200 บรรทัดแรก
D'APRÈS L'HISTOIRE VRAIE d'Irena Gut Opdyke
Allô? Allô? Vous nous entendez?
Ceci est notre dernière transmission.
Aujourd'hui, les forces allemandes
sont entrées dans Varsovie.
Nos pensées vont aux soldats polonais,
sur les champs de bataille,
et à tous ceux qui combattent, où qu'ils soient.
La Pologne n'a pas encore capitulé.
Frontière Est de la Pologne, 1939
C'est tout ce que j'ai pu trouver.
L'annonce vient de tomber:
les Allemands et les Soviétiques ont signé un pacte,
dans lequel ils se partagent notre territoire.
La Pologne n'existe plus. - Préviens tout le monde.
- Je reviens avec le nécessaire. - Merci.
La promesse d'Irena
Maman?
Excusez-moi, monsieur, euh...
mais que faisiez-vous dans cette maison?
C'est là que j'habite,
mais qui êtes-vous?
Hum, je suis désolée,
ils ont changé le nom de toutes les rues,
je pense que j'ai sûrement dû me tromper d'adresse.
Dehors, tous!
Dehors! Sortez dans la rue!
Tout le monde, allez! Obéissez!
Allez! Dehors
Plus vite! En avant!
Allez!
Écoutez bien, les Polonais. À compter d'aujourd'hui,
vous allez tous participer à l'effort de guerre allemand.
Il ne vous sera fait aucun mal, si vous travaillez dur.
Bien sûr. Prenez ceux que vous voulez.
Vous,
vous,
vous, vous,
vous, vous...
et vous.
Dans le camion, juste là. - Vous avez entendu ce que le Major a dit?
Dans le camion! - Allez!
us vite!
Plus vite!
Montez!
Allez, plus vite! Asseyez-vous là.
Attends.
Le Major arrive.
Remets-toi au travail, Irena.
Eh bien! Qu'est-ce qui se passe, ici?
Qu'un seul ouvrier s'évanouisse,
et c'est l'efficacité de toute l'usine
qui se trouve menacée. C'est inacceptable.
- Oui, Major Rugemer. - Major Rugemer,
je vous en prie.
Demandez à n'importe qui, on vous dira
que je travaille ici depuis un an
et que je suis une très bonne ouvrière.
Il m'incombe de maintenir un certain rythme de production.
Quotas à respecter, rendements à fournir.
Ça vous dit quelque chose?
Si elle ne tient pas la cadence, débarrassez-vous d'elle.
Major Rugemer, s'il vous plaît. Je vous le jure sur la tête de ma mère:
elle m'a inculqué l'importance du travail acharné.
Je vais redoubler d'efforts.
Comment vous appelez-vous?
- Votre nom? - Irena Gut.
Irena Gut.
un nom comme Gut, c'est d'origine allemande, non?
D'ailleurs, vos traits sont...
typiquement germaniques.
Je n'ai jamais connu ma famille du côté paternel.
Alors, on m'a baptisée Irena Gutowna.
Hum.
J'admire votre honnêteté.
Mais je n'ai rien à cacher.
Et je suis une bonne ouvrière.
Vous ne retournerez pas à l'usine.
C'est fini pour vous, ici.
Non, Major Rugemer, pitié!
- Ce travail est trop ardu pour vous. - Non, laissez-moi vous montrer--
Êtes-vous à l'aise en cuisine et pour servir à table?
Euh...
Oui, bien qu'on avait chez nous des domestiques,
ma mère m'a appris comment tenir au mieux un foyer.
Elle vous a appris la cuisine?
La couture?
- Lessive et repassage? - Oui, major Rugemer.
« Oui, Major Rugemer. »
Oui.
Vous vous en sortez très bien, Irena.
Vous êtes très efficace.
Merci, monsieur Schulz.
Je vais faire la vaisselle, à présent.
Il n'y a pas d'urgence.
Mangez d'abord quelque chose.
Allez, asseyez-vous.
Ne vous pressez pas,
prenez le temps de mâcher.
Personne ne vous pourchasse.
Vous me rappelez ma fille.
Elle a le même âge que vous.
Maintenant, Irena,
en plus de vos tâches en cuisine et du service aux tables,
vous allez prendre en charge la supervision des juifs
qui travaillent à la blanchisserie.
Et vous serez responsable
de la confection des uniformes d'officiers,
ainsi que ceux des secrétaires attachées à leur service.
Je soupçonne que les juifs ont menti sur leur expertise
et leurs compétences en confection.
Nous tablons
sur une amélioration significative
de leur performance.
Si vous tenez à survivre à ce nouveau poste,
ce sera la condition à remplir.
Est-ce que c'est clair, Irena?
Oui, monsieur Schulz.
Bon.
Nous traversons tous une période difficile.
Avant la guerre, j'étais aubergiste.
Maintenant, je travaille pour le Major.
Lui, avant, il était directeur d'usine.
Il peut se montrer sévère.
Savez-vous quel est le secret,
pour survivre à ce genre de revers du destin?
On baisse les yeux.
On ne porte pas le regard ni à gauche,
ni à droite, ni devant nous.
On ne lève pas les yeux vers le haut.
On regarde seulement ses pieds,
et on avance comme ça, pas à pas.
Autrement dit...
On ne se soucie que de nous,
on ne s'occupe que de nous.
On ne cherche pas à en savoir plus qu'il ne faut.
Et pour le reste, on fait comme les trois petits singes:
ne rien entendre, ne rien voir,
et pour finir, ne rien dire.
Bonjour. Je m'appelle Irena Gut,
et à compter d'aujourd'hui,
c'est moi qui reprends les rênes.
J'ai le regret de vous informer
que les officiers et leurs secrétaires
sont mécontents du travail effectué
dans cet atelier de couture.
En fait, mes supérieurs,
Monsieur Schulz et le Major Rugemer en personne,
ont émis l'hypothèse
que vous auriez peut-être menti
sur vos compétences en confection.
Oh, non, mademoiselle,
bien au contraire. Avant la guerre,
nous étions tous des couturiers chevronnés.
- Ouais. - Nous tous.
- C'est possible qu'on ait travaillé un peu vite-- - Je ne suis pas là pour dénoncer qui que ce soit.
Mais si on veut survivre à nos taches,
il est impératif
que nous rendions un travail impeccable.
J'ai fait croire au Major
que je n'étais plus douée que je ne le suis en couture,
et je me suis dit que vous aviez peut-être fait pareil.
Je faisais des études d'infirmière.
Je suis infirmière.
Enfin, je l'étais.
Je m'appelle Clara. Clara Bauer.
Je suis Tomas Bauer, son mari.
Ma femme était...
Elle est toujours une excellente couseuse.
Couturière.
Une des meilleures. Vas-y, dis-le à la demoiselle.
Je ne suis pas une simple « demoiselle ».
J'ai perdu ma maison. J'ai perdu ma famille.
Je suis une Polonaise, contrainte aux travaux forcés.
Tout comme vous.
Sans vouloir vous offenser, mademoiselle Gut...
vous ne pouvez pas vous comparer à nous,
parce qu'on est juifs.
Ils nous réservent un sort différent,
à nous, les juifs.
Ils ont effectué des rafles dans le Ghetto.
Là-dessus, il circule un tas de rumeurs.
Oui, Lazar, des rumeurs!
Mais on a tous un travail.
On est des travailleurs essentiels,
vu qu'on a tous une formation en couture.
Cette jeune fille a raison.
Il faut qu'on travaille bien,
si on veut continuer à leur être indispensables.
Et comme je viens de le dire, je suis infirmière.
Et Tomas, mon mari, lui, il est comptable.
Je m'appelle Moïse,
et voici ma femme, Zosia.
On vient de se marier.
Je terminais ma dernière année
en école de médecine.
Je m'appelle Lazar. Lazar Haller.
Et voici ma femme, Ida.
On n'est pas couturiers non plus,
j'en ai bien peur.
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