İlk 200 satır.
Tiens, maman.
La nuit était bien avancée. Accoudé à la voiture,
je discutais avec le fond d'une bouteille.
Je ne me souciais pas de la bourrasque printanière
ni de la pluie qui balayait la région.
Dans l'état où j'étais, il me semblait toucher le fond de l'horreur.
J'étais un de ces types sans toit et sans ami
qui poursuivent des causes perdues émaillées de noms de femmes
et qui se plantent dans des histoires sans issue.
La mienne s'appelait Laura.
Je l'avais rencontrée il y a des années.
Mon univers était malsain, pitoyable
et j'avais besoin de souffrir pour une fille comme elle.
Trois ans qu'elle avait disparu,
et dès que je sentais l'odeur du jasmin sur une femme,
je pensais à elle et les ennuis recommençaient.
Voilà comment je me suis retrouvé ici.
Tout y est un peu étrange.
Au fond du jardin, autour d'un grand trou, deux femmes font des gestes
qui m'auraient autrefois poussé à agir.
Mais avec une balle dans l'épaule, c'est difficile.
Quoi qu'il en soit, l'intérieur des bagnoles me plaît
et, des soirs comme aujourd'hui, on les apprécie encore plus.
Sans parler du battement de la pluie
qui vous plonge dans une torpeur qui vous ramène à Laura.
Tout cela, et aussi
le pressentiment que cette fille que je recherche est morte
et que j'aime un cadavre
m'ont fait repousser
le moment d'entrer dans la maison.
J'ai décidé de m'installer dans la voiture
pour y perdre connaissance en toute tranquillité.
La nuit dans le jardin...
L'enterrement de notre chauffeur...
La nuit devant le feu.
Nous venons d'enterrer notre chauffeur et je vais parler de lui,
de papa, et du temps passé.
Ça n'a pas été aussi facile que prévu,
contrairement à ce qu'avait dit maman.
Le chauffeur était très fort.
Il a fallu lui donner 5 coups de couteau.
A la fin, il courait en criant avec le couteau dans le ventre.
Il y avait du sang partout dans la maison.
Quand on l'a enterré, il vivait encore.
La première fois que nous avons tué, c'était il y a 3 ans.
Une petite qui nous servait de secrétaire.
C'est arrivé un week-end où papa était à la chasse.
On l'appelait Laura.
Avec elle, tout a été facile.
Une drôle de fille.
On aurait dit qu'elle fuyait quelqu'un ou quelque chose.
En y pensant, il me semble que je l'aimais beaucoup.
Maman et moi jouons souvent au jeu de la petite secrétaire
qui commence toujours avec Laura
arrivant chez nous pour la première fois.
J'arrive habillée en jeune secrétaire.
J'ai avec moi une petite valise.
J'avance dans le couloir obscur jusqu'au salon.
Je suis intimidée. Mes genoux tremblent.
Vont-ils m'engager ?
J'ai peur de quelque chose.
C'est peut-être l'endroit idéal pour se cacher.
Madame me reçoit au salon.
Comment vous appelez-vous, mon enfant ?
Permettez-moi madame, de ne pas vous dévoiler mon nom.
Donnez-moi celui par lequel je vous appellerai.
Laura, si cela ne vous ennuie pas.
Vous êtes toujours restée sage ?
Madame...
si je n'étais pas sage, je ne serais pas si pauvre.
Et je ne serais pas secrétaire.
L'honnêteté est la qualité principale que j'exige dans cette maison.
Approche...
Il y a longtemps que vous vous êtes confessée ?
De quoi ?
Approche.
Quel âge as-tu, Laura ?
- Vingt ans dans quelques jours. - Bien.
Continue, mon enfant.
Es-tu vierge ?
Oui. Je vous le jure.
Il faut que tu sois Vierge pour que je t'engage.
C'est pourquoi il me faut des preuves.
Il ne tient qu'à vous de vous les procurer.
Et maintenant Laura, s'il te plaît...
Tu me bousilles la main !
Dis-moi les règles fondamentales du service.
Un : il est interdit au serviteur de nuire...
Qu'est-ce que tu fais ?
...de nuire à son maître
ou de permettre qu'il lui arrive quoi que ce soit.
Très bien.
Deux : le serviteur...
doit assurer sa propre...
protection sans jamais enfreindre la règle n° 1.
Et maintenant, Laura, viens que je te bâillonne.
Ne me fais pas mal, maman.
N'aie pas peur, ma chérie.
La dernière fois tu m'as fait très mal.
Autrefois, avant la mort de papa,
nous n'avions pas ce genre de problèmes.
C'était lui qui tuait les serviteurs.
Maman et moi nous contentions de planter
des fleurs décoratives et aromatiques sur les tombes.
Des géraniums, des pensées,
et de la verveine.
Papa était fier de notre jardin.
Il disait que les cadavres font le meilleur engrais.
Et nos gardénias étaient grands comme des arbres.
Depuis qu'il est mort, le jardin est à l'abandon.
Je me souviens du jour où papa m'a pris ma virginité.
J'étais très jeune à l'époque.
Tout juste 11 ans.
Quelle cruauté, père !
Quelle cruauté !
Le ciel va nous punir...
lui criai-je tandis qu'il me forçait à m'agenouiller
et me prenait, me prenait,
me prenait par derrière.
"Ma petite chérie,
le ciel est la dernière chose qui nous intéresse", me dit-il.
Comme je voudrais qu'il soit près de moi !
Ne sois pas triste.
Demain nous replanterons le jardin,
comme autrefois.
Et maintenant, après chaque crise,
elle va s'enfermer au grenier.
La pauvre enfant croit que son père vit toujours.
Je viens souvent ici pour fumer.
Ma maman ne veut pas que je fume.
"Ne dois pas fumer."
Vous savez...
ma maman
a un petit truc entre les jambes.
On y touche,
ça se dresse, ça se dresse
et ça devient... énorme !
Tout le monde, tout le monde,
même maman,
croit que mon papa est mort.
Ce n'est pas vrai.
Un jour, il reviendra
et il fera des choses horribles
que personne ne pourra jamais oublier.
Mon papa...
mon papa a aussi un truc là
et il pisse, ça fait comme ça...
Secret...
Ne dois pas fumer...
Quand j'ai repris mes sens, j'étais affalé,
sur le ventre, à l'arrière de la voiture.
Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais là.
J'étais dans un sale état.
Laura n'était pas venue
et le téléphone qui essayait de me réveiller me martelait le crâne.
C'était complètement idiot
puisque le téléphone ne sonnerait pas cette nuit.
Plus personne ne m'appellerait désormais.
J'attendais le lever du jour
pour voir dans quel pétrin je me trouvais.
Tout prouve que celle que je cherche est passée par ici.
Ça fait trois ans que je recueille des indices.
Autrefois, j'étais balèze pour ce genre de boulot.
C'est ce que tout le monde disait.
Je me suis trouvé mêlé à une histoire louche et ils m'ont viré.
Et dire que c'était une affaire banale !
Bientôt, tu l'auras oubliée, cette histoire, comme tant d'autres,
que je me disais...
Mais les choses ont pris un autre tour.
J'avais ressurgi du passé
et je me savais presque mort.
Mais je devais à tout prix entrer dans cette maison
pour savoir pour qui j'allais encore vendre cher ma peau.
J'ai voulu prendre le téléphone
et me suis évanoui de nouveau.
La nuit à la maison.
Maman a pris froid et je lui mets des ventouses.
Elle a dû attraper mal sous la pluie en enterrant notre chauffeur.
Je vais bien maintenant.
Ma crise est passée
sauf que j'ai le pressentiment qu'il va nous arriver quelque chose de mal.
Pauvre maman.
Elle a du chagrin parce qu'on a tué le chauffeur.
Une larme coule sur sa joue.
Nous sommes de nouveau seules.
J'ai envie de pleurer mais ce serait encore pire.
Nous nous préparions à passer une soirée tranquille,
quand tout à coup, la sonnerie de la porte nous a fait sursauter.
"Qui cela peut-il être si tard ?" a demandé maman.
Qui cela peut-il être si tard ?
Le nouveau chauffeur du bureau du personnel, peut-être.
Mais quand même, à cette heure ?
Cela semblait improbable.
Maman le pensait aussi car elle m'a demandé
où était le revolver de papa.
Où est le revolver ?
Dans le meuble à côté de toi.
Qu'attends-tu ? Regarde s'il est chargé.
Il est chargé.
La porte...
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