முதல் 200 வரிகள்.
UN VOYAGE PERSONNEL
AVEC MARTIN SCORSESE
À TRAVERS LE CINÉMA AMÉRICAIN
Là, cadré comme ça.
M. Von Ellstein ! Vous pourriez venir ?
LES ENSORCELÉS Vincente Minnelli, 1952
- Vous appelez ça réaliser ? - Depuis 32 ans, oui.
Vous ignorez toute une dimension de cette scène !
Peut-être est-ce une dimension que j'ai voulu ignorer.
La scène pourrait être un apogée.
Comme chacune des scènes de ce film !
Je serais alors un mauvais réalisateur.
Et j'aime à croire que je suis l'un des meilleurs !
Un film tout en apogées est comme un collier sans fil, il ne tient pas !
Quand je voudrai un discours sur l'esthétique du film, je demanderai.
Et je ne vous paierai pas pour ça !
Ni pour mal interpréter une scène magnifique !
Il faut de l'imagination pour mettre en scène !
Quelle imagination, Mr. Shields ? La vôtre
ou la mienne ?
Savez-vous comment faire, Mr. Shields,
pour que ce film soit tel que vous le souhaitez ?
Vous devez le réaliser vous-même.
Pour réaliser un film,
il faut de l'humilité.
Sauriez-vous être humble, Mr. Shields ?
"Le cinéma est une maladie", disait Frank Capra.
Quand il infecte votre réseau sanguin,
il devient votre hormone prédominante.
Votre âme damnée...
Comme avec l'héroïne, l'antidote est d'augmenter la dose.
Très joli !
Je me dois de dire que quand j'ai grandi dans les années 40 et 50,
je passais mon temps dans les cinémas.
J'étais un obsédé de films.
À cette époque, il n'y avait guère d'ouvrages consacrés au cinéma
sauf un livre...
Mon premier livre de cinéma, mais que je ne pouvais pas me payer.
Difficile de le lire,
sauf le seul disponible à la bibliothèque municipale.
Je l'y ai très souvent emprunté.
C'était "Une Histoire Illustrée du Cinéma" par Deems Taylor,
et c'était
une histoire des films
en noir et blanc, année par année, jusqu'en 1949.
Ce livre m'a envoûté.
À cette époque, je n'avais vu que très peu des films mentionnés dans le livre.
Tout ce que je connaissais de ces films était
ces photos en noir et blanc.
Je fantasmais sur elles, elles hantaient mes rêves...
Je mourrais d'envie de les arracher, ces images.
Mais après tout, c'était un livre de bibliothèque.
Heu... bon, j'avoue que...
une fois ou deux, je n'ai pas pu résister.
Je m'en souviens clairement, en 1946, j'avais quatre ans...
Ma mère m'a emmené voir Duel au Soleil de King Vidor .
J'étais fan de westerns. Mon père m'emmenait toujours les voir.
Cette fois, ce fut ma mère.
L'Église avait condamné le film, "Luxure dans la poussière", disait-elle.
Ma mère s'est clairement servi de moi pour le voir.
Duel au Soleil
Dès le générique, je fus envoûté.
Ce déluge de couleurs crues,
les coups de feu, l'intensité sauvage de la musique,
le soleil brûlant...
la sexualité
non déguisée.
Jennifer Jones
en servante métis...
et Gregory Peck en méchant,
le cruel fils du propriétaire du ranch qui la séduit.
Pour un enfant, c'était un mystère, je veux dire,
comment l'héroïne pouvait-elle s'éprendre du méchant ?
C'était irrésistible. Mais effrayant aussi.
La fin de Duel au Soleil ,
où Jennifer Jones abat Gregory Peck,
était trop dure
pour un enfant de 4 ans. Je me suis caché les yeux.
Espèce de sale traîtresse !
Un film imparfait, mais malgré tout,
la qualité hallucinatoire des images est restée gravée dans mon souvenir.
Comme si les deux protagonistes ne pouvaient aller au bout de leur passion
qu'en s'entretuant.
Je pense qu'on est quittes.
Pearl !
Pearl !
À l'époque, je l'ignorai, mais en 1946, Hollywood avait atteint son apogée,
20 ans plus tard, quand j'ai commencé à tourner,
le système des studios s'écroulait remplacé par celui des multinationales.
Au cours des années 50, ma passion des films se transforma en vocation.
Le cinéma entrait dans une nouvelle ère.
Celle de La prisonnière du Désert ,
de La Blonde et Moi ,
de À l'Est d'Éden ,
de Graine de Violence ,
de Derrière le Miroir et de Sueurs Froides .
Ma passion se nourrissait de toutes sortes de films,
pas forcément ceux "culturellement corrects".
Parfois totalement inconnus.
Police Speciale
Meurtre sous Contrat
T'es énervé ?
Quand je suis énervé, je fais du sport.
- Ma môme vit à Cleveland. - C'est pas Cleveland, ici.
Je n'aime pas les porcs.
Moi, si.
La nature humaine.
La Maison Rouge
Ça pourrait être toujours comme ça, Jeannie.
On n'a besoin de personne d'autre.
The Phenix City Story
Tu s'rais pas la gosse de Zeke Ward ?
Maman ! Maman !
Là, sur la pelouse, maman ! Regarde, regarde !
John !
VOS GOSSES Y PASSERONT AUSSI.
Des réalisateurs, hélas, un peu oubliés de nos jours...
Allan Dwan,
Samuel Fuller,
Phil Karlson,
Ida Lupino,
Delmer Daves,
André De Toth,
Joseph H. Lewis,
Irving Lerner.
Peu à peu, je découvrais des films moins connus
et parfois, ils étaient plus inspirants
que les films prestigieux qu'on couvrait d'éloges.
Mais je ne peux parler que des films qui m'ont émus ou intrigués.
Je ne peux être objectif,
c'est comme un musée imaginaire.
On ne peut en visiter toutes les salles, malheureusement,
car on n'a pas le temps.
Je vous parle donc de quelques-uns des films qui ont colorés mes rêves,
changés mes perceptions, et parfois bouleversés ma vie.
Des films qui m'ont donnés envie, à tort ou à raison,
de devenir cinéaste moi-même.
Autant que je me souvienne,
La question était : "Comment être réalisateur à Hollywwod ?"
Encore aujourd'hui, je me le demande :
Comment être un professionnel ou même un artiste à Hollywood ?
Comment surmonter le conflit entre expression personnelle
et impératifs commerciaux.
Quel est le prix à payer pour travailler à Hollywood ?
Faut-il devenir schizophrène ?
Faut-il faire un film pour eux, un film pour soi ?
- T'auras Bob Hope, Mary Martin. - Peut-être Bing Crosby.
- Les Abbott Dancers. - Même Jack Benny & Rochester.
- Un orchestre connu... - Quoi ? Oh, non.
Je veux faire "O Brother, Where Art Thou ?"
LE DILEMME DU RÉALISATEUR
Dès le départ, je me suis intéressé au cinéma comme moyen d'expression,
Je m'intéressais donc aux réalisateurs,
surtout ceux qui contournaient le système
pour imposer leur vision sur l'écran.
Quelque chose de ce genre ?
Bien sûr, il faudrait les aérer un peu.
C'est trop serré !
Parfois, tout semblait conspirer pour les empêcher de s'exprimer.
Ça, c'est un problème. Trouvez un gars moins gros.
Il y a beaucoup de règles à observer pour survivre à Hollywood.
Des épaulettes, pour mettre tout ça d'aplomb.
Ça fera un effet garanti !
Ce sera parfait.
Poète ou peintre peuvent être seuls,
mais un réalisateur américain doit, avant tout, savoir travailler en équipe.
Le lien le plus important est celui qui allie réalisateur et producteur.
Dans Les Ensorcelés , l'un des meilleurs films de batailles hollywoodiennes,
Kirk Douglas joue le producteur...
- Et si... ? - Suppose qu'on... ?
et Barry Sullivan le réalisateur.
Tous deux rêvent de grands films.
Mais pour leur premier projet,
on leur a assigné un petit budget appelé :
"La Malédiction des Hommes-Chats"
Bon, cinq types déguisés en chats, ça ressemble à quoi ?
À cinq types déguisés en chats.
Que recherche un public qui paye pour voir ce genre de truc ?
Pour avoir les foies !
Et qu'est-ce qui effraie le plus le genre humain ?
- Le noir ! - Bien sûr.
Et pourquoi ? Parce que le noir a une vie propre.
Dans le noir, toute chose prend vie.
Suppose qu'on ne voie jamais les hommes-chats.
- C'est ce que tu penses ? - Voilà.
Pas d'hommes-chats.
Le film est un medium basé sur le consensus.
Jadis, on traitait avec les nababs et les majors,
aujourd'hui, on a affaire à des PDG et des multinationales.
Mais une règle d'or subsiste,
la moindre décision dépend de financiers
croyant savoir ce que le public attend.
Je vous l'ai dit cent fois. Je me fiche d'avoir un Oscar !
Filez-moi un film qui finit bien et qui rapporte.
Je fais ce film ou je démissionne.
À l'époque, le producteur jouait le rôle-clé.
Ce projet, je l'ai enfanté. Je le conduirai à terme.
Il choisissait le réalisateur, il le "castait"...
qui correspondrait le mieux au matériel qu'il avait acquis :
un roman, une pièce, un scénario original...
No comments yet. Be the first to leave one.