200 บรรทัดแรก
"Mem."
"Ma."
"Mé." "Mé."
"Mi." "Mi."
"Né." "Né."
"Ni." "Ni."
"Na."
"Né."
"Ni."
"Noun."
Oh, purée !
Et merde !
Mon Solex ne voulait pas démarrer.
Le nonce vous attend.
La prochaine fois, prenez le métro.
Votre casque.
Le père Lustiger est là.
Je me suis laissé absorber par ma leçon d'hébreu.
Une langue difficile, l'hébreu. Asseyez-vous.
Je sais que vous voulez être prêtre à Jérusalem,
mais l'Église a d'autres projets.
Oh, pas une nouvelle paroisse !
Non, non, non. Le pape vous nomme évêque d'Orléans.
- J'ai pas bien compris. - Père Lustiger,
Jean-Paul II vous a choisi pour succéder à Mgr Riobé.
Bien sûr, vous pouvez refuser.
Mais le pape ne me connaît pas.
Enfin, je veux dire...
Il ne sait pas qui je suis.
Jean-Paul II sait
que vous avez été baptisé en 1940. À Orléans, précisément.
Quel âge aviez-vous ?
14 ans.
Je dois avouer que... j'étais persuadé que d'être né juif
me fermait la porte de l'épiscopat français.
Qui pouvait imaginer que nous aurions un jour
un pape polonais ?
- Je signe là ? - Oui.
Vous vous rendez compte de ce que ça représente ?
Un berger n'est pas différent de ses brebis.
Oh, la bonne surprise ! Ça va ?
Fanny ?
Ton papa m'a engagée.
- J'ai quitté mon fiancé. - Bon débarras.
Pas parce qu'il était goy, mais parce qu'il était radin.
Je pars plus à Jérusalem.
Pourquoi ? Il y a trop de Juifs ?
Pardon. Mauvaise blague.
J'en ai une meilleure : je suis nommé évêque.
- Tu déconnes ? - Non, c'est vrai.
Évêque de quoi ?
Orléans.
C'est incroyable.
La boucle est bouclée.
Tu dis rien, papa ?
Fanny, aide-moi à fermer le magasin.
Pourquoi le pape a choisi Aaron ?
Pour montrer qu'un bon Juif, c'est un Juif converti ?
C'est la récompense du traître, c'est ça ?
J'ai eu tort de venir.
Écoute. Ton fils, il croit en ce qu'il veut.
Il s'appelle plus Aaron, il s'appelle Jean-Marie.
Regardez-vous, tous les deux.
Il faut aller voir un psy.
Les Polonais, tu les connais pas comme je les connais.
Jean-Paul II n'était pas né, quand tu as fui les pogroms.
Tu sais ce qu'on dit, chez nous ?
Les Polonais tètent l'antisémitisme dans le lait de leur mère.
Chez nous aussi, on dit des conneries.
Les Polonais...
T'as une nouvelle télé ?
Ça fait presque 1 an.
Ces nouveaux écrans sont incroyables.
J'ai suivi le retour du pape en Pologne comme si j'y étais.
On parle d'autre chose, d'accord ?
Je vais faire des pâtes. Toi, tu mets la table.
Tu as vu la messe de Jean-Paul II à Auschwitz ?
Un million de catholiques, des curés habillés en déportés,
et une croix de 7 m à côté des fours crématoires.
On avait dit qu'on parlait d'autre chose.
Et pas un mot sur l'Holocauste des Juifs à Auschwitz.
Il faut le faire.
Jean-Paul II s'est arrêté devant une stèle en hébreu
et il a mentionné le peuple qui était voué à l'extermination.
Et avec ça, t'es content ?
Auschwitz,
c'est là qu'ils ont assassiné ta mère.
Aaron, tu ne peux pas pardonner aussi vite,
même si tu ne veux plus être juif,
même si t'es un Juif honteux.
Qu'est-ce qu'on est devenus, mon fils ?
Qu'est-ce qu'on est devenus ?
Le corps du Christ.
Amen.
Le corps du Christ.
- Le corps du Christ. - Amen.
Le corps du Christ.
- Le corps du Christ. - Amen.
- Bonjour. Comment allez-vous ? - Ça va.
- Comme d'habitude. - Oui.
Voilà, monsieur.
- Vous oubliez Pilote. - Oui. Pardon.
Voilà.
Merci, monsieur. Et félicitations.
- Merci. Mais pourquoi ? - Regardez.
- M. Guillaume Bussières. - Vous êtes attendu ?
Vous dites que le Vatican mentionne ma conversion ?
C'était dans le communiqué de Rome sur votre nomination.
Asseyez-vous.
Un curé d'origine juive
va recevoir la mitre là où il a reçu le baptême chrétien. Magnifique !
"D'origine juive" ?
Vos parents sont juifs.
Vous auriez dû me consulter avant de publier l'article.
- Vos parents ne sont pas juifs ? - Si, comme moi. Écrivez.
"Le père Jean-Marie Lustiger affirme qu'il demeure juif."
Qu'entendez-vous par là ?
En devenant chrétien, je n'ai rien renié. Je demeure juif,
comme les apôtres et Jésus lui-même.
Ah.
Mais vos amis ignoraient votre conversion.
Les fidèles de votre paroisse aussi. Je leur ai parlé.
Pourquoi ?
Je ne me suis pas montré, c'est vrai.
J'estimais que c'était une histoire privée.
Vous avez changé d'avis ?
Je demande une mise au point.
"Une mise au point" ? L'Église va adorer.
Qu'est-ce que vous leur racontiez, quand vous faisiez campagne ?
Je n'ai pas entrepris la moindre campagne pour devenir évêque.
Je n'ai pas désiré mon destin. Il m'est tombé dessus.
Un dessein de la Providence.
Dans la presse dite catholique, vous prenez le dogme à la rigolade.
Vous cherchez vos références dans le Livre rouge.
Mais moi, la Providence, j'y crois absolument.
Ce qui m'arrive est la volonté de Dieu.
Je suis une provocation vivante,
qui oblige à s'interroger sur la figure du Christ.
99...
et 100.
Ça fait des années que je réfléchis aux problèmes de l'Église,
que je m'énerve contre ceux qui retardent d'un métro,
et maintenant que je vais conduire un diocèse, j'ai peur.
- Tu sais comment on te surnomme ? - Ben oui : "Lulu."
Tes paroissiens t'appellent "Bulldozer",
depuis que tu fais scandale.
- "Bulldozer" ? - Oui.
Ça me déplaît pas, ça, tiens.
Et quand ils ont découvert mes origines ?
Ils te prenaient déjà pour un original. Ça ne les a pas étonnés.
- Tu m'avais oubliée ? - Bien sûr que non, Fanny.
Bonjour.
- Je te présente le père Julien. - Bonjour.
- Fanny, ma cousine. - Enchanté.
Tu peux nous laisser ?
Prends les feuilles liturgiques et dispose-les sur les bancs.
Vous avez le même regard.
Il est mignon.
Un peu de respect, tu parles d'un prêtre.
C'est ma 1re fois dans les coulisses du catholicisme.
Fanny...
- J'ai besoin de ton aide. - C'est sérieux ?
Tu peux convaincre mon père d'assister à ma consécration ?
Encore Orléans...
Cette ville lui rappelle de mauvais souvenirs.
Ça change quoi, pour toi ?
C'est pour ça que tu m'as convoquée ?
Ce sera peut-être le plus beau jour de ma vie.
J'aimerais aussi me réconcilier avec mon père.
Alors c'est ça, ta déclaration sur ta judéité inoxydable ?
"Je suis juif, je demeure juif."
Fanny, je veux plus être comme un orphelin.
Ça me ronge, que mon père ne m'accepte pas.
Ton père se rue
sur tous les journaux qui parlent de toi.
Il est très fier de toi.
Tu t'en es pas mal sorti, dans ton domaine.
T'as pas pu t'empêcher de la placer, celle-là.
- Mon nez ! - Regarde.
Que le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit. Nous rendrons grâce à Dieu.
Allez dans la joie et la paix du Christ.
Amen.
- Vous serez toujours présent. - Vous aussi.
Je me sens si triste, que vous partiez.
- Vous reviendrez ? - Bien sûr.
Vous viendrez à Orléans, aussi.
- Que Dieu vous accompagne. - Vous aussi.
Qu'est-ce que c'est ?
Un cadeau. Ta Renault 5.
Pour moi ?
On s'est tous cotisés.
C'est beaucoup trop. Je peux pas accepter.
Un évêque en Solex, c'est pas sérieux.
Et contrôlez vos nerfs, monseigneur Bulldozer !
Il faudrait d'abord qu'il apprenne à conduire.
Après, les nerfs...
Arrête d'enjuiver l'Évangile !
Demande aux tiens de reconnaître leur responsabilité
de la mort de notre Seigneur.
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