İlk 200 satır.
- Joyeux Bayram ! - Merci. À toi aussi.
- Je fais le plein ? - Oui, vas-y.
Joyeux Bayram !
- Joyeux Bayram ! - À toi aussi.
Tu m'en fais un au fromage ?
- Elle est de qui cette chanson ? - De Kazim Koyuncu.
- Vous ne le connaissez pas ? - Non.
On aime bien sa musique ici, au bord de la mer Noire.
- Je ne le connais pas. - Il était d'Artvin.
Mort d'un cancer, il y a deux ans.
Si jeune encore. Comme vous.
C'est à cause de Tchernobyl.
On s'en rend compte maintenant.
120, frère.
- Avec le toast ? - Oui.
Ça fait 130.
LA MORT DE YETER
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !
- Salut. - Salut.
- Alors ? - Bonjour.
C'est 50 euros la demi-heure.
- Comment tu t'appelles ? - Jessy.
Jessy, tu suces aussi ?
Je ferai tout ce que tu voudras, rien que pour toi. Tout.
Bravo. Bravo.
- Tu aimes la musique ? - Oui, pourquoi pas ?
- Tu as les 50 euros ? - Oui.
- Déshabille-toi. - Oui.
Vous êtes turque ?
- Ça se pourrait bien... - J'ai honte maintenant.
- C'est quoi ton nom, petite ? - Je te l'ai déjà dit : Jessy.
- Et ton vrai nom ? - Yeter. Ça suffit.
- Quoi, "ça suffit" ? - "Yeter" veut dire "ça suffit", non ?
Je suis la cadette de sept filles. La petite dernière.
- Tu bois quelque chose ? - De l'eau.
Tu viens d'où ?
Papi, c'est pour causer ou baiser ?
Ne m'appelle pas papi. C'est vexant.
Je t'appelle comment alors ?
"Mon amour divin" ?
Appelle-moi Ali, s'il te plaît.
- Tu bandes encore à ton âge ? - Si Dieu le veut.
Montre-moi.
- Au revoir, ma rose ! - Sois prudent, frère Ali.
Elle a parlé en turc, non ?
Mesdames et messieurs,
dans une dizaine de minutes notre train va entrer en gare de Brême.
Nous remercions les voyageurs qui descendent d'avoir voyagé avec nous
et leur souhaitons une agréable journée.
Salut, papa !
Salut, Nejat. Assieds-toi. Je fais frire le poisson.
- Comment ça va ? - Bien.
- Et toi, comment tu vas ? - Bien.
Je t'ai apporté un livre.
De quoi ça parle ?
Ben... Lis-le !
- Tu veux boire du raki ? - Oui,
- et toi ? - Bien sûr que oui.
Tu sais, cet ami iranien, Mahmut.
Il m'a donné un tuyau pour la 4e course.
- Pour quel cheval ? - "Sunsine de Of".
"Sunsine" de quoi ?
Regarde, dans la 4e course le 5e cheval.
Tu veux dire "Sunshine of Life" ?
- Ça veut dire quoi ? - Le soleil de la vie.
Ce serait pas mal, si le soleil nous souriait pour une fois.
C'est un tocard, papa.
On verra.
La cote est au moins de 70 contre 1 !
100, 200, 300, 400, 500, 600, 700.
- Je vous en prie. - Merci beaucoup.
Viens, je t'offre une glace au chocolat.
Tu baises qui en ce moment ?
Un gentleman ne parle pas de cela.
Je ne savais pas.
Impossible de discuter avec toi.
Sois prudent, papa !
Tu liras le livre, d'accord ?
Ouais, ouais...
Goethe était contre les mouvements révolutionnaires.
Non pour des raisons éthiques,
mais parce que les bouleversements sont toujours incontrôlables.
Il exprime cette idée dans :
"Qui aimerait voir une rose fleurir au fond de l'hiver ?
Chaque chose en son temps, feuilles, bourgeons et fleurs.
Il faut être sot pour réclamer telle ivresse intempestive."
Allez, mon vieux, termine !
J'ai plus 14 ans ! J'y arrive pas aussi vite.
- Va falloir que tu paies plus. - Je te donnerai 50 en plus !
Parle-moi !
- Dis "Pince-moi les fesses !" - Pince-moi les fesses !
Allez, termine, mon lion !
Je peux te poser une question ?
T'es contente de ton métier ?
J'ai pas à me plaindre.
Tu vois, moi, je vis seul.
Je suis retraité et veuf...
et comme on dit...
- "La solitude sied à Dieu seul." - Bravo.
Je cherche une compagne.
Je te paierai ce que tu gagnes ici.
Tu ne coucheras plus qu'avec moi.
Tu vois ?
Mon vieux, t'es amoureux ou quoi ?
Dis rien-là. Prends ton temps.
C'est mon numéro de portable.
Appelle-moi quand tu voudras.
Que la paix soit avec toi.
Moi pas comprendre.
Arrête de mentir ! On t'a entendu parler turc.
Tu as honte d'être turque ?
Tu es musulmane et turque,
c'est vu ?
- Je ne suis pas sourde. - Ne te moque pas de nous !
Tu fais fausse route. Repens-toi !
Repens-toi !
Je me repens.
Ne te pointe plus là-bas.
Ce serait dommage pour toi.
Que la paix soit avec toi.
- Que la paix soit avec toi. - Que la paix soit avec vous.
Il part trop tôt !
Vas-y !
Merci d'être venue.
- Tu m'offres un coca ? - Bien sûr.
Tu as faim ?
Tu disais que tu me donnerais l'argent que je gagne...
C'était pour de vrai ?
Combien tu gagnes déjà ?
Il me reste 3 000 par mois. T'en as autant ?
- Je trouverai. - Comment ?
Je touche ma retraite, j'ai quelques économies...
Et au pays, j'ai des terres.
Et puis j'ai un fils qui est professeur d'université.
Il gagne bien, en cas de coup dur, il me prêtera bien quelque chose.
- D'où viens-tu ? - De Trabzon.
Tu vois, je demande pas grand-chose.
Je veux que tu vives chez moi et que tu couches avec moi.
Ça y est, j'ai faim. Emmène-moi au restaurant.
Allons-y !
- La soupe est délicieuse. - Bon appétit.
Qui t'a appris à faire la cuisine ?
J'ai appris tout seul.
Pour lui, j'étais la mère et le père. C'est moi qui l'ai élevé.
Laisse, laisse.
- Tu l'as bien élevé celui-là. - Comme une fille.
Voilà.
Ce sont des boulettes de poisson, vous allez vous régaler. Servez-vous !
- Tu avais quel âge à la mort de ta mère ? - Il avait six mois.
Tu ne t'es jamais remarié ?
Si. Avec une veuve. Mère d'une fille.
Ça marchait pas. Elle est partie.
Moi aussi je suis veuve. Mon mari a été tué en 78 à Maras.
- Tu viens de Maras ? - Oui.
- Encore du coca ? - J'y vais.
Asseyez-vous.
Je vais le chercher !
- Tu es vraiment professeur ? - Oui.
- Je vais chercher le dessert. - Laisse, j'y vais.
- Non, c'est toi l'invitée. - Il faut bien que j'apprenne.
- Ne bois pas tant, papa. - Je ne bois pas tant que ça.
Vous m'avez saoulé !
Ne la touche surtout pas !
- Tu vas bien ? - Fous le camp !
Yeter ! Où es-tu, Yeter ?
Comment tu l'as rencontré ?
Il est venu me voir.
Comment ça ?
Il ne t'a rien dit ?
Je suis une femme de plaisir.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Une pute. Une putain, quoi.
Bonne nuit.
Nejat !
Papa !
Papa !
Bonjour, je m'appelle Özada.
Votre père a été victime d'un infarctus grave.
Son état est critique, il doit rester en réanimation pour la nuit.
Il va falloir déboucher l'artère.
Si son état se stabilise, nous le garderons un peu en observation.
Vous avez des questions ?
- Nous pouvons aller le voir ? - Il vaut mieux pas.
La joie, la douleur, ça l'énerverait.
Revenez demain, d'accord ?
Tu as des enfants ?
J'ai une fille.
- Quel âge a-t-elle ? - 27 ans.
Elle sait que tu fais ce que tu fais ?
Elle croit que je vends des chaussures.
Parfois je lui envoie une paire.
Je ferais tout pour ma fille. Je voulais qu'elle ait une éducation.
Je voulais qu'elle fasse des études, comme toi.
C'est moche de vieillir.
Y a rien de bon, rien du tout.
C'est parfaitement inutile.
- Après-demain tu sortiras. - Oui, oui.
N'oublie pas d'arroser les tomates.
Nejat, tu peux les cueillir, les tomates.
- Tu en veux une ? - Juste pour goûter.
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