முதல் 200 வரிகள்.
Jocelyne !
T'as vu ? T'as vu ?
Pardon.
18 millions d'euros, à côté de chez nous ! 18 millions.
Et le gagnant ne s'est pas pointé. Il reste à peine 4 jours.
Il fait quoi, ce con ?
Ou cette conne.
C'est vrai. Ça aurait pu être nous.
J'ai tout de suite su que c'était moi.
Avant même de vérifier.
C'est pas possible.
Un bulletin à 2 euros validé à Arras, place des Héros.
18 547 301 euros.
Le 6, le 7, le 24, le 30
et le 32.
Une chance sur 76 millions de gagner,
et c'était tombé sur moi.
J'aurais tellement voulu que ce ne soit jamais arrivé.
Arras, 42 000 habitants,
son beffroi,
une plaque, rue du Miroir-de-Venise,
qui indique qu'ici est né Eugène-François Vidocq,
le 24 juillet 1775.
Et puis pas loin, ma mercerie.
À Noël, des nappes et des serviettes à broder.
Pour le carnaval, des patrons de déguisements.
Et après, c'est calme jusqu'au printemps.
Non, ça va pas...
Ah bon ?
C'est Internet, maman. C'est pas une quête pour la paroisse.
On va reprendre.
- Je vais vers où ? - Par là.
C'est quoi, ce blog, pour toi ?
Ce blog est...
Ce blog est fait pour toutes celles qui pensent
que ce qu'on fait soi-même a plus de valeur.
C'est un endroit où on peut échanger des tuyaux, des idées,
même des recettes.
Un endroit pour se rencontrer.
Ce serait mieux que vous veniez à la boutique,
mais ce n'est pas obligatoire. À bientôt, alors.
- C'était bien ? - Très bien.
Je fais un montage et on met ça sur la page d'accueil.
D'accord. Super.
Déjà ? Zut.
Il est super beau, en costard, papa.
- Je suis bien, comme ça ? - Super.
File. Il aime pas attendre.
Je fermerai.
Tu me plais, comme ça.
Vous êtes aujourd'hui entourés de vos collègues,
de vos proches, qui tenaient
à vous rendre hommage.
Cette médaille du Travail symbolise votre contribution
à la richesse de notre pays, à son évolution,
mais aussi à son humanité.
Car, ne l'oublions pas,
la suprême récompense du travail
n'est pas dans ce qu'il vous permet de gagner
mais dans ce qu'il vous permet de devenir.
Et maintenant, le buffet est ouvert.
Ça roule ?
- Tu t'ennuies pas trop ? - Je suis contente d'être avec toi,
de voir les gens avec qui tu travailles.
Je vous présente Nathalie, ma femme.
Bonsoir, Nathalie.
Enchantée.
Toutes mes félicitations, Alain.
Ça s'est fait tout seul.
30 ans de mariage, 30 ans de maison.
Moi, je dis : espèce en voie de disparition.
Votre mari est le prochain sur la liste.
- C'est vrai ? - Ah oui.
Ça se passe bien, son stage ?
Il a l'étoffe d'un meneur d'hommes.
Depuis le temps que je lui dis...
- Tiens. - Merci.
Je peux vous l'emprunter ?
Les hommes qui savent danser, ça se fait rare.
Vous n'êtes pas jalouse, Jocelyne, hein ?
Elles ont le droit de rêver.
Remarquez, Jo mériterait une médaille.
Elles sont comme des folles autour de lui. Moi, à sa place...
Ça va aller, Alain.
- C'est quoi, comme médaille ? - Vermeil, 30 ans.
- Ah ouais, dis donc. - Moi, ça fait 26.
Tu bosses 30 ans, tu as une médaille, comme à la guerre.
- Drôle de vision des choses. - C'est la vérité.
Tu vois tout en noir.
C'est un bon boulot et tu vas être promu.
On s'en sort bien, tous les deux, non ?
- Tiens. - Merci.
Ludo, on a fait péter la chemisette ? C'est le printemps ?
J'essaie d'attirer votre attention, mesdames.
"Mesdemoiselles." Jocelyne est la seule femme honnête.
Merci. Tu fais quoi ?
Un site génial. Tous les tirages depuis 2008.
Par exemple, le 25, il est sorti 27 fois.
- Pas mal. - Non, c'est nul.
Et le 34... Très mauvais, le 34.
Alors que le 5, il est sorti 32 fois.
Et le 23, c'est le pompon : 49 fois.
- Donc là, je joue... - Le 23.
Non, justement. Tout le monde va jouer le 23.
Si ça gagne, ça va faire un rapport pourri.
Non. Je joue le 49... pour "49 fois".
- Le 49 ! Ah... - Il faut écouter les chiffres.
C'est scientifique. Il faut les écouter.
- Ludo... - Oui.
- Voilà. - C'est parti pour le gros lot.
- Et toi ? - Moi quoi ?
18 patates, quand même.
Attends. Une villa sur la Côte, un tour du monde, un diamant...
Des paires de Louboutin...
J'ai pas de chance, moi.
"La chance" ? Et puis quoi encore ? Ça n'a rien à voir.
Dans 1 an, je suis pétée de thunes et je me fais refaire les seins.
- Moi pareil. - Ils ont l'air très bien.
Oui. Ben, l'air, seulement.
Il paraît que dans l'espace,
les seins ne tombent pas, avec l'apesanteur.
Voilà. Carrément.
Je touche à rien. Jo m'aime comme ça.
C'est ça. Les hommes, tous les mêmes.
Dans un an, si on gagne, je fais installer l'apesanteur à la maison.
Je vais pas arracher des poils de cul toute ma vie. Je vise plus haut.
Les aisselles.
- T'es con. - Non, mais franchement.
Pense à tes gosses. Tu vas leur laisser quoi, comme héritage ?
Des fermetures Éclair ?
Allez, hop. Au boulot.
Bon. Bon...
Allez.
Ne regarde pas ce que je joue, toi.
Je te connais.
Donc ces deux couleurs ? Là et là ?
- C'est joli, non ? - Oui.
- 2 mètres de chaque. - Je vous commande ça.
Je vous rajoute une petite bande de serpentine ?
C'est une belle idée.
Oui ? Je vous commande ça,
madame Viguier.
Lucette 62.
C'est mon pseudo, sur votre blog.
Ah, mais c'est vous, le cake aux olives.
Une cliente l'a essayé. Elle s'est régalée.
Ça me fait plaisir.
- Je vous verse un petit acompte ? - Non. On se connaît.
- Mardi, sans faute. - Merci. Au revoir.
Au revoir.
Bonjour. Vous êtes Jocelyne Guerbette ?
Juliette Merval, de L'Observateur de l'Arrageois.
- Je voudrais vous interviewer. - Moi ?
Au sujet de votre blog.
En 2 mois, vous avez 2 000 abonnés,
1 200 connexions par jour, et ça augmente.
Comment vous expliquez ça ?
Je l'explique pas.
Je suis un peu dépassée.
J'ai du mal à fournir, mais c'est chouette.
Est-ce que ça ne tiendrait pas au toucher ?
Peut-être ?
Est-ce que vous pensez qu'on souffre dans...
Vous pensez
qu'on souffre, dans notre société, de l'absence de contact ?
Est-ce que le virtuel n'aurait pas tué le tactile ?
L'érotisme ?
Avant, on écrivait un journal, maintenant, c'est un blog...
- Vous teniez un journal ? - Oui.
Écoutez, j'ai pas de réponses à vos questions. Désolée.
Bon...
Il faut que je vous raconte.
Ma mère vit seule depuis 10 ans.
Elle se lève à 6 h, prépare son café, arrose ses plante, boit son café.
Une heure après, à 7 h, sa journée est terminée.
Une voisine lui a parlé de votre blog.
Grâce à vos passementeries, à vos bouffettes et embrasses,
elle chatte sur votre blog.
Elle invite des voisines.
Me dites pas que vous avez pas de réponses.
Vous faites du bien aux gens. Vous vous en rendez compte ?
- Désolée, je vous prends de court. - Non, c'est pas ça...
J'ai jamais réfléchi à tout ça.
Vous y réfléchissez, je vais revenir, et vous aurez les réponses.
D'accord ? Je compte sur vous ?
Comme beaucoup de gens, finalement. À bientôt, Jocelyne.
- Au revoir. - Au revoir.
Bien sûr, je tenais un journal.
Avec des coeurs minuscules en guise de points sur les i,
des photos du garçon dont j'étais amoureuse en 3e,
Philippe, et que j'ai jamais osé aborder.
Des paroles de chansons, toutes mes illusions...
Papa, le jour de ma communion.
Il ne s'en souvient plus.
Il ne se souvient plus de rien.
Depuis son AVC, plus de passé, plus d'avenir,
juste un présent qui dure 6 minutes.
Toutes les 6 minutes, sa mémoire se remet à zéro.
Toutes les 6 minutes, il me demande des nouvelles de maman.
Elle est où, là ?
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