il y a bien un dîner ce soir? -En principe. Vous êtes invité? -Oui.
On sera treize. Entrez.
Vous avez pas l'air d'être au courant. -Non. Ça n'a aucune importance.
Je vous débarrasse.
Bonsoir. -Désolée, c'est pas ton chéri. Violaine Rachat. M. Temple.
Didier. Bonsoir. -Ça vous ennuie d'attendre au salon?
Pas du tout. -Je suis à la cuisine. -Vous voulez un coup de main? -Merci. On m'aide déjà.
Pardon. M. Chatwick-West est bien là? -Oui. Il est occupé. Il sera là bientôt.
Merci. -Vous voulez un verre? -Euh... non, merci.
Je vais rentrer là. Je vais attendre. -Bon. Moi, je vais... À tout à l'heure.
Ah! Enfin.
Bien quoi? Je suis à l'heure, non? Je suis presque à l'heure. -Presque.
Attendre me rend folle. -Tu faisais quoi? -Je faisais de la grammaire avec la petite.
Je suis contente que tu sois là. -Bonsoir.
Je crois qu'on s'est déjà vus. -Didier Temple. Jérôme Sauveur.
Ça va pas? -Vous pouvez m'indiquer la salle de bains,
s'il vous plaît? -Oui. En haut des escaliers. La première porte à droite.
Merci beaucoup.
Hé! Réveillez-vous. Réveillez-vous! -Qu'est-ce que j'ai, mon Dieu? Mais qu'est-ce que j'ai?
Ça va? -Je sais pas. -Mais qu'est-ce que... Qu'est-ce qui s'est passé?
J'ai cru que vous étiez mort. Vous vous êtes fait mal?
Non. Je me suis cogné contre la poutre, là. Je me suis mis sur le rebord, et après, plus rien.
Un malaise vagal. Vous en avez déjà eu? -Jamais. "Un malaise vagal"? Vous êtes sûre?
Je suis médecin. Ça peut arriver après un choc. Vous avez eu de la chance de pas tomber sur le carrelage.
Ça fait combien de temps que je suis là? -Un petit moment.
Le dîner a eu lieu, je veux dire? -Non. Mais tout le monde est à table.
C'est pas vrai! -Je vais les prévenir. -Ils vont me regarder. -Non. On vous avait oublié.
Ça va mieux? -Oui. -Pas de vertiges? -Non. Merci.
Passez-vous de l'eau sur la figure. -Oui.
Je vais leur dire de vous attendre. -Merci. -À tout de suite.
Oui. À tout de suite. -C'est en bas, au bout du couloir.
Merci beaucoup.
Pourtant, je supporte beaucoup de choses. Même les lignes que Kundera
se croit obligé de consacrer à Janacek. Et Dieu sait...
ce que ça peut être rasant! Ah! Bonsoir.
Bonsoir! Ça va mieux? -Oui. Je vous remercie. -Tant mieux.
Tant mieux! Prenez place. -Merci. Bon appétit.
Pardon? -Bon appétit.
Excusez-moi... excusez-moi de vous demander ça.
J'étais bien invité chez vous, ce soir? Je veux dire... je me suis pas trompé?
C'est pas le cas? Je suis absolument... je suis horriblement confus.
Parce que votre neveu m'a affirmé... -Martin? Non. C'est étrange.
Étrange... ce garçon est très étrange. -C'est une situation totalement absurde.
Je vais vous laisser. Et je vais le rappeler. Je vous demande pardon. -Soyez simple.
Restez, asseyez-vous et servez-vous. Owen, vous servez ce jeune homme, s'il vous plaît.
: Asseyez-vous!
Voilà.
Vous parliez des Testaments trahis, c'est ça? -Comment?
Ah! Kundera. Les Testaments trahis. Non. Pas seulement. Il met Janacek partout,
dès qu'il le peut. Même dans son premier roman, je crois...
La Plaisanterie. -Vous connaissez ça très bien. Je ne suis pas surpris.
Je suis d'accord avec vous sur Janacek, Mais les...
les pages consacrées dans Les Testaments à Kafka ou à Hemingway,
je trouve ça très juste. Vous trouvez pas ça juste? Sur cette nouvelle d'Hemingway?
Collines comme des éléphants blancs. -Oui.
Oh! La tartine sur l'ambiguïté... la polysémie du texte.
C'est vraiment très scolaire, ça! -"Scolaire"... -Oui!
Moi, je trouve au contraire que ce texte est à la fois limpide et offensif.
Ah! Peut-être... Je donnais seulement un exemple.
En fait, nous ne parlions absolument pas de Kundera. Nous parlions de vous.
De moi? -De vous. Oui. Ça vous étonne, hein?
Non. Je veux dire, dans ces circonstances, là... non. -Oh là là! Il rougit. Il rougit!
C'est charmant!
J'ignorais que vous étiez timide, après avoir lu vos écrits...
Vous y montrez une telle assurance. -L'assurance des timides.
Hein? Oui. Bon. Peut-être, peut-être... L'assurance des timides, hein...
Vous avez lu ses textes, Sauveur? -Quelques-uns. Oui.
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