200 บรรทัดแรก
Hé !
C'est toi qu'on appelle "Ça" ?
- J'ai un nom, en fait. - La cuisinière veut te voir.
- Pourquoi ? - J'en sais rien.
Bouge pas ! Tiens.
Ne fais pas attendre la reine.
Moi ? Servir la reine ?
Elle cherche une nouvelle femme de chambre.
Elle veut passer tout le monde en revue.
Dépêche-toi !
Où sont mes ramequins ?
Fixe pas le miroir. Il va avaler ton âme.
- Je crois pas à ces trucs-là. - Tu devrais.
Salut.
Salut, toi. Comment tu t'appelles ?
Montre-nous tes nichons.
Allez !
Je rentre pas là-dedans.
Entrez.
Tu as tiré le mauvais numéro ?
Ton nom ?
- On m'appelle Ça. - Pas possible ?
C'est pas très gentil.
Ils ne sont pas très gentils en fait.
- Pas gentils du tout. - Tu te vengeras sûrement.
Je prie pour leurs âmes.
Comme je prie pour la vôtre.
Je te remercie.
Mais tu devrais quand même te venger
de temps en temps.
On dirait que tu as faim.
Tu as entendu trop d'histoires.
Dans une semaine,
mon second fils, Charles IX, sera couronné roi de France.
Pendant les prochains jours, je serai absorbée
par les préparatifs.
Festins, bals, décorations.
Des divertissements qui plaisent généralement aux femmes.
Mais tout cela ne me divertit pas.
Je cherche donc une personne capable de me distraire par des conversations.
Et ce quelqu'un pourrait être toi.
Moi ?
J'étais un peu comme toi quand je suis arrivée dans ce pays.
Tu ne me crois pas ?
Vous êtes la reine.
Et tu n'es qu'une pauvre petite servante
qui n'a même pas de nom.
- C'est Rahima. - Eh bien, Rahima...
je vais te révéler un petit secret.
Avant, j'étais comme toi.
On me marchait sur les pieds,
je m'endormais en tremblant, et personne ne m'aimait.
La grande question, c'est...
tu es prête à faire quoi pour changer tout ça ?
Tendre l'autre joue ?
Prier pour ceux qui m'ont offensée ?
Je vais te raconter une petite histoire.
Tu pourras me dire si tu aurais agi différemment.
Ça te va ?
Alors, je commence.
Mes parents étaient les roturiers les plus riches d'Europe.
Et on nous enviait donc autant qu'on nous méprisait.
Mais mon père avait une faiblesse.
La syphilis le tue avant mon premier anniversaire.
Ma mère, infectée elle aussi, le suit peu après.
Ma grand-mère m'adopte.
Elle meurt en dormant quelques mois plus tard.
C'est vrai que je portais la poisse.
... sur la terre comme au ciel.
- Amen. - Amen.
Je grandis avec d'autres enfants mal-aimés.
Comme toi, je pense que Dieu me protégera si je suis vertueuse.
TOSCANE, 1536
Je me trompe.
Ça te dit quelque chose ?
"Mets ta confiance en l'Éternel de tout ton cœur, et ne te repose pas..."
Tu es en retard.
Attends un moment.
- Où est mon orange ? - Il n'y en avait plus au marché.
Les soldats ont mis Florence à sac. C'est la famine.
Silence ! Approche-toi.
Plus près !
Passe-moi le fouet.
Vas-y, sinon je te fouette aussi.
Sale Médicis, je vais t'apprendre à me mentir.
J'ai toujours eu beaucoup d'imagination.
Je vois presque les choses avant qu'elles arrivent.
Parfois, on dirait que je peux les faire arriver...
- Fiche le camp ! - ... si je le veux vraiment.
Donne-moi mon chien.
Il est mort.
C'est un don qui ne fait pas plaisir à tout le monde.
J'aurais eu plus d'égards si j'avais su les risques que les nonnes prenaient
en m'hébergeant.
- Arrêtez ! - Je vous en prie !
Apparemment, ma tête valait toujours quelque chose
- pour les soldats affamés de Florence. - La garce des Médicis, elle est où ?
Vous êtes dans la maison de Dieu ! Partez immédiatement.
Allez-vous faire foutre.
Oh, Mère !
Montez !
Non ! Arrêtez !
- Lâchez-la ! - Boucle-la, vieillarde.
- Elle est là-haut ! - Où est-elle ?
- Vite ! - Ouvrez !
Dépêchez-vous !
Coupe ! Vite !
Ils arrivent !
Qui osera poser la main sur la fiancée du Christ ?
Pour la première fois, je compte pour quelqu'un.
Je n'avais jamais quitté le couvent.
Mes semblables ne semblent pas très sympathiques.
Pouvez-vous m'aider ?
Quelque chose me dit que vous vous en sortirez.
- Comment le savez-vous ? - Je suis voyant.
Laissez passer Son Éminence.
- Regarde. - Que fait-il là ?
Incroyable. C'est le Pape !
- Regardez ! Le Pape ! - Que fait-il ici ?
Messieurs, vous détenez quelque chose qui m'appartient.
Jusque-là, je me croyais seule au monde.
Vous nous devez bien davantage. On a versé notre sang pour vous.
Au nom de la papauté, je vous ordonne de la libérer.
Sinon vous brûlerez en enfer pour l'éternité.
C'est là que je réalise combien les gens sont impressionnables.
Et merde.
Prenez-la. On en a assez d'elle.
Ma chère nièce.
Qu'as-tu fait de tes cheveux ?
Excuse-moi. C'est un... abcès sur mon postérieur.
C'est très douloureux à cheval.
J'ai des nouvelles magnifiques.
Un coup de génie. J'ai arrangé ton mariage.
- Mon mariage ? - Oui.
Voilà, c'est le deuxième fils du roi de France.
Il n'est pas hideux, si la représentation est fidèle.
Un portrait qui t'embellit
a été envoyé à Paris, et ils l'ont approuvé.
Il ne reste plus qu'à atténuer...
la désillusion que suscitera la réalité.
Tu dois sûrement savoir que tu n'es pas très belle.
Tu me ressers ?
Quel dommage
que tu n'aies pas hérité de la beauté de ta mère.
On me dit que tu es intelligente. C'est bien.
Ça dure plus longtemps que la beauté.
Et heureusement pour nous, le roi de France adore
tout ce qui est italien.
- Tu lui apportes plusieurs duchés. - Milan, Parme, Plaisance.
Et comme toujours, une dot extravagante.
En échange, il nous protégera de l'ingrat de Madrid
qui nous embête de plus en plus, n'est-ce pas, Cardinal ?
Et si je refuse de me marier ?
Soyons bien clairs.
Nos soldats sont vaincus, et ceux qui n'ont pas eu l'intelligence
de mourir sur le champ de bataille sont en train de mourir de faim.
Les gens blâment les Médicis.
Tu es la fille orpheline de la famille la plus honnie d'Europe.
Et sans la protection de la France,
on finira tous deux pendus
sur le Campo de' Fiori d'ici peu.
Ce que tu veux importe un peu. Tu comprends ?
Mais tu ne seras pas toute seule. Tu côtoieras une cousine de ta mère,
Diane de Poitiers, très en vue à la cour des Valois.
Elle t'épaulera sûrement.
Maintenant, désolé, mais on doit vérifier ta virginité...
Incline-toi et retrousse ta jupe.
Était-ce moins dégradant que le comportement des soldats ?
À peine.
- Elle est vierge. - Parfait !
Alors, nous n'avons pas un moment à perdre.
Votre Éminence, quel honneur. Mais que désirez-vous ?
Ma nièce va épouser le fils cadet du roi de France,
et vous allez en faire
la plus belle mariée du monde.
- Je ne suis pas magicien. - Je vous conseille de le devenir.
Vous serez l'assistant personnel de ma nièce en France.
Le rouge ne lui sied pas.
Il faut plus de parures autour du cou
pour empêcher qu'on regarde son menton.
Il est impitoyable, mais c'est rafraîchissant.
Au moins, il est honnête.
Je réalise vite que c'est un professionnel.
Elle a de jolies chevilles.
Ses robes seront cinq centimètres plus courtes
pour montrer ses mollets et ceci.
Les Asiatiques en raffolent.
Elles souligneront votre meilleur trait.
Vous devrez danser le soir du mariage.
- Je sais pas danser. - Il faudra apprendre.
"Les Français se méfient des Italiens..."
Le pied ressort. On lève les poignets. Le pied fait un tour.
"... et les voient comme des empoisonneurs..."
À gauche, et puis à droite. On monte et on descend.
"Les Italiens sont de grands émotifs qui préfèrent l'art à la conquête."
Les Français ne connaissent pas la fourchette.
- Comment mangent-ils ? - Avec les doigts, j'imagine.
Droite, gauche. Et droite, ensemble.
Vous leur ferez une démonstration.
Vous pensez vraiment que ça va marcher ?
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