200 บรรทัดแรก
Je sentais le vent froid venant de la baie de San Francisco
frapper le haut de la rampe alors que j'attendais mon tour.
Plus que quelques minutes. Je décidais de tenter un 900.
INSPIRÉ DU ROMAN DE NICK HORNBY
Je n'avais jamais réussi un 900 et je n'ai pas réussi cette fois-là.
À chaque fois, je tentais, je tombais, je me relevais,
et je remontais la rampe encore et encore.
En vain.
Je n'aurais laissé tomber pour rien au monde.
À mon 12e essai, je tournais vite, j'avais pris assez de hauteur.
J'ai basculé le poids de mon corps.
Et j'ai vu que je remontais le côté opposé de la rampe.
Après 13 années de tentatives ratées, j'avais réalisé un 900.
Enfin.
Ils flippaient tous. Mais je me fichais de la compétition.
Le skate, c'est pas tout pour la gagne.
En skate, on donne tout et on respecte ceux qui font pareil.
On tente de réaliser une figure année après année.
Et quand on y arrive enfin, ceux qui nous entourent sont heureux.
Je n'ai pas gagné,
et personne n'a perdu ce soir-là.
C'est pas mal, Sam. On dirait un morceau des Breeders.
Pas mal ? T'es dingue ?
- C'est qui, Breeders ? - Tu connais rien à rien.
Tu regarderas sur Internet plus tard. Il faut y aller.
Encore ? J'ai pas envie.
Moi non plus.
Mais je dois y aller. Toi, tu peux y passer et partir.
Allez, je suis en retard.
Non, tu essaies toujours d'être drôle. Je supporte pas ça.
Fais ce que tu veux. Je me débrouillerai.
Attends, faisons un marché.
Je monte pas. Tu me laisses encore ton scooter demain.
- On verra. - Tu me donnes 10 euros.
T'es fou ? Cinq euros, allez.
- Cinq. - Dépêche-toi.
OK.
Merci.
- Tu montes cinq minutes ? - Non.
Allez, comment je fais pour rentrer ?
Le taxi, ça coûte une fortune.
Quelqu'un te ramènera.
D'accord.
Et si je me fais agresser ?
Je te donnerai cinq euros de plus.
Et voilà notre Donatella.
- C'est Antonella, pas Donatella. - Désolé.
Tout le monde adore ton travail. Viens, je te présente.
Excusez-moi. Mon ami, comment vas-tu ?
Je te fais rire ?
- Non, pourquoi ? - Alors t'es dingue.
Il n'y a rien de drôle là.
J'ai pu penser à quelque chose de drôle.
- Comme quoi ? - J'en sais rien.
Il y a plein de trucs drôles, non ?
Tu crois que tu vas me choper, c'est ça ?
Pourquoi tu dis ça ?
Tous tes muscles sont tendus.
De toute façon, t'as aucune chance.
Si tu t'ennuies, pourquoi tu restes ici ?
Parce que j'habite ici.
Tu pouvais pas sortir ?
Non, je suis punie. J'ai eu trois en grec.
Où tu voudrais être ?
Ici, sur ce canapé,
mais sans personne d'autre dans la pièce.
Sans toi, donc.
- Désolé... - Je plaisantais.
On va dans ma chambre ?
Oui, d'accord.
Je connais même pas ton nom. Je m'appelle Alice.
- Samuel. - Ferme la porte.
Viens.
Tu emmènes les garçons dans ta chambre puis tu leur demandes leur nom ?
Vas-y, choisis.
C'est l'histoire de jeunes Californiens qui ont révolutionné le skate.
J'ai dû le voir 2 000 fois.
- C'est génial. - Tu es doué ?
- Pas aussi doué que Tony Hawk mais... - Le type qui parle des trous noirs ?
- Celui en fauteuil roulant ? - Non, c'est le meilleur skateur.
- Je sais, je plaisantais. - Désolé.
On pourrait sortir ensemble un de ces jours.
- T'as pas de petit ami ? - Non, on a rompu il y a trois jours.
On est restés deux mois ensemble. Je suis dévastée, ça se voit.
- Pourquoi vous avez rompu ? - J'aimais pas faire l'amour avec lui.
Je vois.
Alice ?
- Ils portent un toast, tu viens ? - Oui, on arrive tout de suite.
Et elle a une amie qui...
En théorie, je pourrais refaire la tapisserie de sa maison.
Je ne m'attendais pas à ça. Je suis vraiment contente.
Et tu sais quoi ? Je crois qu'on a vraiment passé un cap.
Où tu vas ? Le scooter est là.
- Je sais, inutile de hurler. - Mais je ne hurle pas.
Je voulais dire, en général.
- Ça a été ? - Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Samuel ! Tu m'appelles, alors ? - Oui, d'accord.
Salut, Anto !
"Salut, Anto" ? Tu la connais ?
- Salut, Sam. Pourquoi tu t'es arrêté ? - Salut, la Flèche.
J'ai eu un peu peur.
- J'ai rencontré quelqu'un. - Où ?
À une fête chez des amis de ma mère.
- Alors elle est vieille ? - Non, elle a notre âge.
- Elle faisait quoi là-bas ? - Elle y vit.
- À la fête ? - Non, elle vit pas à la fête.
Elle vit dans la maison où avait lieu la fête.
- C'est la fille de l'amie de ma mère. - Attends.
OK, j'ai compris. OK.
On va au cinéma demain et j'ai peur de me blesser au visage.
Pourquoi tu te blesserais au cinéma ?
Pas au cinéma, ici. J'ai peur de tomber et de me blesser.
Je comprends.
De toute façon, on va pas se mentir, t'es pas un canon.
Une blessure pourrait bien t'embellir.
- Merci, la Flèche, t'es un vrai pote. - Tu peux compter sur moi.
- Tu m'as remonté le moral. - De rien.
Je me souviens de cette compétition à Trashmore quand j'avais 16 ans
pour plusieurs raisons. Je suis devenu le premier skateur
vainqueur de trois compétitions d'affilée.
Mais surtout, j'ai perdu ma virginité.
J'ai tenu moitié moins que sur une descente de 45 secondes.
45 secondes divisées par deux...
22,5.
Je suis nulle à l'école. Je finis le lycée et j'arrête.
- Si j'arrive au bout. - Et tu feras quoi après ?
J'ai tout essayé. La photographie, la musique, le sport...
Mes parents m'ont acheté un appareil photo, un équipement d'escrime...
J'adorais l'équitation, mais j'ai arrêté avant qu'ils ne m'achètent un cheval.
Pourquoi tu arrêtes à chaque fois ?
Je n'ai aucun talent en particulier, inutile d'insister.
Je ne suis pas d'accord. Parfois, la persévérance finit par payer.
Tu sais combien de fois on tombe avant de maîtriser un trick ?
Je n'ai pas compris un seul mot de ce que tu viens de dire.
Mon père a décidé que j'étudierai le droit pour travailler avec lui.
Mais je n'aurai jamais mon diplôme.
- Et toi ? - Ma mère ne me met pas la pression.
- Et mon père... - Il fait quoi dans la vie ?
Il répare les télés.
Ma mère et lui se sont séparés peu après ma naissance.
Elle devait être très jeune quand elle t'a eu.
- Elle avait 16 ans. - Comme nous.
Qu'est-ce que tu as à la main ?
C'est rien. Je me suis fait ça en skate.
Je crois que le film va commencer.
Et si on allait chez moi plutôt ?
Pardon. C'est la honte, désolé.
Où sont tes parents ?
- Attends, et s'ils reviennent ? - Justement, faut faire vite.
Tu as ce qu'il faut ?
Comment ça ?
Ah, non.
- T'as pas prévu ? - Je pensais qu'on allait voir un film.
T'es trop mignon. Je vais voir dans la chambre des parents.
- Tada ! - T'es sûr qu'il est toujours bon ?
Pourquoi il serait pas bon ?
- Il est peut-être périmé. - Mai 2017.
Quoi ? T'en as pas envie ?
Non, j'en ai envie. C'est juste que... Je sais pas...
- Tes parents pourraient revenir... - Si t'en as pas envie, va-t'en.
OK.
- J'y vais. - J'y crois pas.
Va te faire foutre !
Toi et ta supériorité de merde !
- Non, Alice... - Je suis trop bête pour toi ?
Non, pas du tout.
Tu es la plus belle fille que j'aie jamais vue.
- Oui, c'est ça. - Le jour de notre rencontre,
j'ai pensé que tu ne me regarderais pas, à moins que tu sois bête.
- Voilà ! - Attends.
Et on a fait connaissance et j'ai vu que tu étais intelligente.
- Et ? - Laisse-moi finir.
Je vais essayer de t'expliquer.
J'ai fait des tas de choses ces derniers jours.
Mais je n'arrêtais pas de penser à toi.
Il ne fallait pas tout gâcher.
Comme je viens de le faire.
Mais c'est parce que je suis un idiot.
Tu es parfaite. Tu es fantastique.
Je ne suis pas assez bien pour toi.
- Ce que je veux dire... - J'ai compris.
Tu me le rediras de temps en temps ?
Le préservatif.
- Tout va bien ? - Oui, oui.
Ça y est.
Tu penses que ça a duré 22,5 secondes ?
- C'est quoi, cette question ? - S'il te plaît, c'est important.
- Je sais pas, 25 secondes peut-être. - Ouais !
On pourrait peut-être inviter ta mère à dîner ?
Elle pourrait venir avec son ami.
C'est bizarre, mais elle a personne.
Pourtant, elle a eu une dizaine d'histoires.
On a même un placard où on met toutes les affaires de ses ex.
- Comme quoi ? - Des chaussures, des brosses à dents.
Mais aussi des choses utiles, un rasoir électrique, des lunettes.
- Le dernier a laissé une béquille. - Une béquille ?
- Une canne, tu veux dire ? - Non, une béquille.
- Oui. - Comment il a fait sans ?
- Je n'en sais rien. - Il est parti en boitant.
Il devait être un peu distrait.
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