200 บรรทัดแรก
Mange, mon chéri, reprends-nous force ! À quoi penses-tu ?
Hé, ma foi, je retombe une fois de plus dans la philosophie.
T'as pas l'idée contre sa nature.
Oui, tu as raison, ce n'est pas possible. Il faut accepter notre loi.
La vie n'est pas belle, mais elle est jolie.
Les grandes passions ne durent qu'un soir.
Les plus beaux tétons ne font qu'une peine et les plus charmants sont les moins coûteux.
La cloche sonne, l'élan s'allume.
Voici la première musique et la fête va recommencer.
Mesdames et Messieurs, ne parlez pas, nous avons une surprise pour vous.
M. Pagnard ? M. Pagnard ?
Où est-il ?
Ah, le voilà ! Par ici, maître. Ils vous attendent.
Mesdames et Messieurs, l'auteur de Pagnard, M. Marcel Pagnard !
C'est à cause du canal de Suez. Les gens ont du mal à trouver de l'essence.
Ça ira mieux demain.
La pénurie d'essence ne peut pas tout expliquer.
Il faut croire que le vieux Pagnard n'intéresse plus les foules.
Comment osez-vous dire une chose pareille ?
C'est la jeunesse qui fait avancer le monde, Pierre.
Laisse ton père tranquille, Frédéric.
Viens, Fernand a une surprise pour toi.
Avant que tu n'aies le temps de finir ta pipe, les jeunes nous auront balayés sous le tapis.
Comment leur en vouloir ? On a fait la même chose à notre époque.
Finir le temps de la valse musette du Lina Park et des pipes en acajou, M. Lazareff.
Il faut savoir tirer sa révérence.
Ah non, il est hors de question que vous arrêtiez d'écrire.
Ma chère Hélène, à quoi bon écrire quand on ne souhaite plus vous lire ?
Marcel, vous connaissez le magazine féminin dont je suis directrice ?
Le magazine Elle.
Elle ?
Eh bien, mes lectrices raffolent de votre travail.
Elles veulent tout savoir de vous, de votre enfance, de vos premières amours.
Nous pourrions imaginer des parutions en épisodes, à échelle, par exemple d'une fois par mois,
chaque semaine.
Elle.
Marcel ? Toujours sur cette machine ?
L'académie a encore appelé, je ne sais plus quoi leur dire.
Dis-leur qu'un de leurs académiciens est sur le point d'inventer le mouvement perpétuel.
On gèle ici.
Tu réfléchis dans ton bureau ?
Il est rempli de feuilles blanches qui attendent que je les noircisse.
Ici, au moins, les lettres françaises me foutent la paix.
Il faut que j'y aille. J'ai dit à la bonne que tu serais ici.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est un jeune homme qui dit qu'il doit récupérer un manuscrit.
Un manuscrit ?
Pour le magazine Elle.
Qu'est-ce que je lui dis ?
Dites-lui... Je ne sais pas.
Dites-lui qu'il aura le premier chapitre dans une demi-heure.
Je ne savais pas que Monsieur écrivait ses mémoires.
Et moi, je l'avais complètement oublié.
Attendez.
Sa roue est voilée.
Apportez-lui du thé, des biscuits et cette pince.
Le temps qu'il redresse sa roue, ça me laisse bien trois heures.
C'est long pour réparer une roue.
Pour un bricoleur, oui.
Mais vu son allure, ça m'étonnerait qu'il le soit.
Si j'ai raison, dans trois heures, sa roue sera carrée.
S'il suffisait de le dire.
Désolé, les amis, ça ne m'aide pas beaucoup.
Je suis né...
Je suis né...
Eh oui, je suis né.
Elles vont vouloir en savoir un peu plus.
Qu'est-ce qui m'a pris de faire cette promesse ?
C'est parce que tu n'as jamais su dire non à une femme.
Valérique ? Tu n'es pas à l'école ?
Fiston ?
C'est toi ?
Eh oh, doucement !
Marcel ?
Marcel ?
À quoi tu joues, Marcel ?
Dis, pourquoi es-tu revenu ?
Je l'ai changé.
Ça nous fait quel âge, maintenant ?
Soixante-et-un.
Boudou ! Mais ça me fait des broites.
Qu'est-ce que tu veux, Marcel ?
À force de remuer tes souvenirs, tu as fini par me faire tomber de la commode.
Et puis, je ne veux pas que tu écrives n'importe quoi sur nous.
Parce que partout où tu es allé, je suis allé.
Il va bien falloir que j'invente.
Ma mémoire est comme une vieille bande magnétique à moitié effacée.
Tu crois toujours que c'est possible, ça ?
Une machine qui ne s'arrêterait jamais ?
Je ne sais pas. Mais ça m'aide à rester debout.
Ça va mal, on dirait.
Tu ne peux pas comprendre.
Les vieillards sont de drôles de singes.
Ils ne savent plus à quelle broche s'accrocher pour remonter dans leur mémoire.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je t'envoie une échelle.
Ça fait quoi d'être vieux ?
Tu en poses, ces questions ?
Maintenant, je veux être vieux comme toi.
Et tailler des pierres comme toi.
L'important n'est pas le métier que tu feras.
L'important, c'est que tu le fasses bien et que ton geste soit beau.
Parce que tout ce qui est beau est vrai.
Et tout ce qui est vrai mérite le respect divin.
Ton grand-père, qui détestait les curés,
le voilà qui parle comme le prophète.
Moi, je dis que le respect est une bonne chose.
Mais il n'a pas besoin d'être divin.
La République respecte ses enfants tout aussi bien que Dieu,
dont la science n'a jamais prouvé l'existence.
On va dire ça aux gens qui ont de la culture, comme toi.
Mais les moins malins, Dieu leur suffit largement.
Et puis, ta République non plus.
La science n'a jamais prouvé qu'elle existait.
Ah, ça !
Et ma sœur, qu'est-ce qu'il va faire plus tard ?
Je ne sais pas.
Oh que si, tu le sais, Joseph.
Il t'a dit qu'il voulait devenir millionnaire.
Ça t'a mis en colère.
Augustine, je me suis mis en colère
parce que je ne connais pas de millionnaire honnête.
Mais c'est parce que tu ne connais pas de millionnaire. Un point, c'est tout.
Mon cher Jules, pour qu'une petite minorité puisse s'enrichir,
il faut qu'une grosse majorité s'appauvrisse.
C'est le système des vases communicants.
Marcel, il fera ce qu'il voudra.
À moi, il a dit qu'il voulait devenir ingénieur.
Alors, il ne sortira jamais de son atelier.
Il aura le thème pâle, les grosses poches sous les yeux
et il finira pauvre et tuberculeux.
Pauvre mais honnête.
Oui, tout à fait, Jules.
Pauvre mais honnête.
Je te le promets, maman.
Un jour, tu seras fière de moi.
Mais je suis déjà fière de toi.
Tu m'écris de si jolis poèmes.
Mais ça, c'est rien.
Tu n'as encore rien vu de quoi je suis capable.
Alors, j'ai hâte de voir.
Oh, pauvre Joseph.
La vie est une tragédie.
Pourquoi, maman ?
Elle ne vient plus nous dire bonne nuit.
Il faut attendre qu'elle aille mieux.
Et quand est-ce qu'elle ira mieux ?
Papa ?
Elle a aimé mon dernier poème.
Mon petit garçon,
n'écoutons pas les oiseaux de malheur.
La vie n'est pas une tragédie.
La vie est belle, pleine de lumière et de couleurs,
comme tes poèmes, qui me font tellement de bien.
Quand je les ai lits, je les étale autour de moi sur le lit.
Promets-moi de m'en écrire des milliers.
Ils seront pour moi les meilleurs poèmes du monde.
Comme un chouin de fleurs.
Quand est-ce qu'elle revient, maman ?
Elle ne reviendra plus.
Marcel, c'est une chose terrible à dire à sa petite soeur.
Je suis en colère.
Contre qui ?
Contre Dieu, qui a fait maman si fragile.
Contre la science, qui ne la paraît mieux, plus forte.
Qu'est-ce qui se passe avec Marcel, maman ?
Il est en train de grandir, alors il n'a plus besoin de toi.
Et la promesse que je t'avais faite, qui c'est qui va la tenir ?
Ce qui compte, c'est que tu l'aies faite.
Ça ne me suffit pas, maman.
Je peux te dire qui va la tenir, sa promesse.
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes,
toutes droites, avec des yeux qui relisaient.
C'était un loup.
- Paul. - Quoi ?
Tu es obligé de lire à voix haute.
Et toi, tu vas encore écrire longtemps ?
Maman disait que tu allais tuser les yeux.
Et tu n'es pas maman.
Ils savent à quoi tes poèmes ?
Puisqu'elle n'est plus là pour les lire.
Dors, si c'est pour dire des bêtises.
Tout comme la bonne mère qui veille sur Marseille,
je sais qu'Augustine veille sur nous.
Madeleine a raison.
La poésie n'est pas un métier.
Et pourquoi ? - Je le sais. Un point, c'est tout.
Tu sais toujours mieux que tout le monde.
Marcel, à 16 ans, on ne connaît rien à la vie,
même si on a déjà des pieds d'adulte.
Alors ils sont assez grands pour botter le cul de ta Madeleine.
Marcel !
Marcel !
Bon, doucement, petit.
Je t'ai déjà dit de laisser ta colère au vestiaire.
On ne monte pas sur un rime pour régler ses comptes.
Je te l'ai déjà dit.
Tu dois laisser ta colère au vestiaire.
Je serai votre instituteur jusqu'aux vacances de 1922.
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