İlk 200 satır.
LE TAMBOUR
D'après le roman de Günter Grass
Scénario
Image
Montage
Musique originale
Mise en scène
Je commencerai longtemps avant moi.
Lorsque le temps fut venu de concevoir ma pauvre maman,
ma grand-mère, Anna Bronski,
une jeune femme innocente,
était assise dans ses quatre jupes
au bord d'un champ de pommes de terre.
C'était en l'an 99,
au coeur du pays kachoube.
A l'horizon, quelque chose bougeait.
Quelque chose sautait.
Par pitié!
Vous n'avez vu personne?
Un nommé Koljaiczek?
- Un incendiaire. - Un petit trapu.
J'ai vu quelqu'un comme ça. Il courait comme un diable!
Par où?
Je n'y crois pas.
Il a filé!
Il doit être à Bissau.
S'il n'est pas ici.
L'un ou l'autre!
Il n'y a pas d'autre endroit.
Voilà qu'il pleut.
Viens, Koljaiczek.
Je m'appelle Joseph.
Mon grand-père était un incendiaire,
un incendiaire récidiviste.
A l'époque, dans toute la Prusse occidentale,
les scieries animaient la flamme du patriotisme des Polonais.
Joseph et Anna trouvèrent refuge chez les flotteurs de bois
et y restèrent presque un an.
Il a fallu tout ce temps à la police
pour retrouver la trace
de mon grand-père.
File!
Ne tire pas sur lui!
Après ce plongeon,
Koljaiczek ne reparut jamais.
Certains racontaient qu'il s'était noyé,
d'autres,
qu'il s'était enfui jusqu'en Amérique
où, à Chicago, sous le nom de Joe Colchic,
il était devenu millionnaire.
Il aurait fait fortune
dans la fabrication des allumettes
et les assurances incendies.
Ma grand-mère, elle,
restait assise dans ses quatre jupes,
et vendait ce qu'elle apportait au marché.
Des oies!
Pas trop grasses, pas trop maigres!
Et elle vieillit.
La Première Guerre mondiale arriva
et au lieu d'oies, il n'y eut plus que des navets.
Navets!
Ma pauvre maman vieillissait, elle aussi.
Elle s'inquiétait pour son cousin Jan.
Jan devait partir à la guerre,
mais préférait rester chez elle.
- Nom? - Bronski, Jan.
- Classe? - 1898.
Toussez!
Encore!
Inapte!
Pas bon, pas pris, un an de sursis!
Ma pauvre maman prit pour la première fois
son cousin Jan dans les bras
et je ne sais pas
si elle l'a jamais tenu avec plus de bonheur.
Ce jeune amour de guerre resta fidèle
jusqu'à l'apparition de Matzerath.
Alfred Matzerath, natif de Rhénanie,
était, à l'hôpital militaire Silberhammer,
le favori des infirmières.
Qu'est-ce qu'elle dit?
Que vous êtes un cuisinier né, M. Matzerath.
Vous savez tourner vos sentiments en potages.
La guerre s'achevait enfin.
Danzig fut proclamé territoire autonome.
Les Polonais
obtinrent dans la ville leur propre poste
où Jan Bronski trouva un emploi.
Alfred Matzerath resta à Danzig, lui aussi.
Nous autres Kachoubes, nous avons toujours vécu ici.
Longtemps avant les Polonais
et longtemps avant les Allemands, naturellement.
Des vieilles neiges, Jan. C'est la paix!
Allemands, Polonais, Kachoubes,
tous vont vivre en paix.
Je ne sais pas.
Tu sauras bien.
Les deux messieurs si différents,
mais unanimes dans leur goût pour maman, se plurent,
et c'est cette trinité qui m'a mis au monde,
moi, Oscar.
Le Soleil était dans le signe de la Vierge.
Neptune, qui entrait dans la dixième maison,
ancra Oscar entre le prodige et le simulacre.
Pousse!
Pousse, Agnès, pousse!
Ça vient!
Je découvris la lumière du jour
sous la forme d'une ampoule de 60 watts.
Alfred, c'est un garçon!
Je savais bien que ce serait un gars,
même si je disais que ce serait une gamine!
Moins chaud!
Tout en criant et en me faisant passer pour un nourrisson,
je me montrais déjà très critique
quant aux premières paroles de mes parents.
Nous savons pourquoi nous nous crevons au travail.
Quand le petit Oscar aura trois ans,
on lui donnera un tambour en tôle.
Seule la promesse du tambour
me retint d'exprimer plus énergiquement
mon désir de retourner dans ma position foetale.
D'ailleurs, la sage-femme avait déjà coupé le cordon,
il n'y avait plus rien à faire.
J'attendis donc avec impatience mon troisième anniversaire.
Qu'est-ce qu'il y a?
C'est toi, Oscar!
Encore de la tarte?
Tu as la bouche toute sale.
Encore une goutte, grand-mère?
Avant tout, prendre soin de notre corps...
Ce qu'il faut à l'homme, c'est une monnaie stable.
Et un verre plein, Alfred!
Buvons au mark stabilisé!
A la jeunesse!
A la beauté!
Je peux te tutoyer, Gretchen?
Alors, je dis Lina!
Nous ne serons plus jamais aussi jeunes!
Ce que c'est beau!
Allons, je t'en prie.
Va chercher les cartes.
Je vais mettre ça au linge sale.
Je lave quelques verres.
12 septembre
1927.
L'an prochain, tu seras haut comme ça.
Puis comme ça, comme ça...
et finalement, tu seras comme moi.
Attention!
Toute fraîche de la cave!
Voici les verres.
Vous jouez, M. Scheffler?
Allez-y, je préfère regarder.
Je vais bientôt me coucher.
Toujours fatigué!
Il ne fallait pas épouser un boulanger, Gretchen.
C'est fini,
le temps où ta grand-mère invitait quelqu'un sous ses jupes.
Tu comprends?
J'y comprends rien.
On va voir qui a un valet.
Tu sais bien qu'elle n'a pas de carreau.
Pas de disputes, jouez!
Voilà les deux carreaux! Je ne pouvais pas savoir!
Ce jour-là,
réfléchissant au monde des adultes
et à mon propre avenir,
je décidai de mettre un point final.
Désormais, je ne voulais plus grandir d'un pouce,
je resterais à jamais l'enfant de trois ans,
le gnome.
Un... deux... trois...
Mon Dieu, il est là!
Que s'est-il passé?
Il est...
Il est tombé dans l'escalier!
Faites quelque chose!
Pourquoi la trappe était ouverte?
Alfred, c'est toi qui l'as laissée ouverte!
Je suis allé vous chercher la bière.
Appelons le médecin!
Ça a l'air grave.
C'est toi!
Toi qui as laissé la trappe ouverte!
Arrêtez donc!
Lâche-moi!
Calmez-vous! C'est un accident.
Oscar, mon petit Oscar.
Mon petit garçon...
Mais comment ça a pu arriver?
Une ou deux semaines de lit, et il pourra se lever.
Ce n'est qu'une petite commotion cérébrale.
Continuez les compresses.
Ma chute était un plein succès.
La version officielle fut désormais:
Le jour de ses trois ans,
notre petit Oscar est tombé dans l'escalier de la cave.
Il s'en est tiré entier,
No comments yet. Be the first to leave one.