İlk 200 satır.
- J'étais encore à Paris, employé au ministère de la Justice.
Je m'ennuyais.
Bouvier, lui, allait commencer sa sanglante carrière.
1893.
J'avais encore 5 ans à attendre
avant de le rencontrer.
Lourdes, 28 mai 1893.
Louise, chère Louise.
J'ai aussi voulu faire plus d'une visite
à notre grande mère du ciel,
à la grande médecine de notre corps,
comme de notre âme.
Et pour cela,
je n'ai pris ni un train de plaisir,
ni je n'avais mon porte-monnaie bien garni.
Que de grâces je lui ai demandées pour moi,
pour mes pauvres parents, pour mes amis…
Lourdes est environnée de montagnes,
et, en ce moment-là, elles étaient couvertes de neige.
Au sommet de l'une des plus hautes,
j'ai écrit de ma main sur son manteau blanc :
'Je vous salue, Marie, mère du ciel.
'Veillez sur Louise comme vous veillez sur moi,
'et rendez-la-moi aussi blanche que cette neige.'
Louise, il faut que je vous dise,
je ne suis plus soldat.
Ils ont dit que j'avais trop travaillé pour passer l'examen,
qu'il fallait que je me repose.
Mais moi, je sais bien que cette fatigue,
c'était de ne pas vous avoir vue depuis si longtemps.
- Vous n'auriez pas dû venir.
- Le temps m'a paru si long. - Vous savez que c'est pas la peine.
Je pensais que vous seriez parti.
- Ça vous aurait fait plaisir ? - Ben, oui.
Je vous fais de la peine.
- Vous ne me ferez jamais de la peine.
Je vous aime trop pour ça.
Tenez… Regardez, c'est pour vous.
Une montre en or.
J'ai vendu mon champ pour 150 francs.
Mais, monsieur Bouvier,
pourquoi vous voulez me faire ce cadeau ?
Pour vous faire plaisir.
Mais puisque je ne veux pas vous épouser !
Pourquoi ?
Pourquoi ?
- Mais pas ici, voyons ! On nous voit.
- Mais où, alors ? - Nulle part !
- Sale brute ! - J'aime pas les chiens.
- Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ? - Mordu !
Et dans cette école sans Dieu,
dans cette école de francs-maçons,
quels livres donne-t-on à la distribution des prix ?
Ah, la liste est édifiante.
Des chansons du communard Jean-Baptiste Clément,
L'Insurgé, de Jules Vallès,
les romans de Zola,
Les Misérables, de Victor Hugo.
Est-ce avec de pareilles œuvres
que l'on prétend éduquer la jeunesse ?
Je réponds non !
L'école sans Dieu,
c'est l'école contre Dieu.
C'est la porte ouverte à tous les scandales.
L'accroissement
des crimes commis par les jeunes
qui fréquentent ces écoles
en est la preuve.
Mes frères, il faut nous battre,
et nous nous battrons !
Les hommes, c'est après.
- Je veux Jésus. Je veux Jésus tout de suite.
Maintenant, on est unis.
On a communié ensemble.
Ça vous a fait plaisir, Louise ?
Répondez.
Mais répondez, nom de Dieu !
- Maintenant, elle viendra plus.
- Pourtant, une bonne a toujours son dimanche.
Faudrait lui faire comprendre qu'elle doit m'épouser, votre Louise.
Après tout, j'ai de l'instruction. J'ai été sergent.
Je comprends pas ce que vous avez contre moi.
- Monsieur Bouvier, moi, j'ai de la sympathie pour vous.
Mais c'est elle.
Allez, vous feriez mieux de ne plus y penser.
- Donnez-moi encore un bol de café.
C'est ma sœur qui l'a fait.
- A quoi ça me sert, qu'elle fasse bien le café ?
- Vous avez faim ? Il y a une crique.
- Il faudra qu'elle me rende mes lettres
et les 15 F que je lui ai envoyés pour qu'elle se fasse photographier.
Où sont ces lettres ?
Pas ici.
- Alors chez ses patrons. Sales exploiteurs !
J'en sais rien.
- Quel âge elle a, Francine ?
16 ans.
- Vous m'avez fait manquer mon train.
C'était le dernier.
Si je dormais ici ?
- C'est pas commode. Vous pouvez pas aller à l'hôtel ?
Ce soir, je veux pas être seul.
Il y a un lit dans l'étable.
Vous me devez bien ça.
Madame Lesueur… Vous m'entendez, madame Lesueur ?
- Quoi ? Vous n'êtes pas bien ? - Oh, si.
C'est comme si j'avais une famille.
A la caserne, il n'y a que des hommes.
Je voudrais bien une femme.
Il y a les femmes de bordel, mais j'en veux pas.
Je veux une fille propre.
Louise, quoi.
- Laissez-nous dormir. On travaille, demain.
- Je sais que j'ai un caractère ridicule,
que j'ai l'air triste…
C'est parce que j'ai trop traîné chez les frères maristes.
Mais maintenant, j'en veux plus, des frères.
Si vous voulez pas me donner Louise, donnez-moi sa sœur.
Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
- Laissez-nous tranquilles. Ne dites pas de bêtises.
Elle est jolie, aussi, Francine.
Donnez-la-moi.
Elle sera heureuse.
Je veux pas être seul.
Je veux pas être seul !
Voilà.
Voilà vos lettres et votre photographie.
Les 15 francs, je vous les rendrai à la fin du mois.
- Ce sont de belles lettres.
Vous n'avez pas souvent lu d'écriture comme celle-là.
Vous n'êtes pas près d'en recevoir de pareilles.
Je sais bien.
- Mlle Louise Lesueur n'est pas digne
des lettres de Joseph Bouvier.
Alors c'est bien réfléchi ?
Vous voulez pas vous marier avec moi ?
Non.
Louise !
Autant aujourd'hui que demain.
Deux coups de feu.
Au ciel, au ciel, au ciel
J'irai la voir un jour
Au ciel, au ciel…
Tais-toi !
J'irai la voir…
- Monsieur Bouvier, un peu moins de bruit.
Il y a des malades.
- Ça ne peut leur faire que du bien.
Oui. Mais moins fort.
N'oubliez pas ma statue de la Vierge.
Elle me ferait défaut, là où je vais.
Vous l'aimez, la Vierge.
- J'ai même été à Lourdes pour la voir.
C'était à cause de ça qu'elle nous a sauvé la vie, à Louise et à moi.
Citoyens, finissons les crimes
De ces infâmes calotins
N'ayons pitié que des victimes
Que la foi transforme en crétins
Que la foi transforme en crétins
Attention ! J'ai deux balles dans la tête.
Tu m'amènes pas en prison,
mais dans un asile où on me soignera.
Et moi, je me soigne en musique.
Je prierai pour vous.
- Après tout, vous n'avez rien d'autre à faire.
Aux urnes, citoyens
Contre les cléricaux
Votons, votons
Et que nos voix
Dispersent les corbeaux
Mettez-le là.
- Non ! Non ! Je veux pas qu'on m'opère ici !
C'est répugnant !
Vous êtes des assassins ! Des charcute-chrétiens !
Chloroforme !
- Non ! Non ! Pas de chloroforme !
Vous voulez pas me guérir, vous voulez me tuer.
Vous êtes comme les patrons. Vive l'anarchie !
Vous tuez les malades, bourreaux !
Foutez-le dehors !
J'en ai assez, de celui-là. Allez, dehors !
Vivement qu'on s'en débarrasse, de celui-là.
Qu'il crève, avec ses deux balles !
- Heureusement que je le quitte, cette saloperie d'asile.
C'est bon pour tuer les pauvres, ça.
Les médecins, c'est comme les riches. On va leur couper la tête !
Vive l'anarchie ! Vive le socialisme !
Dépêchez-vous !
Attrapez-le !
Je le tiens.
Le lâchez pas !
Silence !
Taisez-vous, bon Dieu !
Silence !
- Tu as encore enlevé les têtes, hein ?
Mes amis…
Mes amis ! Je suis heureux de vous souhaiter un joyeux Noël.
J'ai une bonne nouvelle.
Nos troupes se sont emparées de Tombouctou.
BRAVO !
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