முதல் 200 வரிகள்.
Pascal !
Qui est là ?
C'est moi, Christine.
Qu'y a-t-il ?
Je m'en vais. J'ai cours à 8 h et demie.
Bon cours.
Ne te lèves-tu pas ?
Moi, je n'ai pas cours.
Mais tu dois travailler.
Pourquoi ?
Pour finir ton mémoire de maîtrise.
Pourquoi ?
Ne veux-tu pas commencer à vivre ?
Je suis déjà vivant.
J'essaie d'en profiter.
Crois-tu que cela m'amuse, ce que je fais ?
Que fais-tu ?
Tu le sais très bien. Je prépare l'agrég de philo.
Ah, ça.
J'espère que cela t'amuse, vu le temps que tu y passes.
Je pense à l'avenir.
Je crois pouvoir vivre ma vie sans avoir fait une maîtrise
sur la transcendance matérialiste chez André Breton.
Assume ton choix.
Je n'ai rien choisi.
C'est la prof qui me l'a imposé.
J'ignore même ce que c'est.
2 ans dessus, et tu ne sais pas ce que c'est ?
Non.
Et je ne le saurai jamais.
Ce n'est pas la peine de me réveiller.
Tu es vraiment un drôle de mec.
Je vais faire ma voix.
Si tôt ?
On répète à 10 h.
L'Innommable fait les répétitions tôt pour nous faire souffrir.
"L'Innommable" ?
Notre chef.
C'est toi qui l'appelles ainsi ?
Je ne suis pas la seule.
On peut sortir, ce soir.
Oui.
Bonne journée, Manuel.
À ce soir, Sarah.
Je t'aime.
Ce n'était pas prévu, que tu passes ce soir.
Je suis content que tu sois là.
Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu venais ?
Je pensais que tu serais là.
Pourquoi ?
Tu as du travail à faire.
Je fais ce qui me plaît.
Quoi, par exemple ?
Je me promène, je lis.
Des choses en rapport avec ta maîtrise ?
Non.
Tu n'as même pas entièrement exploré ton corpus.
Je n'ai pas entièrement exploré mon corps.
Je t'aime, Christine.
Tu te dissipes, Pascal.
Toi, que lis-tu ?
Heidegger.
C'est bien ?
Ne sois pas vulgaire.
Je ne pense pas être vulgaire.
Je t'aime.
Va te coucher.
Je dois finir mon chapitre.
C'était sympathique, comme soirée.
- Fatiguée ? - Un peu.
- Travailles-tu, demain ? - Oui. À 10 h.
N'est-ce pas pénible, pour l'Innommable, si tôt ?
Non. C'est un homme très sain,
qui se couche et se lève avec le soleil.
Toi aussi, tu travailles tôt et tu ne te plains jamais.
Pour un informaticien, c'est normal.
Toi, tu n'es pas un informaticien normal.
Si.
Si.
Ne tardons pas à nous coucher.
Je veux regarder un peu mes partitions.
Que travailles-tu en ce moment ?
Du Monteverdi.
Et c'est bien ?
Il n'y a rien de plus beau, mais c'est difficile.
Personne ne chante comme toi.
L'Innommable n'arrête pas de me dire le contraire.
C'est un crétin.
Pire qu'un crétin, c'est quelqu'un de profondément méchant.
Tu devrais te coucher.
Oui, peut-être bien.
Bonne nuit.
Bonne nuit.
Jacques Vaché était le plus sublime des surréalistes.
Voire, j'ose le dire,
le plus sublime des écrivains de notre siècle.
Sa voix unique était une cataracte de silence.
Une détonation de silence
qui a fait trembler le monde.
Comment parler de ce silence génial ?
Comment le célébrer, sinon en me taisant ?
J'ose affronter le silence colossal de Jacques Vaché
par le seul langage adéquat.
Elles existent pour rendre quelqu'un heureux.
Crois-tu ?
Tiens, Michel.
J'ai découvert ceci.
Michel-Ange, l'artiste, a écrit des poèmes.
Oui, c'est archi connu.
Les intellos lui reprochent d'être un artiste,
les féministes, d'avoir aimé un mec,
et les homos, d'avoir été chaste.
S'il n'a contre lui qu'intellos, féministes et homos, ça va encore.
Tu sais, en France, ça fait pas mal de monde.
Écoute.
C'est juste la traduction.
"Avec toi dans mon coeur J'aime moi-même
"Bien plus que je ne m'aime Et vaux bien plus que moi
"Comme le bloc Qu'un ciseau défigure
"Est un bien plus précieux Que le rocher entier
"La page écrite ou peinte Est plus visée des yeux
"Qu'une feuille froissée ou déchirée
"Je reçois tout Sans aucune souffrance
"Depuis que ton visage Élut en moi sa cible
"Tes traits gravés sur moi Je vais partout sans peur
"Comme celui pourvu De sorts ou d'armes
"Qui rendent vains tous les dangers
"Je suis armé par toi Contre l'eau et le feu
"Ton signe en moi Me fait voir aux aveugles
"Mes crachats donnent vie Contre tous les poisons"
Du néoplatonisme courant, quoi.
Pour moi, c'est tout nouveau.
O notte, o dolce tempo
Benché nero
Con pace ogn' opra Sempr' al fin assalta
Ben vede e ben intende Chi t'esalta
E chi t'onor' ha l'intelletto intero
Que cherches-tu ?
J'ai un réveil dans mon sac.
Je dois me lever demain matin à 6 h 30.
Et pourquoi ?
Pour réviser mon concours blanc.
Non, n'éteins pas la bougie.
Mais pourquoi ?
Je veux te regarder.
Je dois dormir.
Une bougie ne t'empêchera pas de dormir.
Que fais-tu là ?
Je regarde.
Quoi ?
Dehors.
Qu'y a-t-il, Sarah ?
Je ne pouvais pas dormir.
Tu es triste, ces derniers temps.
Je me pose des questions.
Quel genre de questions ?
À propos de la musique et à propos de moi.
Ne veux-tu pas être heureuse ?
C'est quoi, "être heureux" ?
Être ensemble.
Nous aimer.
Réussir chacun dans notre carrière.
Avoir assez d'argent pour ne pas trop y penser.
Nous aimer.
Vivre ensemble dans un lieu agréable qui est à nous.
Vivre ensemble avec nos enfants.
Ne veux-tu pas avoir d'enfants ?
Si.
Qu'y a-t-il, Cédric ?
Ton ministre est arrivé.
Je le fais rentrer ?
Dans une minute.
Cédric.
Fais-nous du thé.
J'ai déjà mis l'eau à bouillir.
Tu es un ange, mon chéri.
Mon cher Juju !
Quel délice de te revoir.
Allons dehors, mon cher. Nous y serons mieux.
Le soutien de gens sensibles et cultivés comme toi, Juju,
est pour moi sans prix.
Le petit Cédric t'appelle "mon ministre".
Je ne suis qu'un noble serviteur du ministre.
Cédric, c'est le jeune qui m'a fait entrer ?
Exactement.
Qui est-ce ?
Mon régisseur.
Ton "régisseur" ? Délicieux, comme expression.
Voici le jeune héros.
Je vous sers.
- Du sucre ? - Moi ? Non.
On dirait que vous êtes un garçon très doué.
Va chercher une tasse pour toi.
- Je ne veux pas de thé. - Tu vas rester avec nous.
Connais-tu le metteur en scène Jean-Astolphe Méréville ?
Non, pas du tout.
C'est le génie du baroque. Tout le monde est d'accord.
Au ministère, on voudrait qu'il se lance dans le lyrique.
Il mettrait en scène Les Petites oeuvres dramatiques de Monteverdi.
"Le Combat de Tancrède et Clorinde", ce genre de choses.
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